Enquête QualiPEP : une interview pour tout comprendre

Publié par jfl-seronet le 11.04.2015
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QualiPEP est un projet de recherche sur l'accès au traitement d'urgence du VIH. Sabrina Roduit, militante de AIDES en Rhône Alpes où est réalisée l'étude, explique les objectifs et le déroulement du projet.

Pour quelles raisons a été lancé ce projet et pourquoi avoir décidé que cette étude soit uniquement conduite en Rhône-Alpes ?

Sabrina Roduit : QualiPEP est un projet de recherche sur l'accès au traitement d'urgence du VIH. L'idée est d'interviewer des personnes concernées par ce traitement afin de mieux connaître leurs expériences, de permettre d'identifier les freins pour accéder à ce traitement, mais également les leviers pour améliorer son recours. Cette étude comprend également la réalisation d'un état des lieux de la situation en Rhône-Alpes sur les centres délivrant le traitement d'urgence. Il a été décidé que la région Rhône-Alpes pourrait servir de région pilote à cette première étude exploratoire, et que, selon les résultats, une deuxième phase, nationale ou européenne, pourrait être envisagée pour expérimenter de nouvelles manières de délivrer le traitement d’urgence. Le but de se centrer sur une seule région est de gagner en temps de mise en œuvre, par rapport à une recherche nationale, et puis surtout, il y avait déjà des personnes mobilisées pour se lancer dans cette aventure puisque l’idée de ce projet est née dans la région.

Comment s’est monté ce projet et avec quels partenaires ?

Ce projet de recherche est issu du terrain, basé sur le constat partagé de militants de AIDES Rhône-Alpes ou de leurs partenaires (les acteurs des COREVIH) : l'accès au traitement d'urgence du VIH (TPE ou PEP pour prophylaxie post-exposition) est, pour certains, un parcours du combattant. Les personnes rencontrées dans les actions nous ont rapporté des expériences difficiles, alors qu'elles avaient demandé un traitement d'urgence en milieu hospitalier suite à une prise de risque. Eloignement géographique, mauvais accueil, longue attente, sarcasmes du personnel soignant, refus de traitement, etc. Nous avons également constaté lors des entretiens de dépistage qu’il y avait des opportunités manquées de TPE. Cela nous a fait réfléchir sur les difficultés d'accès à ce moyen de prévenir une infection au VIH, pourtant reconnu. Afin de réunir la parole des utilisateurs, mais également du personnel médical qui les reçoit et prescrit ce traitement, nous avons décidé de mener l'enquête !

Nous avons fait remonter cette idée à la MIRE, la Mission Innovation Recherche et Expérimentation de AIDES au niveau national, dont l'équipe a très vite soutenu le projet. Cette recherche est réalisée en partenariat avec le GREPS, le Groupe de Recherche en Psychologie Sociale de l'Université Lyon 2. Ensemble, il a fallu travailler pour définir les méthodes, présenter le projet, faire valider le protocole et chercher des financements. L'ANRS (l’Agence France Recherche Nord & Sud Sida/VIH Hépatites) a d’ailleurs accepté de soutenir financièrement la recherche. Un comité de pilotage et un conseil scientifique réunissant des partenaires de différents horizons, dont des médecins, se sont également réunis pour discuter des objectifs, des modalités d'entretien et des éventuelles suites à donner à ce projet de recherche. C’est un véritable travail de recherche communautaire !

Comment fait-on pour y participer et quel est votre calendrier ?

Pour participer, il faut simplement : être majeur, avoir eu une expérience de traitement d'urgence dans les 12 derniers mois sur le territoire Rhône-Alpes :

  • soit avoir pris un traitement d'urgence ;
  • soit en avoir eu besoin mais sans l'avoir obtenu ou être allé le demander (malgré le fait que la personne connaissait l’existence de l’outil) ;
  • soit être séropositif et avoir accompagné ou orienté un partenaire vers le traitement d'urgence ;
  • soit être un acteur dans la délivrance (prescription) du traitement d’urgence.

Si vous vous sentez concerné, n'hésitez pas à nous contacter (01 41 83 46 76/qualipep "@" aides.org), un enquêteur prendra ensuite contact avec vous pour fixer la date de l'entretien. Les résultats des entretiens sont anonymes, et toutes les expériences sont importantes à partager !

Les entretiens ont commencé début février 2015 et se dérouleront encore pendant deux mois, dans l'objectif de réunir une quarantaine de participants au total. Ensuite, il y aura une phase d'analyse, avant de pourvoir communiquer les résultats, et proposer des pistes concrètes par rapport au traitement d'urgence.

Qu’est-ce que la PEP ?
La prophylaxie post-exposition (PEP ou PPE) est couramment appelée traitement d’urgence du VIH ou traitement post-exposition (TPE). La prophylaxie post-exposition fait référence à l’éventail de services offerts à une personne exposée afin de gérer les aspects spécifiques de son exposition au VIH et pour l’aider à prévenir l’infection à VIH. Ces services peuvent comprendre les premiers soins, un conseil incluant une évaluation du risque lié à l’exposition à l’infection, le test de dépistage du VIH ; en fonction du résultat de l’évaluation de l’exposition, des antirétroviraux pourront être prescrits pour un traitement prophylactique de 28 jours, avec un soutien et suivi appropriés.

Quelles sont les données en France concernant la PEP ?
Une évaluation nationale du dispositif a été menée de 2000 à 2004 pour évaluer "la pertinence d’expositions et de délai de prise en charge, le respect des indications de traitement en fonction de l’évaluation du risque, l’observance des personnes traitées au traitement pendant toute sa durée et identifier d’éventuels échecs", rappellent les auteurs de l’étude citant le rapport de France Lert et Gilles Pialoux de 2010. Depuis 2004, le dispositif de suivi a été arrêté et a été confié aux COREVIH. Il n’existe pas de données françaises nationales actuelles sur les pratiques et profils des personnes ayant recours à une PEP. Néanmoins, dans un contexte européen, on sait que parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH) en Europe, les HSH en France sont les premiers utilisateurs de PEP avec 9 % des répondants ayant eu une expérience de PEP contre moins de 1 % pour une quinzaine de pays, 2 % pour onze pays et entre 3 % et 5 % pour les répondants du Danemark, du Luxembourg, de la Belgique, de la Suisse et du Royaume-Uni, selon l’enquête EMIS (European MSM Internet Survey), menée en 2010. Elle indique aussi que le recours à la PEP chez les HSH est associé au fait d’avoir eu des relations anales non protégées par préservatifs dans les douze derniers mois et associé à un mauvais usage du préservatif (lubrifiant à l’intérieur du préservatif, lubrifiant insuffisant).

Commentaires

Portrait de Sophie-seronet

Bonjour,
Il y a quelques jours, Seronet a publié cette interview pour expliquer l'enquête QualiPEP sur le recours au TPE (Traitement post-exposition).
Il s'avère que le recrutement peine concernant des personnes séropositives qui auraient accompagné une personne pour qu'elle prenne un TPE au cours des 12 derniers mois.
Alors si vous êtes dans ce cas, n'hésitez pas à contacter les initiateurs : 01 41 83 46 76 / qualipep "@" aides.org

Bonne journée. Sophie

Portrait de frenchtouch

D'un coté, c'est un peu logique que le recrutement de séropositifs ayant invité un partenaire a prendre un traitement d'urgence peine
Un seropositif dépisté, ayant des droits a la caisse d'assurance maladie, et donc ayant acces au traitement sera indetectable au bout de 1-2 mois et non contaminant dans les 6 mois.
Quelle utilité aurait il à inviter son/sa partenaire à prendre un TPE?
Même le guide d'aides sur la Prep(autre traitement, mais en prevention), precise page 4/16 qu'il n'est pas utile à un partenaire de seropo indetectable de prendre de traitement, le tasp etant suffisant(non transmission par un seropo indetectable depuis 6 mois)

Dans quelle situation pratique un seropo irait conseiller à quelqu'un de prendre le tpe?

Ben pour ma part, je l'ai fait quand même

C'était en belgique,à l'occasion de partouze en fevrier 2015, ou un des participants que j'aimais bien a vrai dire ne mettais pas de capote et se trouvait etre seronegatif
Je lui ai envoyé un message le lendemain matin pour l'informer que la plupart des gens étaient séropositifs, que si j'étais indetectable, je n'avais absolument aucune garantie que les autres le soient
Bon, il m'a engeulé la premiere journée, paniqué tout ca...
Je lui ait dit que le traitement post exposition marchait à 100% si pris dans les 3 jours
Une info de base, mais que personne ne connait quand on est pas concerné
le lendemain, il a payé les 1300 euros pour avoir le traitement post exposition(prix de isentress et truvada en belgique en 2015).
Achat en pharmacie a bruxelles, apres prescription cetim, car pas d'arv en stock dans les hopitaux de bruxelles en 2015.
Je lui ai alors dit que maintenant, c'était bon, il était protégé, qu'il pouvait bien profiter de ce mois, le seul ou il serait protégé du vih, s'il veut faire des soirées.
Il n'avait pas trop la tête à ca...
Enfin le mois de tpe s'est bien passé. Nous sommes restés amis
Depuis cet evenement de fevrier 2015, il est parti en afrique du sud en vacances, et il est revenu en septembre 2015 avec 2 boites de truvada, payées 40 euros la bas
Ca lui permet donc maintenant, apres le tpe d'avoir acces à la Prep

Il est bien sur toujours seronegatif à ce jour
Je pense que nous pouvons remercier le gouvernement d'afrique du sud pour son aide qu'il apporte pour lutter contre l'épidemie vih en belgique
Quand les pays du sud vont à la rescousse des pays du nord :)
Fin de digression

Bon, attendons de voir si d'autres seropos ont conseillé à quelqu'un de prendre le TPE, et si oui, dans quelle situation;-)