La moitié des gays noirs américains seront dépistés séropositifs

Publié par Mathieu Brancourt le 11.03.2016
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ConférencesCroi 2016inégalitéprévalence VIH

Une étude américaine, présentée à la Croi, a évalué le "risque au cours de la vie" d’être infecté par le VIH. Ces résultats mettent en exergue de sévères disparités, reflets des inégalités en fonction de l'orientation sexuelle, du genre ou des origines face à l’épidémie.

Statistiquement, un Noir américain a sept fois plus de probabilité de découvrir sa séropositivité pour le VIH au cours de sa vie. S’il est gay, le risque d’être diagnostiqué positif au VIH atteint 50 %. Les chiffres du Centre des contrôles des maladies (CDC) américain (1), présentés le 23 février dernier à la conférence sur les rétrovirus (Croi) de Boston, sont accablants à propos de cette double peine. Dans son exposé, la chercheure Kristen Hess a détaillé les écarts abyssaux selon les communautés vivant aux Etats-Unis.
Elle s’est fondée sur la méthode du "risque au cours de la vie" (lifetime risk, en anglais), qui additionne les probabilités d’acquisition d’une maladie, à partir de différentes sources de données. Cette technique de calcul est régulièrement utilisée pour le cancer, mais jusqu’alors assez peu usitée en épidémiologie du VIH. Un logiciel a combiné les chiffres très récents du système de surveillance des diagnostics VIH/sida des Etats-Unis (NHSS), mais aussi des donnés sur la mortalité et des données du recensement des différentes populations, datant de 2009 à 2013. En découle une évaluation mathématique du risque de "1 sur" au cours de la vie, qui peut aussi se découper par la suite en décennies. "Cet outil est utile pour les chercheurs, mais aussi pour les acteurs de terrain et les politiques, car facilement compréhensible pour le quidam", a expliqué Kristen Hess. Et il permet d’illustrer assez simplement la violence des inégalités en matière prévention et de risque de contamination dans les cinquante états américain.

Inégalités ethniques et genrées

Alors que des études ont montré que les Noirs américains n’avaient pas plus de prises de risques sexuels que d’autres minorités aux Etats-Unis, ils sont le groupe le plus fortement vulnérable au VIH sur le long cours. Un homme noir américain sur vingt va devenir séropositif au cours de sa vie, contre un sur 138 chez les Américains blancs, soit sept fois plus. Les hommes hispaniques ont, eux, trois fois plus de risque de devenir séropositifs que leurs comparses blancs. Les femmes sont globalement moins exposées que les hommes, mais les écarts restent ici très en défaveur des Noires américaines (une sur 48) et des Hispaniques (une sur 227) comparés au risque potentiel pour les femmes blanches (une sur 880). D’après les auteurs de l’étude, ce différentiel s’explique par un cumul de vulnérabilités épidémiologique, économique et sociale : haut taux de prévalence du VIH parmi la communauté, qui augmente déjà le risque de contamination, mais aussi les manques et freins dans l’accès à la santé et à la prévention, la pauvreté et sans oublier la discrimination raciale, encore très puissante aux Etats-Unis.

Un gay noir américain sur deux va se contaminer

C’est aussi l’autre chiffre terrifiant à propos de la géométrie variable du risque de contamination chez les gays et bisexuels, qui, déjà eux-mêmes, sont une population 79 fois plus exposée que les hommes hétérosexuels. Si rien ne change, la moitié des gays noirs américains va être diagnostiquée séropositive au VIH au cours de leur vie. C’est cinq fois plus que pour un homosexuel blanc, deux fois plus que les gays d’origine hispanique. La couleur de peau et l’origine sont donc des marqueurs déterminants du niveau de l’exposition au risque chez les gays et bisexuels et viennent s’ajouter d'autres facteurs tels que l’homophobie, la forte prévalence et l’absence ou le manque d’accès aux outils de prévention. Plus étonnamment, l’impact de la géographie joue. Les chercheurs ont montré que le risque au cours de la vie était notablement plus élevé dans les états du sud et de la côte est que dans les états du nord et du midwest. Mais les experts notent malgré tout une amélioration de la situation générale aux Etats-Unis. Par rapport à la dernière évaluation se fondant sur des données de 2004 et 2005, le risque d’acquisition du VIH au cours de la vie dans la population générale a reculé de 1 sur 78 à 1 sur 99. Malgré tout, ce léger progrès ne doit pas cacher l’immense injustice que démontrent ces chiffres. Ils illustrent une inégalité pernicieuse que vivent des citoyens par rapport à d’autres, et la persistance d’une discrimination violente envers les minorités, notamment sexuelles et ethniques. Un rappel brutal que le VIH ne fait ni preuve de racisme, ni d’homophobie.

(1) : "Estimating lifetime risk of HIV diagnosis in the United States", Centers for disease control and prevention, Atlanta, GA, United States, Kristen Hess, Xiaohong Hu, Amy Lansky, Jonathan Mermin, H. Irène Hall, Croi 2016.