L’Afrique du Sud accueille de nouveau la lutte mondiale contre le VIH

Publié par Mathieu Brancourt le 16.07.2016
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ConférencesAids 2016

Du 18 au 22 juillet prochain, la ville sud-africaine de Durban accueille la Conférence mondiale sur le sida (Aids 2016). Seize années après la précédente, qui avait marqué un moment charnière dans la prise de conscience mondiale sur l’épidémie, notamment en Afrique. En 2016, les choses ont beaucoup changé, mais les combats restent nombreux pour casser les barrières, aujourd’hui politiques, pour mettre fin au sida dans le monde. Seronet y sera !

"Des progrès considérables ont été réalisés dans la réponse au VIH/sida depuis le dernier rassemblement de la communauté mondiale de lutte contre le VIH à Durban, en 2000. Comme première étape, il fallait ralentir la propagation du VIH. A présent, il s’agit d’accélérer les investissements et l’action pour un ordre du jour solide en matière de droits humains et de justice sociale". Voici les mots introductifs de la deuxième déclaration de Durban, seize ans après la première. Ce texte, en forme de pétition des organisateurs, membres de l’International aids society (IAS), vient inscrire les progrès accomplis, sans oublier de souligner le chemin qui reste à parcourir. Le slogan de cette année : "L’accès, l’équité et les droits – Dès maintenant !"

Comme le soulignent les organisateurs, les avancées politiques ont été nombreuses, mais les freins demeurent, financiers et légaux, donc politiques. Aids 2016, le plus gros rassemblement international de la lutte contre le sida (plus de 20 000 participants), passe en revue tous les deux ans les progrès de la recherche, tout en se penchant sur l’accès à ces avancées pour celles et ceux qui en ont le plus besoin. Un événement d’ampleur qui doit donner les pistes pour le passage à l’échelle, de la découverte scientifique à son utilisation globale pour contrecarrer les contaminations. Cette année, cinq grands principes sont (ré)énoncés : traitement accessible pour tous, accès élargi aux nouveaux outils de prévention comme la PrEP (prophylaxie pré-exposition), prise en charge et soins des pathologies associées, un élan groupé pour tendre vers le vaccin et un remède curatif, et le soutien à la recherche en ce sens. En miroir, l’Aids a diagnostiqué les problèmes : "Cibler les populations clés dans divers scénarios d’épidémie du VIH, contester les lois, politiques et pratiques stigmatisantes et discriminatoires à l’égard des personnes vivant avec le VIH et des populations clés, répondre à l’inégalité des sexes et renforcer les capacités des jeunes femmes et des filles, accroître les investissements dans les réponses dirigées par la société civile et la communauté et renforcer la capacité des travailleurs de la santé de première ligne". Concrètement, c’est rendre, de la solidarité internationale et son financement à l’acteur de terrain, démanteler tout ce qui peut empêcher ou réduire les capacités dans la réponse à l’épidémie. Faire plus en bloquant ce qui l’empêche : logique assez implacable pour qui suit la lutte contre le sida, trois décennies après le début de l’épidémie. Il y a seize ans, on était encore loin de ce diagnostic.

Mandela day !

Lorsqu’en 2000, l’Afrique du Sud accueille la Conférence mondiale, jamais cette dernière n’avait mis les pieds en Afrique, ni même dans un pays en voix de développement. Pour la première fois, c’était dans un pays où l’épidémie faisait le plus de ravages que chercheurs et activistes allaient se retrouver. Et rompre l’omerta. Le thème était d’ailleurs clair : rompre le silence sur l’immense décalage entre les pays riches et l’Afrique, qui, quatre ans après l’arrivée des premières trithérapies efficaces, n’en voyait pas la couleur. Durban fut alors la pierre angulaire du processus de solidarité mondiale, pour rendre les traitements accessibles en Afrique. Mais ce fut aussi un tournant fondamental concernant le déni des politiques, notamment sud africains, sur ce qu’était le VIH. Allant même jusqu’à l’interdiction de prescription des antirétroviraux aux femmes enceintes séropositives. Le révisionnisme sur les origines du VIH et son traitement, même par le président et la ministre de la Santé, étaient répandus, causant un lourd tribut et une énorme responsabilité dans les contaminations de femmes, d’hommes et d’enfants. Face à ces messages dévastateurs, la communauté scientifique s’était élevée et avait lancé la fronde pour rétablir l’évidence scientifique. Et l’urgence : la moitié de la jeunesse sud africaine allait mourir du sida si rien n’était fait. Mais surtout, l’ancien président et héros de la lutte contre l’Apartheid, Nelson Mandela, dénonça les mots inconséquents des dirigeants sud africains, dans un discours qui marqua l’histoire de l’IAS (International aids society). "L’enjeu est de passer de la rhétorique à l’action, et l’action d’une intensité, à une échelle sans précédent. Il faut se concentrer sur ce que nous savons efficaces. Nous devons briser le silence, bannir la stigmatisation, et assurer l’inclusivité totale dans la lutte contre le VIH/sida. Ceux qui vivent avec le VIH, cette terrible maladie ne veulent pas du rejet, mais de l’amour", avait défendu l’ancien président sud-africain et prix Nobel de la paix. Quinze ans plus tard, une bonne partie des souhaits de Nelson Mandela se sont réalisés, dans des proportions plus ou moins fortes. Mais l’acuité sur la lutte contre les stigmatisations, qui font le lit de l’épidémie, reste totale. Et demeure un défi mondial.

Seronet à l’heure de Durban
Et pas de décalage horaire pour cette édition ! Présents sur place, nous assurons un reporting quotidien sur les annonces, les présentations. PrEP, accès aux soins, lutte contre les inégalités liées au genre, actions spécifiques envers les populations les plus exposées : reporters et militants de AIDES en direct reviendront sur les grandes annonces de Aids 2016. Nous prendrons aussi le pouls, l’ambiance, notamment sur la mobilisation des activistes à Durban. Le contexte politique tendu et les craintes pour la sécurité de l’événement, annoncés en amont, risquent de peser dans la visibilité des militants. Du 18 au 22 juillet prochain, l’actualité sera 100 % made in Durban.