Héroïne médicalisée : programmes d’accès expérimentés en Allemagne

Publié par olivier-seronet le 06.08.2009
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usage de produitréduction des risquesprogramme d’échange de seringueprison
On estime à environ 150 000 le nombre d’usagers d’opiacés par voie intraveineuse en Allemagne. Parmi eux, nombreuses sont les personnes qui prennent des traitements de substitution. Des traitements qui ne conviennent pas à tout le monde, d'où l'expérimentation d'une alternative : les programmes d’accès à l’héroïne médicalisée. Explications.

Outre-rhin, on estime à 150 000 le nombre de personnes usagères d’opiacés par voie intraveineuse. Parmi elles, environ 10 000 suivent des traitements de sevrage et environ 75 000 prennent un traitement de substitution (70 % sous méthadone, 28 % sous buprénorphine  haut dosage et 2 % sous codéine). On sait aujourd'hui que les traitements de substitution ne répondent pas à l'ensemble des problématiques que soulève la pratique prolongée de l'injection, notamment à la dépendance gestuelle (on dépend de l'acte même de s'injecter indépendamment du produit). Du coup, les Allemands ont décidé d'expérimenter une alternative : des programmes d’accès à des traitements injectables appelés diamorphine (ou héroïne médicalisée). Les premiers programmes allemands ont été lancés en 2002/2003. Une étude scientifique a permis d’évaluer leur efficacité. Cette étude, supervisée par l'université de Hambourg,  a concerné 2 000 personnes réparties dans sept villes d’Allemagne. La moyenne d’âge était de 35 ans. Dans cette étude, le taux de personnes touchées par le VIH était de 10 % (contre 3 à 4 % estimé parmi l’ensemble des personnes usagères de drogues en Allemagne). 80 % des personnes de cette étude étaient porteuses de l'hépatite C. Très peu d’entre elles avaient un emploi. 97 % avaient été condamnées par la justice. Les 2 000 personnes consommaient en moyenne de l’héroïne depuis quinze ans et de la cocaïne depuis six ans. Toujours en moyenne, elles avaient dépensé près de 1 000 euros au cours des trente derniers jours pour se procurer des produits et s’étaient injectées environ vingt fois dans le même délai. Six personnes avaient fait une overdose non mortelle. Deux groupes ont été distingués. Dans l'un, les personnes sous méthadone, dans l'autre, les personnes sous diamorphine (héroïne médicalisée). En plus de l’accès à ces deux traitements, un soutien psychosocial était proposé.

Les premiers résultats étaient encourageants puisqu'il y avait une amélioration de l’état de santé, une diminution de l’injection d’héroïne dite "de rue" (issue du marché noir) et pas d'augmentation de l’usage de cocaïne. Les deux groupes ont été suivis un an. Puis, seul le groupe sous héroïne médicalisée a été suivi pendant les trois années suivantes. Pour les personnes sous héroïne médicalisée, du matériel d’injection et une salle de repos étaient mis à disposition. Elles se rendaient aux centres pour pratiquer les injections et étaient libres de choisir les doses qu'elles prenaient. Dans les faits, il a été observé que les personnes tendaient à réduire elles-mêmes leurs doses au fil du temps. Après quatre années, les chercheurs ont observé : une consommation d’héroïne de rue proche de zéro, une stabilisation (voire une diminution) de la consommation de cocaïne, une diminution de la consommation de cannabis et de benzodiazépines (Valium, Lexomil, etc.), un retour à l’emploi et une baisse de la délinquance. A l’avenir, ces programmes pourraient concerner 300 à 500 personnes. Ces programmes ne sont pas sans contraintes puisqu'il y a celle de devoir se rendre au centre pour chaque injection. La prise de méthadone peut comparativement sembler simple en Allemagne et puisque le traitement peut être pris à domicile sous certaines conditions. Quelle suite pour ces programmes ? Le débat politique est aujourd’hui ouvert. Les parlementaires doivent statuer sur l’élargissement ou pas de ces programmes à tout le pays.
Photo : Abardwell

Commentaires

Portrait de Kaaphar

on y arrive... Enfin (en Suisse aussi) un autre discours que celui qui prétend à "sortir ces pauvres drogués de l'enfer de la drogue" - C'est bel et bien le contexte qui impose la marginalisation, la possible délinquance - C'est bel et bien les coupages des dopes "de rue" qui entrainent le plupart des problématiques de santé. Alors ! pourquoi pas des junkies sociaux ?! K.