La SCMR ouvre enfin ses portes à Paris

Publié par Mathieu Brancourt le 16.10.2016
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ProduitsSCMRsalle de consommation à moindre risquedrogues

Après une longue bataille politique, l’expérimentation d’une salle de consommation à moindre risque (SCMR), à destination des usagers de drogues a enfin commencé le 17 octobre dernier. L’association Gaia-Paris va assurer le fonctionnement de la structure, située dans le 10e arrondissement de Paris, accolée à l’hôpital Lariboisière. C’est le premier dispositif de ce type en France.Visite guidée.

"Une réponse à la fois responsable, humaniste et pragmatique, face aux difficultés constatées aux abords de la Gare du Nord" : voilà comment Anne Hidalgo, la maire de Paris, a présenté la première salle de consommation supervisée de France, lors de la visite officielle aux côtés de la ministre de la Santé Marisol Touraine. La structure a coûté un million d’euros, entièrement financé par l’Hôtel de Ville. Le coût de fonctionnement (1,2 million d’euros par an) sera, lui, pris en charge par la Sécurité sociale.

Ceci n’est pas une "salle de shoot". "Bienvenue dans le premier espace de consommation propre et supervisée à destination des consommateurs de drogues", balaye d’emblée José Matos, chef de service du Caarud à Gaïa-Paris, pendant la visite des lieux, avant l’ouverture. La salle de consommation se situe derrière un haut portail gris, dans un bâtiment austère, jouxtant l’hôpital Lariboisière. Une fois dans la cour intérieure, l’entrée se fait beaucoup plus chaleureuse. Derrière une paroi vitrée, un accueil où les personnes pourront s’inscrire ou récupérer simplement du matériel propre et des préservatifs. Si la personne veut consommer ses produits (préalablement achetés, il n’y a pas de vente dans le lieu), elle prend son ticket et patiente avant de pouvoir entrer dans la salle d’injection, qui a une capacité de 20 personnes. Des boxes ouverts ou plus intimes, une salle d’inhalation vitrée, mais surtout deux salariés de la structure, formés à la réduction des risques et à l’accompagnement à l’injection sont chargés de veiller à la sécurité de chacun. Ils interviennent si besoin, comme en cas d’overdose. Le lieu dispose aussi d’un espace pour des consultations avec un médecin ou un infirmier pour des soins ou un dépistage du VIH et des hépatites.

La salle de près de 250 m2, plutôt jolie, a été conçue comme un parcours, une pause de la vie souvent chaotique et épuisante des usagers de drogues vivant à proximité. Dans la continuité de la salle d’injection se trouve un coin repos, avec des fauteuils confortables et un coin snack, pour se restaurer ou se poser après une prise de produits. L’arrivée de ce lieu unique sera une respiration pour les usagers souvent à la rue et désocialisés et un vrai relais vers le soin, tout en permettant moins de "nuisances" pour les riverains. C’est aussi un soulagement pour les militants historiques de la réduction des risques liés aux drogues, qui voient un dispositif ayant fait ses preuves contre les overdoses et les contaminations à l’étranger, venir s’implanter en France, 30 ans après la première SCMR installée en Suisse.

La directrice de Gaïa Paris est, elle, "contente". "C’est le résultat de beaucoup de travail, depuis 2009. L’ouverture de cette salle de consommation va dans le même sens de la prévention et la réduction des risques de nos autres actions de terrain", estime Elisabeth Avril. Mais aussi pour avoir un impact sur la courbe des épidémies de VIH et de VHC. "On ne peut estimer encore l’impact, mais il est certain qu’on pourra dépister plus de gens, dans de meilleures conditions et les orienter vers le soin. Pour les personnes vivant avec le VHC, il y aura ici un accès facilité aux traitements", explique-t-elle. L’évaluation de l’expérimentation sera faite par l’Inserm sur le volet sanitaire et le Cermes (Centre de recherche médecine, sciences, santé mentale et société) pour le volet social. C’est parti donc pour six années d’expérimentation, comme prévue dans la loi Santé de janvier 2016.

Espace Gaïa. 4 rue Ambroise Paré - 75010 Paris. Ouverture 7j/7 de 13h30 à 20h30. Ligne téléphonique : 07 62 49 93 45.