LCR : Traitements et échappement

Publié par Hicham-seronet le 19.02.2010
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troubles cognitifsCROI 2010
Une des sessions de la CROI de cette année concernait l'impact des traitements anti-VIH au niveau du cerveau et des fonctions neuropsychologiques. Explications.
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Un traitement anti-VIH efficace permet de rendre la charge virale indétectable dans le sang, mais aussi dans le liquide céphalo-rachidien ou LCR (on parle aussi de liquide cérébro-spinal). Il s'agit du liquide dans lequel baignent le cerveau et la moelle épinière. Toutefois, il a été observé chez certaines personnes un "échappement" (une persistance) du virus dans le liquide céphalo-rachidien (LCR) malgré son indétectabilité dans le sang, ce qui pose pas mal d’interrogations sur l’impact possible sur les capacités neuropsychologiques. Une étude américaine s’est intéressée à la présence du virus dans le LCR chez une soixantaine de personnes prenant des traitements différents et ayant des charges virales indétectables dans le sang. Les chercheurs ont conclu que cet "échappement" dépendait des antirétroviraux utilisés puisqu’il était plus fréquent chez les personnes prenant efavirenz (Sustiva, un non nucléoside) en association avec les nucléosides abacavir (Ziagen) ou ténofovir (Viread), et plutôt absents chez les personnes prenant l’antiprotéase lopinavir/ritonavir (Kaletra) ou le nucléoside zidovudine (AZT). Par ailleurs, plusieurs essais ont trouvé des résultats contradictoires quant à l’intérêt des antirétroviraux qui pénètrent bien le système nerveux central dans la protection contre les problèmes neuropsychologiques, en suggérant même pour certains un effet plutôt néfaste du à la toxicité des médicaments. Une étude italienne menée chez une quarantaine de personnes, présentée à la CROI 2010, a cependant trouvé un lien entre la pénétration des antirétroviraux dans le système nerveux central et les performances neuropsychologiques. Ce lien a été évalué grâce à une batterie de tests, dont les résultats suggèrent un effet protecteur des antirétroviraux.

Une autre étude internationale (ALTAIR), a évalué l’impact sur les fonctions neuropsychologiques de la mise sous traitement chez des personnes séropositives n’ayant jamais été traitées auparavant. La fonction cérébrale a ainsi été évaluée chez une trentaine de personnes, avant de commencer le traitement et un an après. Les meilleures améliorations des fonctions neuropsychologiques ont été observées chez les personnes prenant une trithérapie contenant Truvada (tenofovir + emtricitabine) avec respectivement Sustiva (efavirenz) ou Ziagen et Retrovir (abacavir + zidovudine). La protection du cerveau des personnes séropositives est actuellement une des priorités de la recherche, en essayant de trouver la combinaison de médicaments anti-VIH la plus à même d’éliminer le virus du système nerveux central tout en n’étant pas trop toxique pour les neurones.

Traitement précoce et troubles neuropsy
Une étude a été conduite chez environ 1 500 personnes séropositives dans le cadre d’une cohorte américaine appelée CHARTER. Son objectif était d’évaluer l’intérêt d'un démarrage précoce d’un traitement antirétroviral dans la protection contre les désordres neuropsychologiques liés au VIH. Le taux de CD4 le plus bas dans l’historique médical de la personne (on parle aussi de nadir), et un score suite à une batterie de tests neuropsychologiques ont été déterminés pour chacun des participants à l’étude. L’étude a conclu que le score des tests était d’autant plus élevé (donc bon) que les personnes avaient eu des taux de CD4 élevés (donc un nadir élevé). Ceci confirme le rôle protecteur du traitement antirétroviral contre les désordres neuropsychologique et l’intérêt d’une mise sous traitement précoce afin de garder un taux élevé de CD4.

 

Commentaires

Portrait de sonia

Je félicite l'auteur de cet excellent article Hicham M'GHAFRI, pour sa précision, son objectivité et les questionnements qu'il soulève. Les nouvelles molécules seront elles efficaces pour bloquer l'activité virale dans le cerveau et autres réservoirs du vih? dans un premier temps, l'etude sur les resistances et l'activation virale est un des meilleurs moyens pour pouvoir éradiquer un jour le vih...je poste quelques liens pour faciliter la lecture de cette conférence croi 2010 que vous retrouverez sur le site TRT5 ici

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