La Boucle du ruban rouge

Publié par Rédacteur-seronet le 27.09.2019
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Prendre aux mots. C’est ce qu’a décidé de faire Jérémy Chalon. Ce salarié d’Île-de-France Prévention Santé Sida (Crips) fait actuellement la Boucle du ruban rouge, défi sportif et militant à travers la France pour défendre une augmentation de la dotation au Fonds mondial par Emmanuel Macron. À chaque étape, il rencontre politiques et population locale pour sensibiliser à la question du financement mondial de la lutte contre le VIH/sida. Interview.

« Rendez-moi la vie impossible ! » avait demandé Emmanuel Macron pour lui rappeler ses engagements face au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Votre projet de la Boucle du ruban rouge, un voyage de 38 jours à travers la France, se veut une réponse à cette prise de parole ?

Jérémy Chalon : Le projet fait certes écho à cette déclaration, mais son initiation remonte à plus longtemps, car cela demande de la préparation bien plus en amont. Mais ce qu’a dit le Président le soir de la Fête de la musique est évidemment une accroche à sa demande « d’énergie » ; pour que je me dise : « On va dans le bon sens, donc il faut y aller ». Ce qui m’a aussi beaucoup interpellé et qui a fait naître la Boucle du ruban rouge, c’est le fait d’être retourné travailler à Île-de-France Prévention Santé Sida récemment, alors que je l’avais quittée il y a une quinzaine d’années en tant qu’animateur. J’ai constaté qu’il y avait eu plein d’avancées : j’ai entendu parler du « U=U », de la Prep et d'autres avancées médicales qui n’existaient pas à l’époque où j’y travaillais. Je me suis dit que personne ou presque dans le grand public n’était au courant de ces informations très importantes. Dans le même temps, on m’a parlé de la Conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial en France. C’était pour moi l’occasion de sortir d’un événement un peu obscur quelque chose de plus ludique, pédagogique et fun, qui puisse interpeller les gens, au-delà du président de la République. Demander des engagements concrets sur le front de la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose, et en même temps aller à la rencontre des Français-es pour interroger ce qu’ils-elles savent du VIH, de l’épidémie et la réponse à mener.

Aller à la rencontre des Français-es est une chose, mais comment s’est concrétisé le défi sportif, un « tour de France » en faisant une boucle, que ce soit à pied, à vélo, ou en train ?

L’idée était d’aller sur un challenge sportif et humain. De base, je ne suis pas sportif mais je voulais démontrer qu’une personne lambda peut organiser quelque chose et la concrétiser. Symboliquement, tracer le ruban rouge était important pour moi, avec l’objectif de terminer à Lyon le 10 octobre, il fallait donc commencer mon périple à Bordeaux. Quant au fait de le faire à pied ou à vélo, je voulais quitter l’image de la caravane associative et donc du parcours motorisé. Dans le storytelling, c’est plus intéressant de dire que je vais faire 1 600 kilomètres avec cette boucle ; et je peux vous dire que cela commence à se sentir dans les jambes. Ce challenge était important sur le plan personnel ; une façon de dire : quand on veut on peut, à moi-même mais aussi au président Macron : « On sait que lever des fonds, c’est parfois compliqué, il faut faire des efforts. Regardez, des gens en font en participant à la Boucle, des associations partenaires aussi en font toute l’année, alors vous pouvez le faire ». Ces efforts-là, du quotidien comme dans la mobilisation sur la Boucle, nous voulions les symboliser.

Justement, lors de vos contacts avec le public durant le parcours, que percevez-vous dans leur connaissance du sujet ou leur positionnement quant à l’implication de la France dans la lutte mondiale contre l’épidémie ?

Ce qui est super intéressant à observer, c’est, comme le montrent les différentes enquêtes, comme celles de Sidaction chaque année ou des articles de presse, qu’il y a un manque global d’informations et de connaissances chez les jeunes et dans la population en général sur les enjeux du VIH. Que je sois dans une grande ville de province ou un village, les gens ont à peu près le même degré d’informations. Ce que j’observe également, c’est que la plupart des gens se sentent a minima concernés ou intéressés. Les personnes sont prêtes à écouter mon discours, même si, par ailleurs, elles ne se sentent pas personnellement exposées à des risques ; quand bien même ce serait pourtant le cas. Le VIH, c’est pour elles chez « les autres » ; ce qui est un frein par rapport au dépistage. Il y a certes un manque de prise de conscience, mais surtout un manque criant de sensibilisation et d’informations, notamment sur les fameuses avancées médicales que j’évoquais plus haut. Quand je parle du fait que les personnes séropositives sous traitement avec une charge virale indétectable ne transmettent pas le virus sans utiliser pour autant le préservatif, les gens me regardent comme si j’étais un alien… Les personnes savent qu’il y a des traitements, mais certaines pensent qu’il y a déjà un vaccin ; des  jeunes pensent encore que le moustique peut transmettre le VIH. De Lille à Bordeaux, du Havre à Limoges ou Châteauroux, c’est un peu ce qu’on lit toute l’année dans les journaux et ce qui se confirme sur le terrain.

Sur l’interpellation politique concernant la participation française au Fonds mondial, comment les personnes réagissent ou s’emparent de cette question ? Le soutien à la revendication d’une augmentation de la contribution est-il populaire ?

Majoritairement oui ! Il faut d’abord leur expliquer les enjeux en faisant preuve de pédagogie. Telle quelle, la revendication n’est pas toujours très claire. Parfois, elle est perçue comme redondante par rapport à ce que les Français-es imaginent être déjà l’engagement de la France. Une fois qu’on évoque l’importance de l’accès aux traitements pour que les personnes restent en vie, les 27 millions de vies sauvées grâce à ce Fonds et la clé pour enrayer l’épidémie et arriver à une génération sans sida, les gens signent sans problème ! Justement, quand les gens sont bien informés, ces derniers se sentent proches de la cause, aux niveaux national et international. Cela signifie qu’il faut montrer que l’enjeu international nous concerne aussi au niveau français et qu’on ne peut pas rester recroquevillé sur soi-même.

Propos recueillis par Mathieu Brancourt