I = I : un message à marteler et simplifier

Publié par Fred-seronet le 13.10.2020
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ConférencesSFLS 2020

Le congrès national de la Société française de lutte contre le sida (SFLS) s’est poursuivi vendredi 9 octobre avec un mélange d’interventions pré-enregistrées et de séquences en direct. Au menu du jour, un symposium sur la Tasp (traitement comme prévention).

Aurélien Beaucamp (président de AIDES) est revenu sur l’importance du message I = I (Indétectable = Intransmissible) : « Le premier problème rencontré par les personnes vivant avec le VIH, c'est la discrimination parce que beaucoup de gens ignorent le message I = I ». Le président de AIDES précise qu’il y a des progrès dans les communautés très exposées au VIH, mais pas dans le grand public. Pire, « chez certains-es professionnels-les de santé, il y a encore un manque d'information qui peut mener à des refus de soins ».

Dans l’enquête « Patient Positive Perspective » (1), on apprend que l’information I = I transmis aux personnes vivant avec le VIH par leurs professionnels-les de santé varient beaucoup selon les pays, de 38 % en Corée du Sud à 87 % en Suisse avec une moyenne mondiale à 66,5 %, et en France, une moyenne nationale à 70,8 %. Pour le Dr Pascal Pugliese (président de la SLFS), c’est la responsabilité de chaque soignants-es de transmettre ce message : « Quand on a eu l'avis suisse en 2008 peu de gens y ont cru. En tant que professionnels-les, on ne pouvait pas diffuser ce message qui allait à l'encontre de tout ce qu'on avait dit jusque-là. Maintenant, je l'évoque dès la première consultation ». Il ajoute que les médias ont, eux aussi, un rôle à jouer dans la diffusion de ce message. « Les médias sont très réticents à faire passer le  message I = I. Certains médecins craignent d'être responsables d'une infection alors que les études sont très claires », explique-t-il. Pour Florence Thune (directrice générale de Sidaction), il faut aller un cran plus loin : « On n'est pas assez clair. Il faut dire qu'on peut avoir des relations sexuelles sans préservatif quand on a une charge virale indétectable ».

À l’occasion de cette table ronde, Sida Info Service en a profité pour diffuser un nouveau spot vidéo qui fait la promotion du message I = I. Ce spot, financé par le laboratoire ViiV Healthcare, est une initiative louable, mais on peut toutefois regretter que le message initial soit brouillé par un sous message qui apparait en gros à la fin et qui indique, de façon inutile, que la personne séropositive doit avoir une charge virale indétectable « depuis au moins 6 mois », bénéficier « d’un suivi régulier » avec un petit astérisque en bas qui indique « soutien à la prise régulière des traitements, détection et traitement des éventuelles infections sexuellement transmissibles ». Beaucoup de précautions donc, ce qui est typique des vidéos financées par des laboratoires. On espère que les prochaines campagnes autour du Tasp et du slogan I = I pourront s’inspirer de campagnes anglo saxonnes comme « Can’t pass it on » (2) qui vont droit au but.

Point prévention et dépistage

Le Pr Charles Cazanave (médecin infectiologue au CHU de Bordeaux) a fait un point prévention/dépistage du VIH et des IST. Il a précisé d’emblée que du fait de la période Covid-19, on disposait de peu de données. En termes de prévention du VIH, le Pr Cazanave a évoqué l’étude Discover (3) et les résultats prometteurs de la Prep en injectable en émettant un point de vigilance sur le « nombre élevé de séroconversions » au VIH lors de l’essai et certains effets indésirables du fait de l’injection, comme la fièvre. Concernant la Prep en implant annuel, Charles Cazanave a montré les résultats « très prometteurs » de l’essai de phase 2 avec la molécule Islatravir (MK-8591) : « L’usage sous-cutané permet une libération optimale. Ces implants sont fabriqués par le même laboratoire qui fait les implants contraceptifs ».

Pas de grande annonce donc et pareil du côté des IST, Charles Cazanave a parlé des dernières préconisations et notamment la consigne de ne plus dépister le mycoplasma genitalium chez les personnes asymptomatiques : « avant de traiter on va d'abord chercher les résistances aux macrolides ». Autre recommandation la vaccination HPV chez les jeunes hommes de moins de 26 ans (cette recommandation d'extension est applicable dès le 1er janvier 2021). Enfin une étude lyonnaise a montré que le prélèvement urinaire manquait 85 % des gonorrhées et qu’il est primordial d’effectuer des prélèvements sur les trois sites (urinaire, gorge et anus) et le Pr Cazanave de conclure avec une formule qui a le mérite d’être claire : « C’est l’anus qui parle le plus » !

Les enjeux du TRT-5 CHV

Vendredi après-midi, une « carte blanche » était accordée à un acteur communautaire, Cédric Daniel, salarié de l’association Actions Traitements et élu à AIDES. Il est revenu sur l’histoire et les enjeux du TRT-5 CHV, un collectif inter associatif français créé en 1992. Il explique notamment en quoi les discriminations surexposent certaines populations au VIH et aux hépatites : « Le VIH touche certaines populations de façon disproportionnée. Certaines lois comme la loi de pénalisation des clients des travailleurs-ses du sexe contribuent à les fragiliser et donc à les exposer d'avantage au VIH ». Il en profite pour casser certaines idées reçues : « Les personnes nées à l'étranger sont également très exposées au VIH et aux hépatites APRÈS leur arrivée sur le territoire français. Il faut tout faire pour les accompagner vers le dépistage, la Prep et le soin ». Cédric Daniel évoque également la situation très préoccupante des prisons : « En prison, les personnes incarcérées n'ont pas suffisamment accès aux dépistages VIH et VHC et donc aux traitements aujourd'hui très efficaces qui permettent de contrôler le VIH et guérir du VHC ». Enfin, le militant conclue sur l’urgence de prendre en compte les déterminants sociaux qui font qu’on n’est pas tous-tes égaux-les face au VIH : « En luttant activement contre les discriminations, on permet aux personnes concernées d'avoir accès au dépistage, puis en cas de sérologie positive d'avoir accès à un traitement antirétroviral et donc de passer rapidement en charge virale indétectable ».

Rendez-vous à Grenoble en 2021

Ainsi s’est achevée cette 21e édition de la SFLS, un congrès intégralement virtuel avec 1 201 personnes inscrites. D’après son président, le Dr Pascal Pugliese, le site du congrès a été visité plus de 5 000 fois avec près de 40 000 pages vues durant ces trois jours. Près de 402 personnes ont participé à l'une des huit sessions zoom organisées durant le congrès. Toutes les cartes blanches, tables rondes et incontournables sont disponibles en replay jusqu'au 31 Décembre 2020.

Dans son message de remerciements, le président de la SFLS a conclu : « Nous espérons vous retrouver en 2021 pour un congrès présentiel qui se tiendra à Grenoble les 30 septembre et 1er octobre 2021 sur le thème « Inégalités en santé et VIH ». Nous espérons aussi.

 

(1) Enquête internationale dont l'objectif est de mieux comprendre les besoins réels et préoccupations de vie des personnes vivant avec le VIH ainsi que ceux de leurs partenaires.
(2) Campagne anglaise sur I = I avec un message simple et clair : « Une personne sous traitement VIH efficace ne peut PAS transmettre le virus ».
(3) Discover est un essai clinique international mené dans différents sites (trois en France) dont un est l’hôpital Tenon. Le but de l’essai est d’évaluer si le Descovy (emtricitabine + ténofovir alafenamide) est sans danger et efficace en tant que produit pour la Prep orale en continue.