Le 190 : la santé sexuelle en suspens !

Publié par jfl-seronet le 28.10.2014
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En septembre dernier, le 190, centre de santé sexuelle à Paris, lançait un cri d’alarme, évoquant un risque réel de fermeture pour des questions de locaux, mais aussi des raisons financières. Depuis, les messages et gestes de soutien, y compris officiels, n’ont pas cessé. Le 29 septembre, le conseil d’administration du 190 s’est réuni. Il a voté à l’unanimité la poursuite de l’activité, jusqu’en avril 2015. Quels sont les problèmes ? Quelles solutions sont envisagées ? A quelles conditions l’aventure du 190 peut-elle continuer ? Nous avons rencontré Franck Desbordes, président du 190 et vice-président de SIS association (Sida Info Service).

Le 1er octobre dernier, un communiqué de presse tombe. "Le 190 a sept mois pour trouver des solutions". A l’unanimité, les administrateurs du 190 ont voté la poursuite de l’activité, mais seulement jusqu’au prochain conseil d’administration dont la date a été fixée au 23 avril 2015. A cette date, les principaux problèmes devront être résolus. Ils sont de deux ordres : un problème de local et des difficultés de financement.

Quelles sont les difficultés du 190 concernant ses locaux ?

Le 190, unique centre de santé sexuelle en France, se trouve dans des locaux loués par SIS association (Sida Info Service), sa structure de rattachement. Il se trouve que l’immeuble où il y a les bureaux de SIS et les locaux attenants ont été rachetés. Le nouveau propriétaire a d’autres projets pour ses biens et n’a pas souhaité reconduire le bail du 190, celui arrive à échéance fin 2014. A la suite de demandes de l’équipe du 190 et du cabinet de la Maire de Paris, le nouveau propriétaire a finalement accepté une prolongation du bail de quelques mois. Sans cela, c’était la fermeture au 15 décembre 2014. Bien évidemment, le 190 n’a pas attendu d’être acculé pour se préoccuper de la question de ses locaux. "Nous cherchons depuis deux ans", explique Franck Desbordes. "Nous avons tenté dans le 3ème arrondissement, mais des contraintes techniques et environnementales n’ont pas permis de déboucher. Cela engageait des dépenses trop importantes. Une tentative dans le 18ème arrondissement chez un bailleur privé n’a pas débouché. Une autre piste, derrière la rue Keller, n’a pas fonctionné non plus parce que la surface ne permettait pas d’accueillir le cabinet dentaire que nous voulons proposer et dont le 190 a besoin". Car, c’est là aussi que réside le problème. Le 190 est contraint de déménager, mais il a surtout besoin de s’agrandir pour mieux répondre aux demandes de consultations en nette hausse et proposer de nouveaux services (nouveaux cabinets dont un de consultations gynécologiques, deux fauteuils pour des soins dentaires, etc.).

Quelles solutions sont à l’étude pour les locaux ?

"Notre dossier de demande pour des nouveaux locaux est en examen à la CALAss", la Commission d'Attribution de Locaux Associatifs de la Ville de Paris, explique Franck Desbordes. Dans un communiqué (23 septembre), Bernard Jomier, adjoint à la santé de la maire de Paris, avait expliqué que la Ville de Paris étudiait en priorité le dossier de demande de relogement faite en juillet dernier par Le 190.  Récemment, le président du 190 a confirmé que des propositions locatives avaient été faites par les mairies des 20ème et 11ème arrondissements de Paris.

Quelles sont les difficultés financières du 190 ?

Le 190 a un déficit de 220 000 euros. "Cette somme représente le cumul de quatre années d’exercice structurellement déficitaires", explique Franck Desbordes. "Mais elle est bien inférieure à ce qui peut être constaté dans d’autres centres de santé qui, contrairement au 190, ont la chance de bénéficier au soutien de l’Etat. J’ajoute qu’un rapport de l’Inspection générale des Affaires sociales (1) rappelle que les centres de santé ne peuvent pas, et c’est structurel, être équilibrés financièrement. Comment est-il possible en facturant des consultations à 23 euros et en en réalisant trois par heure d’être à l’équilibre sans aucune subvention ? Et ce n’est pas le moindre du paradoxe, plus nous avons de consultations, plus nous développons nos activités, plus important est le déficit".

Qui soutient financièrement le 190 ?

En septembre dernier, Laure Lechatellier, vice-présidente de la région Ile-de-France en charge de l’action sociale et de la santé, rappelait, dans un communiqué, que la région a "été dès l’origine aux côtés du 190 avec 122 000 euros de subventions votées depuis 2010. Du côté de la Ville de Paris, il existe une convention triennale avec le versement d’une subvention à hauteur de 23 000 euros par an. Il y a eu aussi une subvention de 168 000 euros en 2014 de la part de l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France, un financement du laboratoire Gilead pour 30 000 euros, un autre du Fonds Teulade pour 33 000 euros.

Quels sont les nouveaux engagements financiers pris ?

Dans son communiqué de septembre dernier, Laure Lechatellier, la vice-présidente de la région Ile-de-France,  expliquait qu’elle allait "proposer au vote d’une prochaine commission permanente la signature d’une convention triennale pour les trois ans à venir, liée au versement d’une subvention de 30 000 euros par an". Autre soutien financier annoncé par la région, le "cofinancement de travaux jusqu’à 300 000 euros et l’achat d’équipements jusqu’à 150 000 euros". C’est-à-dire que la région s’engage à financer ces deux postes à la hauteur maximale de ces plafonds à la condition que Le 190 finance, lui-même, le montant équivalent des subventions qui lui seraient données. Autrement dit, si Le 190 finance 50 000 euros d’achats de matériel médical, la région en financera également 50 000 euros. Côté Ville de Paris, l’Exécutif parisien compte proposer aux conseillers de Paris de renouveler la convention triennale actuelle et de reconduire la subvention de 23 000 euros par an.

Quels autres financements peuvent être sollicités ?

Financement de la région (un quart des personnes qui consultent sont franciliens), financement de la Ville de Paris (70 % des personnes qui consultent sont parisiennes)… ce qui manque ce sont les financements au niveau national. "Ce sont les institutions nationales qui doivent maintenant se mobiliser", avance Franck Desbordes. Lesquelles ? "Je pense à la Direction générale de la santé, à la Direction générale de l’offre de soins", explique-t-il. "La difficulté pour nous est que nous sommes renvoyés, selon nos interlocuteurs, tantôt comme un acteur de prévention, tantôt comme un acteur du soin. Ceux en charge du financement du soin disent qu’ils ne peuvent pas nous soutenir parce que nous faisons de la prévention et vice-versa. Nous ne faisons pas de la prévention ou du soin, mais de la prévention par le soin". Fin octobre, le président du 190 devrait rencontrer les représentants de plusieurs "institutions nationales pour la recherche de financements structurels et pérennes".

Pourquoi faut-il soutenir le 190 ?

La question est, ici, purement rhétorique. Le 190 est une structure unique, ce que n’ont pas manqué de rappeler la région Ile-de-France, la Ville de Paris, mais aussi de nombreuses associations de lutte contre le sida (AIDES, Warning…) et de défense des droits LGBT (L’inter-LGBT) à l’annonce d’une fin possible du 190. C’est la première expérience, de surcroît, réussie de centre de santé sexuelle en France. Le centre a ouvert 3 500 dossiers médicaux depuis sa création en 2010. En 2013, 1 613 personnes ont eu recours au 190 (+ 33 % d’augmentation par rapport à 2012), dont 1 000 sont venues pour la première fois en 2013. Dans son rapport d’activité 2013, Le 190 note, assez logiquement, que l’augmentation de la file active a engendré une augmentation importante de l’activité : + 39 % pour les consultations médicales, + 82 % des consultations de psycho-sexologie, +  84 % des passages infirmiers. Bref, c’est un vrai succès. Et Le 190 est devenu un acteur décisif dans la prévention du VIH et des IST et dans le suivi de personnes vivant avec le VIH. En 2013, 427 usagers du 190 se sont présentés au moins une fois dans l’année pour le suivi spécialisé du VIH. Cette même année, le centre a initié 88 nouvelles prises en charge. Enfin, le bilan signale l’efficience du 190 en termes de prévalence. 99,4 % des séronégatifs suivis au 190 restent séronégatifs.

A l’occasion de sa dernière assemblée générale, Le 190 a ouvert son conseil d’administration à deux personnalités importantes dans la lutte contre le sida : France Lert (chercheure à l’INSERM et responsable des enquêtes VESPA) et le professeur Gilles Pialoux (Chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Tenon). Il espère que ces noms qui comptent permettront d’ouvrir des portes et d’avancer vers des solutions durables. "Nous devons trouver les solutions pour avoir un modèle économique pérenne, nous avons besoin que les institutions nationales nous soutiennent et qu’on nous permette enfin de travailler dans l’intérêt de la santé de nos usagers".

(1) "Les centres de santé : situation économique et place dans l’offre de soins de demain". Rapport inspection générale des Affaires sociales, juillet 2013.

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