Le meilleur du VIH en 2011 : retour sur un an de molécules (1/4)

Publié par Renaud Persiaux le 03.01.2012
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Thérapeutiquenouveautés thérapeutiquesmolécules

Début d’année, l’occasion des rétrospectives. A Seronet, on a décidé d’oublier les bêtisiers en matière de VIH (il y aurait eu pourtant de quoi !) pour se concentrer sur le meilleur des molécules antirétrovirales en 2011. Voici les 11 molécules dont les résultats sont à retenir. Par Renaud Persiaux.

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Avant de dresser le bilan de cette année plutôt riche, précisons quelques termes couramment utilisés par les médecins, afin de rendre la lecture plus fluide.
Personnes naïves : elles n’ont jamais pris de traitement ;
Personnes prétraitées : c’est l’inverse ;
CV indétectable : c’est la charge virale indétectable. Elle définit le succès thérapeutique ;
sinon, c’est l’échec ;
CV élevée : plus de 100 000 copies/ml de sang ;
Switch : c’est quand on passe d’une trithérapie efficace (CV indétectable, vous suivez ?) à une autre, et ce essentiellement pour des raisons de tolérance (d’effets indésirables) ;
Les différentes phases des essais chez l’humain : phase I (première phase chez l’homme, sûreté), phase IIA (dosage, première idée de l’efficacité et de la capacité à produire des réponses), IIB (validation du concept), phase III (efficacité). Ensuite, c’est l’AMM ou autorisation de mise sur le marché, suivi d’une surveillance du médicament en population générale (phase IV) ;
Profil de résistance : ce sont les différentes mutations du virus qui font que chaque antirétrovrial va être totalement, partiellement, ou pas du tout, efficace.
Ces précisions étant faites, c’est parti !

1. Raltégravir (Isentress) : marche longtemps, mais en deux prises
Deux nouvelles. La mauvaise : la prise en une fois par jour (2 comprimés) chez les personnes naïves est moins sûre que la double prise (2 x 1 comprimé : un le matin, un le soir, par exemple), surtout en cas de charge virale élevée, et semble-t-il également en switch. Mais, même au bout d’un an, les résultats restent bons dans les deux cas : 83% contre 89% (c’est très haut). Du coup, s’il n’y a pas de résistances à d’autres molécules, mais des difficultés d’observance en double prise, certains médecins "autorisent" la prise en une fois par jour. Attention à ne pas "griller" la molécule. Car la bonne nouvelle, c’est que l’efficacité d’Isentress se maintient après 4 ans chez les personnes naïves.

2. Viramune XR : la formulation en une prise par jour approuvée
La formulation à libération prolongée de la névirapine (Viramune XR), un non nucléoside, sera commercialisée au deuxième trimestre 2012. Elle a été approuvée en septembre par l’Agence européenne du médicament. Viramune XR (Extended release) s’utilise en une prise unique par jour (400 mg) alors que Viramune classique devait se prendre deux fois par jour (2 x 200 mg), même si certains médecins permettaient des prises en une seule fois. Le laboratoire indique que les prix n’augmenteront pas en France. La question d’une version générique de cette nouvelle formulation au Sud, où la névirapine est très utilisée, reste entière.

3. Rilpivirine : Edurant et Eviplera seront commercialisés en 2012
Ce sera le petit nouveau du 2e semestre 2012. Un nouveau non nucléoside en une prise par jour, développé par Janssen a été approuvé en Europe en octobre et sera commercialisé sous le nom Edurant. Ce comprimé a la taille d’un tic tac. C’est aussi efficace qu’efavirenz (Sustiva) mais avec beaucoup moins de vertiges, de rash (éruptions sur la peau), de cauchemars et de troubles des graisses dans le sang. Si l’AMM est valable chez les personnes naïves avec moins de 100 000 copies/ml, selon une étude, il serait possible de switcher sans danger d’efavirenz vers la rilpivirine. Un combo avec Truvada sera commercialisé au 2e semestre 2012, sous le nom Eviplera.

4. Cobicistat : un nouveau booster pour 2013
C’est sans doute un futur top des ventes. Ce booster expérimental a été conçu par Gilead pour concurrencer Norvir actuellement en situation de monopole sur le marché des boosters utilisés quasi systématiquement pour espacer les prises des antiprotéases. Gilead souhaite associer son booster dans des combos "deux-en-un". On sait déjà que ça marche avec Reyataz : le "deux-en-un" devrait arriver en 2013. Plus lointain, un combo avec Prezista est également programmé.

5. Elvitégravir : le Quad EVALUé EN EUROPE 
C’est l’anti-intégrase développée par Gilead, l’elvitégravir. Elle est aussi efficace qu’Isentress chez des personnes en multi-échec thérapeutique, avec des virus multi-résistants… Au bout de deux ans, avec l’un ou avec l’autre, environ une personne sur deux conserve une CV indétectable. Les effets indésirables sont similaires. L’elvitégravir s’utilise en une prise par jour, boosté par le cobicistat (avec qui il est co-formulé dans un comprimé). Gilead a dans ses tuyaux une nouvelle trithérapie en un comprimé par jour, le Quad, qui associe elvitégravir + cobicistat avec l’emtricitabine et le ténofovir (Truvada). Le dossier de demande d’AMM américaine est en cours d'examen, après les bons résultats en phase III chez les personnes naïves. Au bout d’un an, le Quad fait aussi bien qu’Atripla et que Truvada + Reyataz boosté. Le dossier européen a été déposé le 20 décembre.

6. Dolutégravir : en une prise ou deux, en cas de résistances
C’est l’anti-intégrase de nouvelle génération et en une prise par jour du laboratoire Viiv Healthcare. Qui semble (phase II), aussi puissante que Sustiva chez les personnes naïves, mais beaucoup mieux tolérée : ni symptôme psy, ni rash cutané. C’est évalué en phase III depuis février 2011 dans un "tout-en-un", le 572-Trii, avec Kivexa (lamivudine + abacavir). Point fort : le dolutégravir reste efficace en cas de mutations de résistance aux deux autres anti-intégrases, Isentress et elvitégravir, mais en deux prises par jour. Un essai de phase III est en cours.

7. Lersivirine : efficace malgré les résistances aux non nucléosides

Ce non nucléoside (UK-453,061) de ViiV Healthcare a un profil de résistance inédit qui lui permettrait de rester efficace sur les virus résistants aux non nucléosides actuels (Sustiva, Viramune, Intelence). Cette molécule pourrait être un peu moins puissante que Sustiva, mais semble mieux tolérée, avec moins d’effets neurologiques et psy, mais plus de nausées modérées. Etudes de phase III à venir...

8. Festinavir : le retour de la stavudine, en mieux
Bristol-Myers Squibb (BMS) a racheté cette molécule à la société de biotechnologie japonaise Oncolys BioPharma pour une coquette somme de 286 millions de dollars. Cet inhibiteur nucléosidique de la transcriptase inverse, en une prise par jour, est lointainement dérivé de la stavudine (Zerit), mais ne serait pas aussi toxique. En raison de ses effets indésirables importants à long-terme, l’usage de cette molécule est d’ailleurs désormais réservé aux personnes pour lesquels il n’existe aucune autre option thérapeutique. Le festinavir est en essai de phase II. Aucune date de commercialisation n’est avancée. A suivre, donc…

9. GS7340 : le ténofovir nouvelle génération
Ça pourrait être une version améliorée de Viread (ténofovir), avec une efficacité supérieure (en phase I-II) à des doses beaucoup plus faibles, ce qui devrait faciliter les co-formulations de trithérapie et diminuer la toxicité à long-terme sur les reins. Une co-formulation avec le darunavir, le cobicistat et l’emtricitabine est en développement.

10. Cénicriviroc : un effet anti-inflammatoire

Son développement par le laboratoire Tobira (TBR-652) se poursuit. Point fort : c’est à la fois un inhibiteur du co-récepteur CCR5 et du récepteur CCR2, ce dernier jouant un rôle dans l’inflammation chronique (reliée aux troubles cardio-vasculaires en particulier). Une phase II est en préparation, avec Truvada.

11. BMS-068 : premier inhibiteur d’attachement
Bristol-Myers Squibb (BMS) a présenté les premières données de dosage chez l’homme du premier représentant d’une nouvelle classe de médicaments : les inhibiteurs de l’attachement du VIH au récepteur CD4 (qui donne son nom à la cellule), la première étape de l’entrée du VIH. Le BMS-068 est une "prodrogue" qui se transforme en la substance active (BMS-529) après avoir été absorbée dans l’organisme. Le 529 se colle à une protéine du virus (la gp 141) et empêche l’attachement au récepteur CD4. Elle pourrait se prendre en une ou deux prises par jour, sans booster. Il est trop tôt pour avoir une idée précise des éventuels effets indésirables.

LE Bonus : les ATU nous sauvent, nous les avons sauvées
Une étude publiée le 10 octobre dans "The Lancet Infectious Diseases", prouve que la recherche de nouveaux traitements doit continuer, et que le rôle des autorisations temporaires d'utilisation (ATU) depuis 10 ans reste considérable. Portant sur près de 2 500 personnes en échec thérapeutique, résistantes aux trois premières classes d'antirétroviraux, elle révèle le rôle des nouvelles molécules et nouvelles classes. Les ATU, en permettant la délivrance du médicament avant son autorisation officielle de mise sur le marché et sa commercialisation, ont sauvé des milliers de personnes. Et en sauvent encore, ou empêchent la dégradation de leur état de santé (par exemple, la perte de la vue à cause d’infections opportunistes). Le projet de loi relatif au renforcement de la sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé de loi sur le Médicament, ainsi que certains amendements du Sénat et de l’Assemblée nationale, restreignaient les conditions d’accès aux ATU, risquant de faire régresser 25 ans de lutte contre le sida. AIDES et le TRT-5 se sont mobilisés. Si le texte adopté le 19 décembre par l’Assemblée aurait pu aller plus loin, il est satisfaisant. Les ATU sont sauvées, et nous aussi !

L'intégralité de notre dossier sur le meilleur du VIH et de l'hépatite C en 2011 :

1 - les molécules anti-VIH ;

2 - les stratégies anti-VIH ;

3 - la prévention du VIH;

4 - les résulats contre le VHC.

Commentaires

Portrait de Ironman

Depuis mon début de traitement (juillet 2010) je me suis éloigné des nouveaux avancements recherches VIH. Et par tes infos je me réjouit d'avoir opter pour le raltégravir, parmi les trois propositions de traitement par mon doc. Il voulais que je prenne un autre traitement, car à l'époque ne savait pas trop sur la prise du raltégravir à long terme. Merci pour informations. Bien a vous! Iron
Portrait de lounaa

Merci pour ces info , je me perd un peu dans toutes ces molécules sa ... Mais c'est intéressant ...
Portrait de lounaa

Si sur seronet il y à un endroit ou (un lien ) qui explique les différence entre les molécules,entre les médocs quoi , et comment (selon chaque cas bien sur ) une molécule agit , pourquoi un tel médoc associé à tel autre dans certains cas , etc , merci et bravo pour l'atu ...
Portrait de Renaud Persiaux

Bonjour Soledad Il y a notamment des réponses à vos questions dans la partie Doc, bien dans ma santé, ici : http://www.seronet.info/savoirs/6104 Attention, certaines infos précises sur les molécules datent un peu, car, elles sont extraites la brochure "VIH, traitement et qualité de vie" de fin 2006. Nous préparons une actualisation 2012. On vous en dira plus bientôt ! Les grands principes (pouvoir discuter avec son médecin du traitement et de ses effets, indésirables mais aussi désirables...) restent les mêmes Quelques conseils sont ici : http://www.seronet.info/doc/dessine-moi-une-tritherapie-288 http://www.seronet.info/doc/preparer-ses-consultations-292 http://www.seronet.info/doc/effets-indesirables-les-connaitre-pour-mieux... Il est utile de se tenir informé des actualités pour pouvoir discuter avec son médecin et choisir avec lui le traitement qui est le adapté à sa situation à soi. Merci pour votre intérêt en tout cas: Renaud PS : ici le tableau des ARV 2012, un beau travail de l'association NAM : http://www.seronet.info/article/tableau-des-arv-2012-45461
Portrait de lounaa

Renaud bonsoir, je vous remercie infiniment, je comprends bien entendu pour les grands principes, mais mon médecin na pas trop le temps de m'expliquer tout cela, il est sympa mais trop pris... Alors j'essaie d''apprendre cela par d'autres moyens. Entre toutes ces molécules et leur différence c'est un peu confus pour moi. Vos liens sont pour moi une mine d'info , j'ai de quoi m'instruire sur le sujet. Je note bien le lien aussi de l'association Nam. C'est aimable à vous de m'avoir répondue, je suis super contente. merci Renaud. Soledad.
Portrait de lounaa

Après visu des liens , cela je les connais depuis longtemps , c'est pas tout à fait ce que je chercher à part Nam qui détaille bien les médocs, et peut étre utile à certains , mais sa aussi je l'avais, puis j'ai vue que sur le site est parue ceux de 2012 . Pour le reste j'ai trouver sur actif santé quelques infos , et aussi un site médical qui traite justement des différences entre ces molécules , mais merci ...