La cohorte Hépather de l’ANRS, c’est quoi ?

Publié par jfl-seronet le 11.08.2015
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Récemment, Seronet parlait des résultats de la cohorte ANRS Hepather présentés lors du 50e Congrès de l’European Association for the Study of the Liver (EASL) à Vienne en avril dernier (voir encart). Des résultats importants qui confirmaient l’efficacité des antiviraux à action directe dans la "vraie vie". Le professeur Stanislas Pol (Département d'Hépatologie, Hôpital Cochin (AP-HP), Université Paris-Descartes, Inserm UMS-20, Institut Pasteur, Paris) explique dans une interview sur le site de l’ANRS ce qu’est Hepather, ses objectifs et son intérêt. Extraits.

25 000 personnes vivant avec une hépatite B ou C. C’est l’objectif de recrutement de la cohorte ANRS-Hepather. Cela en fera la plus grande cohorte au monde. Elle a déjà inclus près de 17 000 personnes depuis deux ans. Comme l’explique l’ANRS, cet "outil unique va permettre de répondre à de très nombreuses questions sur l’évolution de ces infections, et pour l’hépatite C, sur l’efficacité et la tolérance à long terme des nouvelles molécules.

Investigateur-coordinateur de la cohorte Hepather, le professeur Stanislas Pol la présente ainsi : "En nombre de patients, en volume de recherches, en moyens et en capacité à générer des résultats, c’est le plus important projet mis en œuvre sur ces pathologies (1). Interrogé sur ce qu’il faut attendre de la cohorte ANRS Hepather, Stanislas Pol explique : "Nous allons disposer d’une masse très importante de données, grâce à la biothèque [banque de données d’échantillons biologiques, ndlr] et aux dossiers cliniques très complets qui sont recueillis auprès des patients qui vont être suivis pendant 8 ans. Cela va nous permettre de répondre à de nombreuses questions cliniques et pré-cliniques. Je citerai à titre d’exemple l’évaluation dans la "vraie vie" de l’efficacité et de la tolérance des nouveaux antiviraux contre l’hépatite C. Il va être ainsi possible de connaître le bénéfice à long terme de la viro-suppression [suppression virale]. Différents travaux de recherche devraient par ailleurs nous permettre d’améliorer la prise en charge et le pronostic de l’hépatite B. Avec la cohorte ANRS Hepather, nous disposons d’un outil unique d’une grande puissance dont je ne doute pas qu’il sera très productif à court, moyen et long terme".

(1) Participent de ce projet : l’ANRS, l’Association française pour l’étude du foie (AFEF), l’Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM), l’Institut de veille sanitaire (InVS), la Haute autorité de santé (HAS), la Direction générale de la santé (DGS) et des associations de malades.

ANRS Hepather : confirmation en vie réelle de l’efficacité de nouveaux traitements
La cohorte ANRS Hepather a été lancée mi-2013. Elle est la plus grande cohorte au monde sur les hépatites virales avec actuellement plus de 17 000 personnes atteintes d’une hépatite chronique B ou C incluses. Parmi les personnes infectées par le VHC, près de 3 500 ont été ou sont traitées par des antiviraux à action directe (AAD). Une série d’analyses des données a été réalisée pour déterminer l’efficacité d’une combinaison de deux AAD pour laquelle on ne dispose pas de données en vie réelle, explique l’ANRS.

Au total, 409 personnes infectées par le VHC de génotype 1 ont été incluses dans l’analyse. Une majorité d’entre elles était en situation difficile : 78 % avaient une cirrhose et 75 % étaient en échec d’un précédent traitement. Ces personnes ont reçu la combinaison sofosbuvir (inhibiteur de la polymérase du VHC) et daclastavir (inhibiteur de la région NS5A du VHC) associée ou non à la ribavirine pendant trois ou six mois.

Pour les personnes ayant une cirrhose recevant seulement la combinaison sofosbuvir et daclatasvir, un traitement de trois mois permet pour 76 % d’entre elles d’avoir une charge virale indétectable quatre semaines après l’arrêt du traitement. Prolonger la durée d’un tel traitement à six mois permet d’élever ce taux à 94 %. Lorsque la ribavirine est ajoutée à cette combinaison (sofosbuvir + daclatasvir) le taux de réponse est fortement augmenté : avec trois mois de traitement, 100 % des personnes présentent une réponse virologique soutenue à 4 semaines.

Chez les personnes n’ayant pas de cirrhoses, on constate que, quelle que soit la durée du traitement (trois ou six mois) avec ou sans ribavirine, 100 % des personnes présentent une charge virale indétectable 4 semaines après l’arrêt du traitement. Combinée ou non à la ribavirine, l’association sofosbuvir et daclastavir s’avère bien tolérée : seules 9 % des personnes ont présenté des effets indésirables sérieux, conduisant à un arrêt de traitement chez 3 %.

"Grâce à la cohorte ANRS-Hepather, nous avons la confirmation en vie réelle qu’un traitement de 12 semaines est suffisant pour induire une viro-suppression [suppression virale, ndlr] chez la très grande majorité des patients (….) Pour les patients cirrhotiques, l’ajout de la ribavirine peut s’avérer nécessaire. Si ces données venaient à être confirmées sur une période de suivi plus longue, cela représenterait une avancée très importante pour la prise en charge des patients", a expliqué le professeur Pol, cité dans le communiqué de l’ANRS.