Grèce : le drame de la haine

Publié par Mathieu Brancourt le 28.10.2013
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PolitiqueViolences racistesparti neo nazidépistage forcé

Devant les grognements du Cerbère nommé "Troïka" (1), l’Etat grec coupe et coupe encore dans ses dépenses publiques. Les impacts sociaux de cette politique d’austérité sont dramatiques, avec une paupérisation très forte de la population, notamment à Athènes. Dans leur impuissance, certains politiques alimentent haines et violences et cherchent à désigner des responsables. Les plus vulnérables, personnes séropositives et migrantes en tête, endurent une véritable chasse aux sorcières.

Avril 2012. A la une de plusieurs journaux grecs sont publiés les portraits d’une douzaine de femmes, avec leur nom et prénom, déclarées prostituées. Une ignoble mise à l’index, illustrant le climat de terreur entretenu par les forces de l’ordre. "Une véritable rafle de femmes en errance dans la capitale, supposées donc travailleuses du sexe, arrêtées, mises en détention, puis libérées à l’issue d’un procès, faute de preuve", raconte Eva Cossé, spécialiste de la Grèce pour l’organisation Human Rights Watch.

Une loi sérophobe

Cet acte a suscité l’émoi d’une partie de la classe politique et intellectuelle grecque, mais aussi de nombreuses associations de défense des droits de l’Homme. Car il a mis en lumière la teneur d’un décret discrètement réinstauré entre deux réformes : ces femmes ont pu être, en toute légalité, dépistées de force pour le VIH lors de leur garde à vue. Ces actions policières prennent source dans une politique extrêmement violente à l’égard des populations vulnérables, bouc-émissaires de la précarité grandissante des Hellènes. Il faut dire que la législation actuelle permet tous les abus. Alors que l’ancienne ministre de la Santé avait abrogé cette effarante disposition autorisant les dépistages forcés, son remplaçant Adonis Georgiadis (ex-cadre d’un parti d’extrême droite — Laos — jusqu’en 2009) l’a remis en vigueur en juillet dernier, au lendemain de sa nomination. Ce fut même l’une de ses premières décisions. "Les ONG et la société civile l’ont interpellé pour pouvoir le rencontrer et le convaincre de supprimer cette atteinte aux droits humains. Il a reconnu que ce décret posait problème, mais sans pour autant revenir dessus", explique Christina Psarra, responsable des missions de Médecins du Monde - Grèce. Dans un pays où le nombre de contaminations au VIH a bondi en trois ans (+ 60 % chez les consommateurs de drogues d’après MDM - Grèce) les conséquences sont catastrophiques : les populations discriminées, elles-mêmes particulièrement touchées par le sida, n’osent plus se faire dépister, de peur d’être arrêtées, déplorent les associations sur le terrain. "Depuis le début de la crise, on assiste à une résurgence d’un discours hygiéniste en matière de santé publique. La réglementation d’avril 2012, légalisant les dépistages forcés, concerne tout le monde, mais les travailleuses du sexe sont spécialement visés dans les interventions politiques", déplore Eva Cossé, qui mène actuellement un travail de recueil des cas de violences et d’atteintes aux droits en Grèce. "Nous tentons d’étendre nos actions médico-sociales sur le terrain, afin de répondre à l’urgence sanitaire. Nous sommes passés de 30 000 à 60 000 personnes aidées par nos structures. Mais chaque jour est un combat et il est de plus en plus difficile de répondre à tous les besoins. Nous atteignons nos limites", s’alarme encore Christina Psarra.

"Multiplophobie"

Le centre européen de contrôle des maladies (ECDC) parle d’une législation "unique" (sic) en Europe, qui permet, en outre, placement en quarantaine, détention et mise sous traitement, une fois de plus obligatoire. Comble de l’horreur, l’affaire des portraits n’a fait qu’amplifier la vindicte du gouvernement. "Quand les pouvoirs publics se sont rendus compte que ces femmes n’étaient pas prostituées et de nationalité grecque, ces derniers ont désigné un nouveau coupable tout trouvé : l’étranger", raconte-t-elle encore, navrée. Dans un pays où le parti néonazi Aube Dorée possède 18 sièges de député et représente la troisième force politique nationale [7 % aux dernières élections, ndlr], le quotidien des immigrés et des demandeurs d’asile est devenu un enfer. "Les partis nationalistes d'extrême droite tels qu’Aube Dorée ont, ces dernières années, gagné en force et en popularité, en grande partie par l’exploitation du sentiment anti-immigrés. Nous avons constaté que des gangs de nationalistes grecs attaquent les migrants et les demandeurs d'asile dans le centre d'Athènes, et ailleurs dans le pays, avec une effrayante régularité", rapporte Eva Cossé. Médecins du Monde-Grèce a aussi dû affronter quelques extrémistes : en février 2013, des membres d’Aube Dorée ont manifesté devant une clinique de soins pour migrants à Perama (district au sud-ouest d’Athènes). Ce "nettoyage ethnique", orchestré par la frange la plus raciste de la population, profite de la complaisance de la police. Cette dernière y prend même part, lançant des "opérations" d’arrestations et d’expulsions massives, pour "vider" la Grèce de ce "problème". Human Rights Watch a recensé 59 attaques racistes sérieuses entre 2009 et 2012, ainsi qu’une mortelle en juillet dernier. Sur près de cent pages, le rapport "La haine dans les rues : Violences xénophobes en Grèce" documente l’échec de la justice à prévenir et juger ces agressions. Depuis 2008, aucune condamnation pour violence en raison de l’origine ethnique n’a été prononcée. "Pour mettre fin à cette violence, l'Etat doit envoyer un message tout aussi puissant : La violence xénophobe n'a pas sa place dans une société démocratique, et vous serez punis", exhorte l’organisation auprès du Premier ministre Samaras, mais aussi l’Union Européenne, jusqu’ici silencieuse.

(1) La "Troïka" désigne les experts représentant la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, chargés d'auditer la situation économique grecque, notamment l'état de ses finances publiques et d’imposer des plans de réduction des dépenses.

VIH et sida en Grèce : quelques chiffres
Nombre de personnes vivant avec le VIH : 11000
Taux de prévalence chez les adultes de 15 à 49 ans : 0,20 % (0,40 % en France)
Nouvelles contaminations : 954 (données 2011)
Estimations 2011 ONUSIDA

Commentaires

Portrait de Felix77

Voici donc une fenêtre sur l'avenir ? Cool

Portrait de lounaa

mettre un sigleCool

Tu est vraiment séropo  félix77 ???

et homo ?

ne le prends pas mal mais ton hummm etc, etc, me laisseUndecided

ou est ce la haine des étrangers ?

A moins que le hummm, soit pour un changement , non sérophobe , ni homophobe , ni raciste ?Tongue Out

Portrait de bernardescudier

 

Et si les Français nettoyaient devant leurs portes ? Et si on nommait les responsables ?

 

Un responsable de l'institut Pasteur en Grece doit-il etre juge ? Peut etre !

Papadimitriou, vice president de l'Institut Pasteur en Grece, l'institution francaise de recherches bien connue dans le monde entier, serait compromis dans un scandale moral et politique.

Papadimitriou, vice president de l'Institut Pasteur en Grece, est aussi en charge de la structure d'etat le Keel qui s'occupe du sida en Grece, en qualite de directeur.

Avec l'aide de docteurs, de soignants et de membres du Keel qu'il dirige, des usagers de drogue et des prostitues hommes et femmes, ont ete testes pour le Vih au hasard sur une place sans leur consentement, puis confies directement a la police a l'issue des tests qui devaient signifier leur statut serologique.

Traduits en justive, mis en prison, leurs visages et leur identites ont ete montres a la television grecque. Ces faits datent d'une annee. Mercredi dernier, la justice a libere pour partie certaines personnes.

La question des responsabilites de Papadimitriou dans un scandale moral et politique qui releve de la defense des droits de l'homme et qui eclabousse quelque peu l'Institut Pasteur ne semble pas emouvoir les autorites francaises ?

Il serait peut etre utile de poser des questions sur la conduite de ses responsabilites, dans une periode ou les Grecques et les Grecs doivent faire face a une recrudescence du nombre de contamines du Hiv  .... Cette politique de repression ne semble pas correspondre a la definition d'une politique de sante publique dans un etat de droit.

 

Bernard Escudier