Le 190 est menacé de fermeture

Publié par jfl-seronet le 23.09.2014
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SexualitéLE 190santé sexuelle

"Menace de fermeture imminente du 190, centre de santé sexuelle à Paris", l’information est brutale. Elle a fait l’objet (19 septembre) d’un communiqué de presse et suscité des réactions dont celles de AIDES et de Warning. Explications.

L’unique centre de santé sexuelle de Paris prenant en charge le VIH va-t-il devoir fermer ses portes ? C’est ce que craint son équipe. A l’origine des difficultés actuelles : une
question immobilière et un problème de financement. "Trois mois c'est très peu. C’est pourtant dans ce délai qu’il faudra trouver des solutions pérennes si l’on veut sauver ce lieu unique, innovant et très efficient en matière de santé sexuelle", explique Franck Desbordes, président de SIS-Le 190, dans un communiqué.

Le 190, initiative unique qui connaît un réel succès, pourrait connaître un arrêt pour deux raisons. "La première porte sur la question du financement. Malgré une hausse importante et régulière des consultations médicales (dépistages et suivis), nous ne pouvons vivre sans subventions. Plusieurs dossiers déposés pour l’exercice 2014 n’ont pas encore été arbitrés. Nous ne pouvons, à cet instant, que constater le déséquilibre financier de la structure, sans certitude pour l’avenir", explique Franck Desbordes. "La deuxième raison réside dans le fait que le propriétaire actuel des locaux où est hébergé Le 190, un fond de pension luxembourgeois, a vendu l’immeuble. Nous devons partir d’ici la fin décembre, l’acquéreur ne semblant pas disposé à nous accorder un quelconque délai", indique le président de SIS-Le 190. Des pistes ont été explorées ces deux dernières années pour trouver des locaux sur Paris sans succès. Le communiqué explique qu’il y a bien une solution en cours dans le 11ème arrondissement, mais que cette piste n’est pas non plus sans problèmes.

Arrêt ou continuité : une décision le 29 septembre prochain

"La possibilité de déménager dans le bien que nous avions ciblé récemment (75011) connait des rebondissements (…) avec l’annonce de travaux supplémentaires, d’autorisations préalables, de délai de passage de commission… qui gonflent la facture et nous mettent largement hors-délai", indique le communiqué. "Devant l’ensemble de ces difficultés, une majorité parmi les administrateurs de SIS-Le 190, réunis le 11 septembre, a souhaité la convocation d’une Assemblée Générale Extraordinaire avec pour ordre du jour la question de la continuité ou de l’arrêt de l’expérience. Cette assemblée aura lieu le 29 septembre prochain. Chaque jour, le centre de santé sexuelle démontre le bien-fondé de son approche novatrice. Nous ne pouvons pas laisser nos deux mille patients annuels sans solutions de dépistage, d’accompagnement et de suivi", explique Franc Desbordes. "Le 190 vit une crise de croissance. Nous avons défini nos prochaines voies de développement. Il y a encore tant à faire. Nous restons motivés et déterminés.  Je tiens à remercier et féliciter toute l’équipe du 190, et notamment les salariés qui, malgré cette épreuve, restent plus mobilisés que jamais, et continuent à porter nos convictions communes. J’en appelle maintenant à la responsabilité de chacun et à la mobilisation de tous. La situation est très urgente", conclut le président de SIS-Le 190.

AIDES a réagi

"C’est avec étonnement et colère que nous apprenons par un communiqué de Sida Info Service la menace qui pèse sur Le 190, centre de santé sexuelle à Paris. Ce centre de soins réunit, en un même endroit, plusieurs activités liées à la sexualité, au VIH et aux IST (dépistage, information, soins, suivi, etc.). Il est le premier, et le seul du genre en France", rappelle AIDES (19 septembre) qui affirme : "Le 190 ne doit pas fermer, notre santé en dépend !" Pour Bruno Spire, président de AIDES : "Cette situation est intolérable".  "Chaque jour, nous constatons sur le terrain que les personnes les plus vulnérables au VIH manquent cruellement de dispositifs permettant de prendre en charge leur santé sexuelle sans discrimination et en accord avec leur vie et leurs pratiques", précise-t-il. "Depuis son ouverture, le 190 a montré le rôle crucial d’un centre de santé sexuelle dans l’accès aux soins des personnes séropositives ou vulnérables au VIH et la prise en compte de leurs besoins de santé spécifique", avance l’association qui se demande ce que "vont devenir les centaines de personnes suivies par le centre ?"

"Où allons-nous orienter les personnes que nous rencontrons dans le cadre de nos actions de dépistage rapide et qui expriment le besoin d’une prise en charge adaptée de leur santé sexuelle ? Le système de santé tel qu’il existe actuellement ne permet pas la prise en compte de ces besoins. C’est un fait. Les obstacles réglementaires sont légion, le modèle économique permettant de financer de façon pérenne ces dispositifs n’existe pas et pendant ce temps là, l’épidémie de VIH continue de progresser chez les gays. Le 190 ne doit pas fermer, c’est au contraire une myriade de centres de santé sexuelle qui doivent ouvrir et nous demandons que leur financement soit inscrit au PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale) dès 2015. La santé de nos communautés en dépend", conclut AIDES

Warning aussi…

"Le 190 en danger de mort imminente. Notre santé vaut plus qu’un fonds de pension !", tranche l’association Warning. "Le 190 est une structure pionnière et un modèle en France en tant que centre de santé sexuelle. Il remplit une fonction essentielle à Paris et en Ile-de-France et unique en France pour son approche globalisée de la santé des personnes LGBT qui, pour beaucoup, c'est de notoriété publique, souffrent de mauvais indicateurs de santé notamment du fait qu'elles hésitent à consulter par peur de l'homophobie et de jugements moraux quant à leur vie et leurs pratiques sexuelles", rappelle le communiqué (20 septembre) de l’association. "Warning constate que la mise en péril du 190 est due non seulement a des dossiers de subvention qui n’ont toujours pas été arbitrés, mais est aussi une conséquence de la mainmise de la finance internationale sur l'immobilier parisien, puisque c'est la vente de l'immeuble dans lequel se trouvent ses locaux par un fonds de pension luxembourgeois qui met le 190 à la rue. Il appartient à madame la maire de Paris, Anne Hidalgo, de trouver une solution en termes de locaux pour héberger le 190", estime Warning. "Warning ne peut pas croire que la mairie ne puisse pas proposer rapidement une solution étant donné que le 190 occupe une superficie relativement modeste, de la taille d'un dispensaire de santé. Anne Hidalgo s'était engagée lors de sa campagne électorale auprès des parisiens à mener une véritable lutte contre le sida et à changer la situation de Paris en matière d'immobilier ; il y a là l'occasion de passer aux actes", avance l’association. "Alors que tant d'argent est gaspillé en pure perte dans des politiques non-ciblées de prévention du VIH/sida, les pouvoirs publics laisseraient disparaître le 190 qui remplit une fonction vitale en matière de santé pour les LGBT ? Ce serait un scandale, vécu par les LGBT comme une trahison des engagements des hommes et des femmes politiques nationaux, régionaux et locaux en matière de santé", explique Olivier Jablonski, le président de Warning.

Commentaires

Portrait de balwin

Il y a là une équipe de personnes humaines et compétentes, capables d'écoute, d'apaiser désarroi et souffrance.

Fermer ce lieu d'accueil équivaut à la fermeture des services hospitaliers ayant une approche globale des patients VIH/ SIDA : on sait combien cela manque aux nouveaux infectés et s'apparente à une rupture, grave, pour les anciens.

A l'évidence, nous ne sommes plus libres !

Les avancées sociales masquent un effondrement : La question homosexuelle persiste ; l'homophobie existe ; les difficultés d'ordre psychosexuel sont une réalité ; une annonce de contamination à VIH ne sera jamais anodine.

A s'intéresser à des problèmes cosmétiques, on cautionne l'oubli de ces questions.

Fermer ces lieux, c'est gommer l'Histoire d'une part ; participer à un aveuglement voulu d'autre part.

Nous ne pouvons que redouter un retour vers l'obscurantisme.

L'Histoire n'apprend-elle rien ?

Un problème de locaux, certes, mais un problème de localisation du SIDA et des malades, avec leur histoire propre surtout.

Faut-il préciser qu'il n'y a pas de bareback sans sida ?

Dire qu'il n'y a pas de sida sans souffrance ? Redire qu'être gay, ce n'est pas si facile ?

Il y a une nécessité de lieux d'accueil. 

     

Portrait de alsaco

suis pas parisien  mais la fermeture d '1 structure   d 'Entraide   pour les séropos  va (peut - être) fermer   (si j 'ai bien compris )

Un centre de + ou de -   quelle avenir  pour les pathologiques , les marginaux , les fauteurs du sexe   ??   il y aura  toujours  des endroits  pour les parquer   et de permettre  aux gentils organisateurs d 'y travailler   .  

 D 'ailleurs  Quelle idée saugrenue  de choisir  cette orientation professionnelle   -  les  généreux donateurs  - les gentils volontaires  , les (encore ) + bénévoles  dévoués  .

 

Bonne Journée

Portrait de jean-rene

Je ne saisis pas très bien ton humour, Alsaco.

S'agit-il, comme cela a été le cas à AIDES il y a quelques années, de te moquer des personnes qui donnent de leur temps pour les séropos sans demander la moindre rémunération ?

Dans ce cas, les séropos s'enfonceront encore un peu plus dans la solitude car il ne faut pas compter sur l'Etat pour les en sortir.

S'agit-il de te moquer d'un fait divers "parisien" ?

Il faut que tu comprennes que ce qui s'expérimentait à Paris avec le 190, aurait dû normalement s'étendre à toute la France si le fric luxembourgeois ne s'était pas mêlé de saboter l'expérience.

Je comprends très bien ton amertume mais, si le malheur des parisiens faisait le bonheur des non-parisiens, ça se saurait.

Portrait de maya

je suis suivie au 190 et no news...

mon prochain rv devait etre en decembre...

changer de crémerie ???

encore !!!!

pfff triste pour cette experience...

bzzz bzzzz

Portrait de Charles-Edouard

Il ont obtenu un repis

Portrait de jean-rene

Peux-tu nous en dire un peu plus, Charles-Edouard, sur ce répit ?

Est-ce un répit de la part du propriétaire des lieux qui veut vendre ou de la part de l'acheteur luxembourgeois qui serait déjà le nouveau propriétaire?

Ou encore, la Mairie de Paris est-elle intervenue dans l'affaire et qu'a-t-elle obtenu ?

Et s'il y a répit, c'est jusqu'à quand ?