Hépatites : un jour… et plus

Publié par jfl-seronet le 30.05.2013
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Le 30 mai est la journée nationale de lutte contre les hépatites B et C. Ces hépatites virales constituent un problème de santé publique mondial : 500 millions de personnes ont une infection chronique due à l’un de ces virus. A cette occasion, Seronet fait le point sur quelques infos clefs du moment sur le sujet et rappelle la tenue, en novembre 2013, de HEP’S !, les universités des personnes qui vivent avec une hépatite organisées par AIDES. C’est parti !

Grand classique des Journée mondiale : le colloque

Bingo, la Direction générale de la santé, en lien avec le comité national de lutte contre les hépatites virales, organise un colloque sur les hépatites virales B et C pour "renforcer la visibilité des ces maladies chroniques, faire le point sur les avancées dans le dépistage et la prise en charge de ces infections". Le Colloque se déroulera le jeudi 30 mai 2013 au ministère des Affaires sociales et de la santé. "Les hépatites B et C continuent de représenter un problème de santé publique en France, comme au plan mondial, notent les organisateurs. Lutter efficacement contre ces maladies chroniques nécessite la mobilisation de l’ensemble des acteurs nationaux et régionaux : chercheurs, professionnels de santé hospitaliers et libéraux, associations de patients, représentants des Agences régionales de santé (ARS) ou de collectivités locales, travailleurs sociaux, etc." Deux grands axes devraient être abordés : les modalités de dépistage et de prise en charge des personnes et la présentation de l’évaluation du Plan national 2009-2012.

Un dépistage mal ciblé

A l’évidence, ce n’est pas un luxe de poser, de nouveau, la question du dépistage. Comme le fait remarquer un récent article du Monde (21 mai 2013), le dépistage à la française des hépatites B et C est "insuffisamment ciblé". Qu’est-ce qui permet une telle affirmation ? Les résultats d’un "examen à la loupe" des pratiques actuelles. En 2010, quelque 3,4 millions de tests ont été réalisés en France pour chacune des deux maladies, souligne le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH, numéro du 21 mai 2013, consultable sur le site de l'InVS).

"Pour la première fois, cette enquête, appelée LaboHep, qui repose sur les résultats de 742 laboratoires d'analyses de biologie médicale, publics et privés, est rendue publique par l'Institut de veille sanitaire (InVS). Le nombre de dépistages remboursés par la Sécurité sociale (CNAMTS) est passé de 960 000 à 1,95 million pour l'hépatite C et de 1,19 à 2,02 millions pour l'hépatite B en 2011", rappelle le quotidien. Il indique aussi que "les tests ne sont positifs que dans 0,9 % des cas pour l'hépatite C et 0,7 % des cas pour l'hépatite B". Le  journal a demandé à une spécialiste de commenter ses résultats. Pour Cécile Brouard (épidémiologiste à l’InVS), cela "suggère que le dépistage est insuffisamment ciblé sur les populations à risque". Très clairement, le dépistage est bien proposé aux personnes consommatrices de produits, et pas assez aux personnes originaires d'un pays de forte prévalence (pays africains pour l’hépatite B, par exemple) ou aux personnes en situation de précarité. "Le renforcement du dépistage est donc l'une des priorités des autorités sanitaires depuis 1999, car 55 % des personnes infectées par le VHB et 41 % par le VHC ignoraient leur statut en 2004, soit la moitié des 500 000 personnes qui sont touchées en France (280 000 porteurs du VHB et 230 000 du VHC)", indique l'InVS.

Les hépatites tuent… les plans passent

Dire cela, ce n’est pas agiter le chiffon rouge, plutôt pointer le fait que la méconnaissance de son statut vis-à-vis des hépatites est particulièrement préjudiciable pour les personnes. C’est aussi pointer que le Plan national contre les hépatites 2009-2012 n’était pas à la hauteur des enjeux de santé publique tant son financement était dérisoire. L'hépatite C cause la mort de 2 600 personnes par an. "Pour l'hépatite B, le nombre de nouveaux cas de la forme aiguë symptomatique (atteinte du foie) a atteint entre 1 000 et 1 600 cas en 2010, soit une incidence entre 1,6 et 2,5 pour 100 000 habitants", indique Le Monde. C’est mathématiquement faible, mais cela "reste trop élevé pour une maladie pour laquelle un vaccin existe", souligne Cécile Brouard interrogée par le journal. Seulement 47 % des 18-69 ans se déclaraient vaccinés contre l'hépatite B, indique l’InVS.

Il est assez probable que le ministère de la Santé se dise plutôt content du dernier Plan national… La ministre de la Santé aime à rappeler que 90 % du plan auraient été appliqués. Reste qu’aujourd’hui, selon les données, 260 000 personnes seraient aujourd’hui atteintes d’une hépatite chronique B ou C sans le savoir. Dans un communiqué en décembre 2012, cinq associations (AFR, AIDES, Fédération Addiction, Médecins du Monde, SOS Hépatites) expliquaient : "La France n’occupe que le 15ème rang européen en terme de prévention sur les hépatites. Elle n’a jamais consacré de conférence de consensus à l’hépatite B , et celle sur l’hépatite C remonte à l’année 2002 sans avoir été actualisée depuis. Dans ce contexte d’urgence sanitaire, nous devons construire les outils d’une politique efficace".

30 mai : une opération dépistage

Dépistage gratuit des hépatites B et C, c’est ce que propose le site de la Sécurité sociale. De nombreuses opérations seront proposées un peu partout en France par des laboratoires de biologie médicale, des CDAG (centres de dépistage anonyme et gratuit), etc. Pour savoir où, quand et par qui sont proposées ces initiatives, il faut appeler le 0 800 845 800 (appel gratuit depuis un fixe) ou se rendre sur le site d'hépatites info service.

Un rapport d’experts hépatites attendu pour fin 2013

C’était une des recommandations des Etats généraux des personnes vivant avec une hépatite C de Dourdan organisés par AIDES et SOS hépatites en 2010 : la réalisation d’un rapport d’experts sur les hépatites, soit l’équivalent du Rapport Morlat (anciennement Yeni) sur la prise en charge des personnes vivant avec le VIH. La ministre de la Santé a passé commande officielle de ce rapport en janvier dernier ; la réalisation en a été confiée à l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites (ANRS). Le groupe d’experts a pour mission "d’émettre des recommandations dans les domaines sanitaires, sociaux, éthiques et organisationnels en tenant compte notamment du contexte épidémiologique actuel, des avancées scientifiques, thérapeutiques et des évolutions concernant la prévention et le dépistage. Point intéressant, la lettre de mission ministérielle souhaite que le rapport tienne compte des "expériences des pays étrangers dans ce domaine", ce qui devrait permettre, on l’espère, d’avancer sur les recommandations concernant les programmes d’échange de seringues en prisons - conduits avec succès dans plusieurs pays - et les salles de consommation de drogues par injection à moindre risque.

HEP’S : un événement pour l’automne 2013

En novembre 2013, AIDES organise des Universités des personnes qui vivent avec une hépatite. L’hépatite B et l’hépatite C seront les principales thématiques traitées, la co-infection VHB-VIH y sera abordée. Cet événement s’adresse aux personnes vivant avec une hépatite B et/ou C ou qui sont co-infectées VHB-VIH. Des temps de préparation en amont seront proposés aux participants. Cet événement vise à renforcer les capacités personnelles et collectives des personnes qui vivent avec une hépatite pour qu’elles agissent au mieux pour leur santé, notamment en améliorant les connaissances en matière de dépistage, de prise en charge, de traitements, de prévention et de réduction des risques… L’événement vise aussi à mobiliser dans la lutte contre les hépatites. Des experts du vivre avec, des soignants, des militants participeront à cette rencontre qui se déroule à Anglet (entre Bayonne et Biarritz dans les Pyrénées-Atlantiques) du jeudi 7 au lundi 11 novembre 2013. Les pré-inscriptions se déroulent en juin.

HEP’S : comment s’inscrire ?

Informations et inscriptions dans les lieux de mobilisation de AIDES et sur Seronet. Pour connaître le lieu de mobilisation le plus proche de chez soi, il faut se rendre sur aides.org ou appeler au 0805 160 011 (gratuit depuis un fixe).