Epidémie de VIH/sida en France : quelle évolution entre 2003 et 2012 ?

Publié par jfl-seronet le 11.04.2014
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Chiffresépidémiologie VIH/sida

C’est l’évolution de l’épidémie de VIH/sida sur 10 ans, entre 2003 et 2012, que propose l’Institut de veille sanitaire (InVS) dans l’édition du 1er avril 2014 du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).

D’où viennent ces chiffres ?

Le VIH/sida fait partie des maladies à déclaration obligatoire depuis 2003. Chaque nouveau cas d’infection par le VIH et chaque nouveau diagnostic de sida sont notifiés par le médecin à l’Institut national de veille sanitaire (InVS), avec toujours des délais dans la remontée de l’information.

Quels chiffres pour 2012 ?

Près de 6 400 personnes ont découvert leur séropositivité en France en 2012. Dans ces 6 400 personnes, il y a 42 % d’hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH), 38 % d’hétérosexuels nés à l’étranger, 18 % d’hétérosexuels nés en France et 1 % de personnes usagères de drogues par injection. Il y a par ailleurs eu 1 500 cas de sida, un chiffre stable depuis plusieurs années.

Quelle est l’évolution chez les HSH ?

Dans ce groupe, le nombre de découvertes de séropositivité a fortement augmenté entre 2011 et 2012 (+ 14 %), alors qu’il augmentait en moyenne de + 3 % par an entre 2003 et 2011. Le nombre de découvertes est resté stable chez les hétérosexuels et les personnes usagères de drogues par injection. Selon l’InVS, "l’augmentation en 2012 ne concerne que les diagnostics les plus précoces. Plusieurs données convergent dans ce sens : le stade clinique (augmentation des diagnostics aux stades de primo-infection et symptomatique), le statut immunologique (augmentation du nombre de diagnostics à plus de 500 CD4/mm3), la surveillance virologique (augmentation du nombre de diagnostics d’infection récente)", indique le BEH.

Un recours précoce au dépistage chez les HSH

Pour les auteurs, cette "tendance est liée à un recours au dépistage plus précoce des HSH en 2012". Ce qui s’expliquerait par le fait que les recommandations concernant un dépistage répété dans cette population, où la prévalence est plus forte que dans d’autres groupes, sont plus suivies ; que l’utilisation des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) a des effets, mais qu’ils concernent surtout les HSH "récemment exposés". En 2012, parmi plus de 32 000 TROD réalisés, 13 000 l’ont été chez des HSH. L’utilisation de ces TROD a permis à environ 260 personnes de découvrir leur séropositivité en 2012, dont environ deux tiers étaient des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Mais les auteurs estiment qu’"une augmentation de l’incidence des contaminations dans cette population est […] probable".

Les plus de 50 ans davantage concernés

Les 25-49 ans représentaient 70 % des découvertes de séropositivité en 2012. 18 % étaient âgées de plus de 50 ans et plus et 12 % avaient moins de 25 ans. Entre 2003 et 2012, la proportion de personnes âgées de 50 ans et plus qui ont découvert leur séropositivité a augmenté de 13 % à 18 %. Dans les autres tranches d’âge, soit c’est stable (pour les moins de 25 ans), soit c’est en baisse (pour les 25-49 ans). Selon les auteurs, "les personnes âgées de 50 ans ou plus au moment du diagnostic représentent une part croissante des découvertes de séropositivité VIH (19 % de l’ensemble des diagnostics en 2012, et 30 % chez les hommes hétérosexuels). Elles ont été diagnostiquées plus souvent à l’occasion de signes cliniques et plus tardivement que les plus jeunes.

Un faible recours au dépistage chez les plus de 50 ans

Ce constat reflète un faible recours au dépistage dans cette population, qui peut être lié à une moindre perception du risque de contamination par le VIH, comme cela est observé en population générale. Ces données soulignent la nécessité d’intensifier le recours au dépistage, mais aussi la prévention chez les plus de 50 ans, puisqu’une partie des diagnostics à cet âge correspond à des infections récentes.

DOM-TOM et Ile-de-France : des régions surexposées

Les disparités régionales observées depuis 2003 ont persisté en 2012 : le nombre de découvertes de séropositivité rapporté à la population générale était plus élevé dans les départements français d’Amérique (Guyane, Guadeloupe, Martinique) et en Ile-de-France. Cette dernière regroupe 42 % de l’ensemble des découvertes de séropositivité et les départements d’Outre-mer 8 %. Rapporté à la population française, le nombre de diagnostics de sida était, en 2012, de 23 cas par million d’habitants, mais si on regarde dans les régions mentionnées plus haut, il est de 165 cas par million d’habitants en Guyane, 135 en Guadeloupe, 52 en Martinique et 43 en Ile-de-France.

Le pays d’origine des personnes

L’analyse par origine des personnes infectées en 2012 montre que plus de la moitié (54 %) est née en France (31 % sont originaires d’Afrique subsaharienne). La proportion de personnes nées en France "a régulièrement augmenté entre 2003 et 2012" de 41 % à 54 %, tandis que la part des personnes nées en Afrique subsaharienne a baissé de 44 % à 31 %. La majorité des femmes qui ont découvert leur séropositivité en 2012 (61 %) sont nées en Afrique subsaharienne.

Les co-infections hépatites

En 2012, la part des co-infections par le VHB et le VHC était de 5 % chacune. La part de co-infection par un ou plusieurs virus des hépatites grimpe à 78 % chez les personnes usagères de drogues par injection. A noter que ces chiffres ne sont connus que pour 42 % de découvertes de séropositivité VIH (pour les autres, on ne dispose pas de cette information).

Les infections sexuellement transmissibles (IST)

Là encore, on ne dispose pas de l’information chez tout le monde, mais seulement pour 37 % des découvertes (présence à la découverte ou dans les 12 mois précédents). La fréquence des IST était de 15 % en moyenne. Un chiffre qui cache des disparités : 24 % chez les HSH et 8 % chez les hétérosexuels.

Les données présentées ici sont extraites de l’édition du 1er avril 2014 du "Bulletin épidémiologique hebdomadaire". Les auteurs de la publication originale sont : Françoise Cazein (1), Florence Lot (1), Josiane Pillonel (1), Yann Le Strat (1), Cécile Sommen (1), Roselyne Pinget (1), Stéphane Le Vu (1), Sylvie Brunet (2), Damien Thierry (2), Denys Brand (1), Marlène Leclerc (1), Lotfi Benyelles (1), Clara Da Costa (1), Francis Barin (2) et Caroline Semaille (1).

(1) : Institut de veille sanitaire, Saint-Maurice, France
(2) : Inserm U966, Centre national de référence du VIH, Tours, France