Laura Flessel, prône "l’inclusion par le sport" contre les discriminations

Publié par Thomas Legrand le 24.05.2017
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InitiativeLGBT

Vendredi 19 mai 2017, Laura Flessel, multi-championne du monde et olympique d’escrime tout juste nommée ministre des Sports, a réalisé sa première sortie dans les locaux de l’association Le Refuge, qui héberge de jeunes homosexuel-le-s jetés à la rue par leur famille. Venue à la rencontre des jeunes aidés par l’association, celle que l’on surnomme "la Guêpe" a notamment abordé avec eux les enjeux liés aux discriminations, notamment homophobes, taboues mais récurrentes dans le milieu sportif. Une rencontre en huis-clos. Intimité nécessaire selon elle, afin de permettre aux jeunes de s’exprimer librement.

"Plusieurs de nos jeunes sont sportifs et ont pu parler de leurs envies liées à ce domaine, et soumettre leurs demandes à la ministre, explique Clio, militante au Refuge, à l’issue de la rencontre. Ils ont notamment évoqué les Gay Games, qui auront lieu en 2018, et auxquels certains aimeraient participer". Laura Flessel sera marraine de cet événement interplanétaire qui réunira plus de 15 000 participants issus de plus de 70 pays, un engagement pris avant sa nomination. Ouverts à tous et à toutes, ces Gay Games, version LGBT-friendly des Jeux Olympiques classiques, prônent le sport comme vecteur d’inclusion. "L’association possède l’agrément Jeunesse et Sports, nous soutenons beaucoup les jeunes sportifs du Refuge. La venue de la ministre est donc très encourageante, évidemment. Nous sommes contents qu’elle nous prenne autant en considération."

Un combat encore loin d’être gagné

Du côté des jeunes, la venue de la ministre a suscité une certaine forme de fierté et de reconnaissance. D’admiration, aussi. "Sa carrière est incroyable, et en plus, c’est une femme de couleur, comme moi. Elle m’a fait rêver et m’a redonné confiance en moi et en l’avenir. Elle a été à l’écoute, douce, simple et très gentille, elle a vraiment pris le temps d’entendre ce que l’on avait à lui dire", confie Belle, 23 ans, originaire du Cameroun. Menacée de mort et séquestrée depuis des mois par ses parents à cause de son homosexualité, elle a dû fuir son pays en septembre 2016. "Il faut penser positif : j’ai l’espoir que dans dix ans, il n’y ait plus d’homophobie en France. L’homophobie existe partout. Beaucoup moins ici que dans mon pays, certes, mais il n’empêche que ce combat est encore loin d’être gagné."

Une visite qui est plus qu’un symbole

A l’issue de cette rencontre confidentielle qui aura duré environ une heure, la ministre des Sports a admis que cette visite était "plus qu’un symbole". Un engagement revendiqué et affiché envers la cause LGBT. "On m’a donné la confiance, je veux la performance. Je suis sportive, et j’ai toujours abordé le sport en gardant à l’esprit une règle, celle des "3P" : Performance, Plaisir, Positivité. Aujourd’hui, j’ai envie d’ajouter un quatrième P : celui du Partage", explique l’escrimeuse. Son objectif ? Mettre fin aux clichés liés à l’homosexualité, s’unir autour de la lutte contre l’homophobie et faire passer des messages de tolérance et d'ouverture. "L’inclusion de toutes et tous, par le sport". Lorsqu’on lui demande de nous parler de son entretien avec les jeunes du Refuge, Laura Flessel raconte : "Nous avons ri. Ils se sont confiés. J’ai perçu chez eux une réelle détresse, et une folle envie de vivre. Ils connaissent l’exil forcé et le rejet à cause de leur orientation sexuelle, c’est difficile à entendre aujourd’hui."

Côté sports, "nous aurons peut-être la chance d’accueillir les Jeux Olympiques 2024, et de façon certaine les Gay Games en 2018, annonce-t-elle. Ces derniers seront l’occasion de mettre en avant les questions d’intolérance et les discriminations, récurrentes dans le milieu sportif. Nous ne pouvons pas rester cloisonnés et fermés. Notre tache sera de travailler sur l’éducation des jeunes, sur la santé, sur les droits des femmes. Car toutes ces questions sont aussi liées à la lutte contre les discriminations."

La "permission de réussir"

Justement, à propos de discriminations, qu’en est-il de celles liées à l’état de santé des personnes, et notamment des sportifs-ves vivant avec le VIH ? La ministre a-t-elle déjà réfléchi à la problématique ? "Je n’en suis qu’à mon troisième jour au ministère !" élude-t-elle. "Dans l’immédiat, je vais commencer à connaître mes équipes, et à travailler avec elles. Ce que je peux dire, c’est que vos demandes et propositions sont entendues, et que nous nous pencherons dessus aussitôt que nous le pourrons." Une ouverture qui promet des avancées dans la lutte contre les discriminations ?

Même si cette visite ministérielle n’a pas eu pour objectif de présenter des propositions concrètes, elle constitue un véritable symbole, surtout quand on sait que Gérald Darmanin, ancien député LR vivement opposé au mariage pour tous lors des débats sur la loi Taubira, a lui aussi été nommé ministre par le président Emmanuel Macron. Cette visite permet au moins d’imaginer et d’espérer que des décisions concrètes seront prises. D’ailleurs, Laura Flessel le dit : "Dans le sport, j’avais le droit à l’erreur. Aujourd’hui, j’ai la permission de réussir !"

Association Le Refuge (75 place d’Acadie - 34 000 Montpellier). Ligne d’urgence 24h/24 et 7j/7 au 06 31 59 69 50.