Hépather : une grande cohorte nationale pour mieux comprendre les hépatites

Publié par Renaud Persiaux le 25.03.2014
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Thérapeutiquehépatiteshépathervhcvhb

Etudier l’évolution des hépatites B (VHB) ou C (VHC), avant, pendant et après le traitement : c’est l’objectif de la cohorte ANRS Hépather, qui inclura à terme 25 000 personnes hépatantes. Avec l’espoir d’avoir des réponses à de nombreuses questions de recherche, et notamment d’avoir plus d’informations sur l’utilisation des nouveaux traitements anti-VHC sans interféron. Explications.

"Une cohorte exceptionnelle, par son ampleur et ses objectifs". C’est ainsi qu’Hépather est décrit par l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS), qui se dote ainsi d’un nouvel outil de recherche sur les hépatites - il existe déjà plusieurs cohortes pour le VIH, dont la fameuse base de données hospitalières, la FHDH.

Trente-six centres hospitaliers participent à Hépather. Ils sont répartis sur tout le territoire. A terme, pas moins de 25 000 personnes vivant avec une hépatite C ou B, en phase chronique de la maladie, sous traitement ou guéries de leur infection, seront suivies pendant environ huit ans. Les personnes co-infectées par le VIH, ne peuvent pas participer à Hépather, une cohorte étant dédiée à la co-infection, Hépavih.

Une "biothèque" permettra de recueillir au total 1 million de prélèvements. La cohorte ne se limitera pas aux plans "biologiques" ou "cliniques", elle concernera aussi les dimensions "socio-démographiques" (conditions de vie…) des personnes hépatantes, pour lesquelles on a nettement moins d’informations que pour les personnes vivant avec le VIH.

Les premiers hépatants ont été inclus en août 2012. En mars 2014, la cohorte comprend plus de 9 500 personnes.

Etudier les effets des traitements de l’hépatite C

"Cette cohorte est une opportunité exceptionnelle de mesurer les vrais bénéfices et les limites des traitements à court et à long termes", s’enthousiasme le professeur Stanislas Pol (Hôpital Cochin, Inserm), qui coordonne le projet. Hépather est lancée au moment d’une véritable révolution dans la prise en charge de l’hépatite C. En 2011, une première génération d’antiprotéases du VHC (le bocéprévir et le télaprévir), associés au traitement de référence interféron + ribavirine améliorait les chances de guérison au prix de lourds effets indésirables.

En 2014, l’arrivée de nouveaux médicaments antiviraux directs (antiprotéase de 2e génération, anti-polymérase, anti-NS5A) permettent des traitements sans interféron, avec des taux de guérison supérieurs, y compris pour les malades les plus sévèrement atteints, avec une durée de traitement plus courte et moins d’effets indésirables. Pour l’ANRS, "l’arrivée de nouveaux traitements nécessite qu’on dispose d’outils objectifs de suivi à large échelle et sur le long terme". C’est "l’un des objectifs principaux" d’Hépather.

D’ailleurs, pour avoir plus d’informations sur ces nouveaux traitements, on peut se reporter aux articles suivants : sofosbuvir, siméprévir et daclatasvir. Les personnes qui ont accès à ces nouvelles molécules dans le cadre des autorisations temporaires d’utilisation (ATU), peuvent être inclues dans Hépather.

Hépatite B

Quant au VHB, en dépit de l’existence d’un vaccin préventif, on estime que 280 000 personnes en France seraient infectées. Avec les traitements de première génération, l’interféron, mais surtout les antiviraux, analogues nucléosidiques (comme l’entécavir ou Baraclude ou la lamivudine : Zeflix) ou nucléotidiques (comme le ténofovir ou Viread), un contrôle de la réplication du VHB est obtenu chez 90 % des patients. Néanmoins, il s’agit de traitements se prenant au long cours, voire durant toute la vie. De nouvelles molécules (inhibiteurs d’entrée, inhibiteurs du relargage viral) sont au stade de la recherche : elles laissent espérer un meilleur contrôle du virus. Hépather pourra, là encore, apporter d’intéressantes informations. Le meilleur moyen d’éviter l’hépatite B reste la vaccination, on ne le répétera jamais assez.

Une cohorte qui donne une vision globale de la maladie

La cohorte va tenter de répondre à court, moyen et à long termes à des questions aujourd’hui sans réponse :

  • Quelle est l’histoire naturelle de l’infection par le VHB et le VHC, de la phase chronique à la phase aiguë ?
  • Quelle est l’efficacité des nouvelles molécules, administrées dès les stades d’ATU (autorisation temporaire d’utilisation), puis en pratique courante ?
  • Comment sont-elles tolérées, pendant et après le traitement ?
  • Quelles sont les meilleures combinaisons de molécules, en fonction du stade de la maladie, du génotype viral, etc. ?
  • Quelle est la durée optimale du traitement ?
  • Quels sont les bénéfices des traitements, en termes de réduction de la morbidité et de la mortalité liées aux hépatites B et C, qu’elles interviennent au niveau du foie (cirrhose, cancer du foie) ou ailleurs dans le corps ?
  • Quel impact sur la qualité de vie ?
  • Quel est le rapport coût/efficacité de ces nouveaux traitements (un enjeu crucial au vu des prix pour l’heure exigés par les fabricants) ?
  • Existe-t-il des marqueurs biologiques du succès (ou de l’échec) thérapeutique ?
  • Après l’éradication du VHC (la "guérison", définie comme l’absence de réapparition du virus six mois après la fin du traitement), comment évolue la maladie hépatique ? Y a-t-il toujours des risques de cancer ? (une question que vivent nombre d’hépatants "guéris", "Je me suis débarrassé du virus, mais mon foie et mon corps sont abimés")

"Les données issues de la cohorte vont permettre de valider les pratiques ou de les adapter", insiste Jean-François Delfraissy, le directeur de l’ANRS. "C’est également une formidable opportunité de pouvoir répondre, par la recherche, à des questions liées au vécu du traitement et de rationaliser l’usage des médicaments".

Une plate-forme pour la recherche

"Au-delà des connaissances sur les traitements, la cohorte est aussi une plateforme ouverte aux chercheurs et à la communauté scientifique pour poser des questions de recherche sur les hépatites dans de multiples domaines, de la biologie fondamentale aux sciences économiques, humaines et sociales", souligne Fabrice Carrat (Inserm, Faculté de médecine Saint-Antoine, Paris), responsable scientifique et méthodologiste de la cohorte. Des projets de recherches, d’origine universitaire ou industrielle, pourront être proposés au comité scientifique de la cohorte.

La cohorte Hépather (ANRS CO22) a été initiée en collaboration avec l’Association française pour l’étude du foie (AFEF). Le budget prévu pour le fonctionnement de la cohorte (hors projets de recherche) est d’environ 40 millions d’euros sur dix ans, financé par l’ANRS, les Investissements d’Avenir du grand emprunt, et des financements privés des laboratoires Janssen, Gilead, Roche, BMS et MSD.

Commentaires

Portrait de pascalcoucou

CA avance bientôt ça sera lancé et là franchement je ne sais pas encore mais ça devrait aller vite pour pas mal de cas graves actuels, qui hésitent a prendre les deux premiers ttt, et tant mieux si ils peuvent attendre en fait pour une aisance de guérison indolore ou presque, hum vite vite vite .

Que dans quelques années ça ne soit plus qu'un souvenir ( pour les hépatites bien sur ) enfin j’espère toujours, avec optimisme, et que tout ce passe au mieux.

Pascal ... .. .