Jim Pickett : "Le monde a besoin de gels microbicides rectaux"

Publié par Renaud Persiaux le 23.07.2012
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SexualitélubrifiantanalAIDS 2012

La passion de Jim Pickett, c’est le lubrifiant. Pour aujourd’hui, le directeur du Plaidoyer à la AIDS Foundation de Chicago veut accroitre son accès dans les pays du Sud où il est peu disponible. Pour demain, il a fondé le plaidoyer international pour le gel microbicide rectal (IRMA) qui a lancé la campagne AND LUBE. Interview par Renaud Persiaux.

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Qu’est-ce que AND LUBE ?
C’est une campagne pour accroître l’accès aux lubrifiants dans les pays du Sud, notamment pour les personnes qui ont des rapports anaux. Car presque tout le monde en utilise mais, le plus souvent, ce sont des lubrifiants inappropriés : de la graisse, de l’huile et même du shampoing. Rien de tout cela n’est compatible avec les capotes, il faut des lubrifiants adaptés, à base d’eau, ou de silicone, le plus souvent. Ce n’est pas cher et facile à délivrer, donc c’est un scandale que ce ne soit pas le cas. C’est pourquoi nous avons créé la GLAM (Global Lube Access Mobilization, Mobilisation mondiale pour l’accès aux lubrifiants). "When you say condoms, you say… AND LUBE !!" ("Quand vous dites capotes, vous dites… et Gel !"). Et c’est valable pour vous aussi, les Français.
 
Vous dites que ce plaidoyer, c’est en attendant l’arrivée des gels microbicides rectaux, des gels contenant des antirétroviraux et qui permettraient une protection partielle contre le VIH ?

En effet, je suis un des fondateurs d’IRMA [International Rectal Microbicide Advocates, créé en 2005, ndlr], le plaidoyer international pour les microbicides rectaux : quatre personnes il y a cinq ans, 1 200 aujourd’hui. Car le gel vaginal, contenant l’antirétroviral ténofovir qui a été utilisé en Afrique du Sud dans l’essai Caprisa 004, avec une protection variant de 39 % à 54 % (mais on peut sans doute faire mieux, en tout cas je l’espère) en fonction de l’observance n’est pas utilisable pour l’usage rectal. Il provoque des désagréments d’ordre digestifs, si vous voyez ce que je veux dire. Notre but est de pousser les recherches dans ce domaine, car l’immense majorité des personnes, hommes ou femmes, au Nord ou au Sud, pratique le sexe anal, même si cela reste un tabou dans beaucoup d’endroits. Notre but, c’est de mettre le focus là-dessus. Aidez-nous, parlez-en dans vos familles. Le meilleur moment, si vous êtes chrétien, c’est la réunion de Noël !
 
Vous avez aussi fondé le projet ARM (Armez l’Afrique pour les microbicides rectaux)…
Nous voulons que les chercheurs développent un gel rectal qui soit bien toléré, efficace, sûr. Mais aussi peu cher, et accessible à tous, sur toute la planète. Il devra être intégré à la vie sexuelle des personnes. Des projets, comme le "Project gel" visent à voir comment de jeunes gays s’approprient et l’utilisent un tel gel. Il faut concevoir des packagings sexys pour que les gens aient envie de l’utiliser, et soient protégés plus efficacement. Mais pour l’instant, on n’en est qu’à un essai de phase 2, intitulé MTN-017, sur 186 personnes, au Pérou, aux Etats-Unis, en Thaïlande, qui va tester la sureté et une nouvelle formulation du gel vaginal utilisé dans Caprisa, avec moins de glycérine, et donc adapté à un usage rectal. On ne sait pas encore si un gel préventif rectal sera efficace, et il faudra encore de nouvelles études, plus importantes, pour le déterminer. On n’aura pas le produit avant 2018 selon les chercheurs.
 
Un dernier mot ?
On essaie de faire de la communication sur le sujet de façon drôle et décalée pour susciter l’intérêt. Mais cela ne doit pas cacher que sur le terrain, les choses ne sont pas si roses, en raison de la criminalisation des rapports anaux et plus encore des rapports homosexuels.