Icasa 2017 : Baisse des financements internationaux

Publié par Morgane Ahmar le 16.12.2017
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Conférencesfinancements VIH

La semaine dernière se déroulait, du 4 au 9 décembre à Abidjan, Icasa, la conférence Internationale sur le sida et les IST. 19 ans après la première conférence ouverte par le Président français Jacques Chirac à Abidjan, l’absence du président français Emmanuel Macron est significative de la baisse de volonté politique des pays développés pour mettre fin à l’épidémie du VIH/sida en Afrique.

La tendance de ces dernières années est effectivement à la baisse des financements internationaux alloués à la riposte contre le VIH, en dépit des orientations claires de l’Onusida qui disent le besoin d’augmenter les financements internationaux dédiés à la lutte contre le sida de 7 milliards annuels pour mettre fin à l’épidémie en 2030. 
Pourtant le VIH/sida tue encore un million de personnes par an et demeure la première cause de mortalité des femmes de 15 à 44 ans dans le monde.

En Afrique subsaharienne, c’est la première cause de mortalité des personnes âgées de 10-19 ans. En Afrique du Nord et au Moyen Orient, les décès liés au VIH/sida sont en constante augmentation. Quant à l’Afrique de l’Ouest et du Centre, elle accuse un retard significatif par rapport au reste du continent, avec seulement un enfant vivant avec le VIH sur neuf ayant accès aux traitements antirétroviraux.

Pourquoi alors ce désintérêt grandissant pour la question du sida ? Le retrait des financements internationaux au combat contre le VIH a déjà montré ses impacts catastrophiques. L’exemple de la Roumanie est criant : après le retrait des financements du Fonds mondial dans le pays en 2010, le taux des nouvelles infections liées à l’usage de drogues injectables est passé de 1,1 à 53 % en 2013. En réduisant leurs financements internationaux, les pays vont droit dans le mur, et prennent le risque de voir l’épidémie reprendre de plus belle là où elle était en voie de contrôle.

Les premiers pays affectés par ces coupes sont les pays à revenus intermédiaires, jugés "trop riches" (1). Cela dit, les pays à revenus faibles subissent, eux aussi, des pressions dues à la baisse des financements et notamment les régions où les niveaux d’épidémie sont comparativement plus bas qu’en Afrique australe comme l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Ainsi, les nouvelles infections explosent en Asie centrale et en Europe de l’Est, et chez certaines populations dans le reste du monde par exemple les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes au Cameroun.

En outre, dans les pays à revenus faibles, la baisse des fonds disponibles conduit à des choix et des priorisations dangereuses, principalement la priorisation du financement des traitements antirétroviraux par rapport à d’autres interventions également essentielles telles que la mise à l’échelle du dépistage, l’implémentation de nouvelles stratégies de prévention ou encore le plaidoyer et les interventions communautaires. Or nous savons aujourd’hui que c’est par la mise en place d’outils de dépistage et de prévention innovants comme l’autotest ou la Prep (prophylaxie pré-exposition) et par l’implication des acteurs communautaires dans tous les volets de la riposte à VIH que nous pourrons mettre fin à l’épidémie.

En réduisant leurs financements, les Etats et bailleurs internationaux envoient un mauvais signal : ils vont pénaliser les pays et régions où l’épidémie de VIH/sida pourrait être contrôlée et saper les efforts et résultats obtenus ces vingt dernières années.

(1) : Le terme de pays à revenu intermédiaire renvoie à la typologie de classement des pays par la Banque mondiale en fonction de leur revenu national brut (RNB) par habitant. Ce sont des pays comme le Sénégal, le Maroc, la Tunisie, le Cambodge, etc.