Gays et VIH : des solutions à l'africaine

Publié par olivier-seronet le 09.06.2008
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prévention
Homosexualité en Afrique, c'est pas facile. Entre tabou, harcèlement et absence de prévention, la situation n'est pas rose. Mais les homosexuels s'organisent.

Est punie d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20 000 à 200 000 francs CFA(1), toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe : comme la plupart des législations africaines qui condamnent l’homosexualité, la loi camerounaise est sans ambiguïté. Des dispositions juridiques qui font souvent écho à un environnement social et religieux qui rejette l’existence même des pratiques homosexuelles. Discriminés et violentés, les homos africains sont particulièrement exposés au sida.

 

La communauté internationale a longtemps considéré que le sida en Afrique était une épidémie exclusivement hétéro. Aujourd’hui, les études tirent la sonnette d’alarme : des chercheurs viennent de révéler que les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes courent un risque au moins 20 fois plus élevé que la population générale de contracter l’infection à VIH dans les pays pauvres. Le continent africain n’échappe pas à cette règle : l’étude en question met en évidence que ce risque est précisément 27 fois plus élevé dans le cas du Sénégal.

Ca n’existe pas
Crédit - Yul studioLa criminalisation des relations homosexuelles empêche les gays africains d’accéder à la prévention et aux soins. Si on prend le cas du Cameroun, pointé du doigt par la communauté internationale pour ses vingt-huit arrestations d’homos présumés depuis 2006, les activités de prévention auprès des gays sont très difficiles à mener car elles sont considérées comme prosélytes. Quand elle n’est pas pénalisée, l'homosexualité est tellement stigmatisée que les hommes sont souvent contraints de la dissimuler. Ils entretiennent alors des relations avec des femmes, se marient, parfois dans l’unique objectif d’écarter tout soupçon.Une étude réalisée par l’association malienne ARCAD SIDA en 2005 révélait que plus de 70 % des rapports entre hommes étaient non protégés. En effet, d’après de nombreux témoignages, les rapports anaux n’étaient pas considérés comme contaminants !

Comment pourraient-ils l’être dans des cultures qui parlent difficilement de sexualité et jamais d’homosexualité ? Les campagnes de sensibilisation mettant systématiquement en scène des couples hétérosexuels entretiennent largement cette ignorance des modes de transmission associées aux pratiques entre hommes. Plus généralement, qu’il s’agisse d’information, de prévention (accès au dépistage, aux préservatifs et aux lubrifiants), ou de soins IST/VIH, les services aux minorités sexuelles sont quasi-inexistants.

Le besoin d'avoir une prévention adaptée

C’est ce qui a incité AIDES à proposer une rencontre inédite en Afrique en octobre 2007. Réunis à Ouagadougou, des acteurs communautaires de la lutte contre le sida et des associations identitaires de défense des droits des homos ont, durant une semaine, travaillé sur la question des "pratiques homosexuelles et de la prévention du VIH en Afrique". Vingt-huit participants venus de dix pays d’Afrique et de France ont pu échanger sur leurs expériences, leurs projets et les barrières qu’ils rencontrent. Une conclusion s'impose : il est indispensable de mettre en place des programmes de sensibilisation et de prévention spécifiques.

Si cette appellation agace parfois, cette formule traduit bien la problématique : les relations homosexuelles, même exclusives, sont majoritairement pratiquées par des hommes qui ne s’identifient pas comme "homos". A la question "Est-on homosexuel quand on est seulement "actif" dans la relation ?", les participants ont presque tous répondu non. Il s’agit donc bien de proposer une prévention adaptée, différente de celle que nous connaissons dans les communautés gays des pays du Nord, selon des "solutions à l’africaine", comme l’ont exprimé les participants à la rencontre de Ouagadougou.

(1) francs CFA, soit de 30 à 300 euros.

 

Les pays qui pénalisent
Sur le continent, trente-trois pays condamnent l'homosexualité à des peines de prison parfois extrêmement sévères. C'est le cas du Bénin, du Cameroun, du Ghana, du Kenya, du Sénégal, du Nigeria, du Togo, etc. D'autres pays comme le Niger, le Mali, la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso, le Congo RDC ne criminalisent pas les relations homos entre adultes consentants. Cela ne signifie pas pour autant que l'homophobie n'est pas forte dans la société. Seule l'Afrique du Sud protège les homosexuels. Le respect de l'orientation sexuelle est d'ailleurs inscrit dans la constitution.