Aids 2014 : émotion et revendications en ouverture

Publié par Bruno Spire le 21.07.2014
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Conférencesaids 2014

C’est sur un drame horrible, le crash du vol MH17, que s’est ouverte la Conférence de Melbourne avec tristesse, émotion, colère… La colère, c’était celle aussi des militants brandissant des panneaux où l’on pouvait lire : "Quand finira l’épidémie ?" Plusieurs orateurs ont listé les conditions indispensables pour atteindre cet objectif, des conditions qui sont autant de revendications. Entre émotion et revendications, cette séance d’ouverture a marqué. Bruno Spire, président de AIDES, y était. Il raconte.

Personne n’avait imaginé que la 20ème Conférence internationale sur le VIH/sida (Aids 2014) qui s’est ouverte à Melbourne le 20 juillet démarrerait par une minute de silence : une minute en hommage aux victimes du crash de la compagnie Malaysia Airline, parmi elles des spécialistes de la recherche sur le sida et des activistes. Des milliers d'experts, chercheurs, praticiens et activistes venus de 200 pays, se sont levés, à l’invitation des organisateurs, pour une minute d’hommage à ces victimes dont la plus connue est Joep Lange, médecin, chercheur et militant néerlandais, éminent spécialiste de la lutte contre le sida, qui avait présidé l’IAS (International aids society) de 2002 à 2004. Parmi les autres victimes confirmées, figurent Pim de Kuijer de l’organisation non gouvernementale StopAidsNow, ainsi que Lucie van Mens, directrice d'Aids Action Europe et sa collègue Maria Adriana de Schutter. Glenn Thomas, un porte-parole de l'OMS (Organisation mondiale de la Santé) et Jacqueline van Tongeren, de l'institut Amsterdam pour la santé mondiale et le développement étaient également à bord de l'appareil. "Que notre silence représente notre tristesse, notre colère et notre solidarité", a déclaré, manifestement très émue, Francoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine et présidente de l’IAS. De l’émotion, il y en a eu également dans l’intervention de l’ambassadeur des Pays-Bas.

Victimes du sida

D’autres pertes n’ont pas été oubliées dans cette cérémonie d’ouverture : celles de l’épidémie elle-même qui a "tué deux fois plus de personnes que la Première guerre mondiale". Des décès qui ont, fort heureusement, baissé comme le rappelle le récent rapport de l’Onusida 2014. Le nombre de décès a nettement reculé en 2013, avec 1,5 million de morts (-11,8 % en un an), soit la plus forte chute depuis le pic de l'épidémie en 2005, selon l'Onusida. Le monde compte actuellement 35 millions de personnes vivant avec le VIH, dont 2,1 millions qui l’ont contracté en 2013. Comme pour chaque édition, la conférence qui se déroule jusqu’au 25 juillet a de grandes ambitions puisqu’elle entend souligner les avancées scientifiques notamment vers "the Cure" (la "guérison"), celles concernant un meilleur accès aux traitements anti-VIH dans le monde et leurs impacts vertueux sur la baisse de l’incidence. Bien évidemment, la conférence entend montrer les limites de ces programmes, dont les objectifs de santé publique sont souvent remis en cause par la conduite de politiques discriminatoires, de lois homophobes ou sérophobes. C’est pour contrer cela que la communauté scientifique a appelé à signer la Déclaration de Melbourne, acte politique et militant. Co-présidente de la Conférence de Mellbourne, Sharon Levin (Burnet Institute, Melbourne) est intervenue pour rappeler comment l’Australie avait réagi à l’épidémie de VIH/sida notamment par la mobilisation des communautés les plus atteintes ; des communautés qui ont pu, comme c’est également le cas ailleurs, malmenées, oubliées, discriminées. A cet égard,  le choix de faire intervenir en séance plénière des descendantes des Aborigènes était plus qu’un symbole : un message. Lors de son intervention, Sharon Levin a bien mentionné que l’incidence du VIH était relativement basse par rapport à d’autres pays ou d’autres continents, mais elle a également pointé que la situation reste alarmante dans la région pacifique chez les utilisateurs de drogues par injection et les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Reste que dans cette zone (Asie, Pacifique), on compte pas moins de 4,8 millions de personnes vivant avec le VIH.

Des lois, des droits, partout, pour tous

De politique, il en a aussi été question avec l’intervention de Michel Sidibé, directeur exécutif de l’Onusida. Il a notamment expliqué que 10 millions de nouvelles infections et 7,6 millions de décès avaient été évités dans le monde depuis 2002 grâce à la réponse apportée face à l’épidémie, mais que les efforts devaient être poursuivis. Bien sûr, de plus en plus de personnes bénéficient d’un traitement, mais des millions n’en ont pas. "Quand finira l’épidémie ?", pouvait-on lire sur un panneau brandi en tribune par Michel Sidibé. Ce même panneau que des activistes brandissaient alors qu’il prenait la parole, une façon de marquer les esprits sur les enjeux du financement de la lutte contre le VIH/sida. Car, il en faut encore des fonds pour que la lutte soit pleinement efficace et les objectifs d’accès universel aux traitements atteints. Mais cela ne suffira pas et Michel Sidibé de rappeler ce qu’il décline à longueur d’année, de pays en pays : l’épidémie ne pourra être arrêtée sans que tous les moyens (légaux, politiques, etc.) soient mis pour défendre les droits des personnes les plus vulnérables (minorités sexuelles, personnes en détention, personnes trans, travailleurs et travailleuses du sexe, etc.) ; soit exactement la feuille de route que détaille le récent rapport de l’Onusida. C’est l’ancien juge à la Cour suprême australienne, Michael Kirby, qui a clôturé cette dense et émouvante séance d’ouverture. Là encore, il était question de politique, de défense des droits des minorités (un combat qui jalonne le parcours de ce juriste militant), des activistes LGBT pris pour cible, de l’extension du domaine de la haine qui semble sans limites en Russie, dans certains pays africains, dans des Etats du Moyen Orient, des folles politiques conduites en matière d’usage de drogues qui, confondant santé et police, entravent la politique de réduction des risques et même l’accès aux soins. A l’instar de ce qu’avait pu faire dans d’autres conférences un autre magistrat, Edwin Cameron, Michael Kirby a largement traité des lois qui criminalisent la transmission et même la simple exposition au risque et de ce que les découvertes scientifiques, actuelles et futures, pourraient constituer comme avancées dans le domaine du droit et comme réponse à cette volonté de criminaliser encore et toujours plus. Comme souvent dans ces séances d’ouverture, l’inertie en a pris pour son grade : celle des gouvernements qui jouent double jeu, celles des gouvernants qui défendent les intérêts commerciaux des labos contre la santé des peuples, etc. Les activistes, à l’honneur ce dimanche, sont une partie de la réponse. Une partie seulement. On verra si à l’issue de cette 20ème conférence, se produira le sursaut que tout le monde espère.

La Déclaration de Melbourne : des signataires prestigieux
Elle a déjà été signée par nombre de figures de la lutte contre le sida comme Françoise Barré-Sinoussi, Mark Dybul (Fonds mondial), Chris Beyrer, Sharon Lewin, Edwin Cameron, mais aussi des personnalités politiques ou militantes comme Aung San Suu Kyi, l’archevêque Desmond Tutu, Richard Branson ou Bob Geldof, etc. Ces signataires dénoncent, entre autres, les lois qui "dans plus de 80 pays criminalisent les individus du fait de leur orientation sexuelle". Les signataires affirment que "la fin du sida n’est possible que si nous surmontons les barrières de la criminalisation, de la stigmatisation et de la discrimination, qui demeurent les moteurs essentiels de l’épidémie". Plus d’infos.

Commentaires

Portrait de mamounette

que leur âme repose en paix ,à ces emminents defenseurs, chercheurs de la lutte contre le SIDA,,, je reste sans voix , tellement je suis triste