"Le nouveau gouvernement ne comprend pas la logique de la réduction des risques"

Publié par Rédacteur-seronet le 05.10.2015
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Politiquepréventionréduction des risques

En moins d’une décennie, l’Ile Maurice a découvert et mis en pratique la réduction des risques liés au VIH. Grâce à des programmes de prévention spécifiques et à une collaboration entre société civile et pouvoirs publics, l’épidémie a été jugulée, notamment chez les consommateurs de drogues. Mais les freins légaux demeurent et le changement politique récent risque de remettre en cause les avancées obtenues. Alors que le défi du soin et de l’accès aux nouveaux traitements contre l’hépatite C émergent, Nathalie Rose, plaideuse pour Coalition PLUS décentralisée auprès de l’association mauricienne PILS, revient sur la situation contrastée de l’île.

Quelle est la situation des épidémies de VIH et d’hépatites virales à l’Ile Maurice, et notamment parmi les consommateurs de drogues ?

Nathalie Rose : Au début des années 2000, l’épidémie de VIH/sida était généralisée sur l’île. Quelques années plus tard, les usagers de drogues, notamment par injection, sont les plus touchés par le VIH. En 2005, 92 % des nouvelles contaminations au VIH à Maurice concernaient cette population. L’incidence était donc très forte. Il a fallu initier des actions de prévention et de réduction des risques liées à l’injection, comme des programmes d’échanges de seringues et des programmes de traitement de substitution de méthadone. Dix ans après, ce n’était plus que 31 % des nouvelles infections qui concernaient les usagers de drogues. Il y a eu un effet très positif de ces programmes de prévention.

Mais aujourd’hui se pose le problème des contaminations par l’hépatite C. Le taux de prévalence du VHC parmi les consommateurs de produits par injection est de 96 % ! C’est dramatique. Il n’y a pas de prise en charge médicale. On espère donc que cela sera pris en compte rapidement. Nous savons qu’il y a des discussions entre le laboratoire Gilead et les gouvernants, quant à un accès futur au sofosbuvir (Sovaldi), qui permettrait de guérir [en association avec d’autres médicaments anti-VHC, ndlr] un grand nombre de personnes de leur infection. C’est encore à un stade embryonnaire et il va falloir encore plaider auprès du ministère de la Santé et, surtout, faire entendre la voix de la société civile à la table des négociations. C’est un combat qui est à l’agenda des prochaines années.

L’épidémie est aujourd’hui concentrée au sein de populations clés, souvent stigmatisées. Quels problèmes ou discriminations rencontrent les groupes les plus exposés au VIH à Maurice ?

Il y des populations autres que les injecteurs de drogues qui sont vulnérables à l’épidémie, comme les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Mais aujourd’hui, en termes de discriminations, ce sont vraiment les premiers cités et les prostituées qui sont les plus menacés par les politiques en place. Une loi permet, en effet, de poursuivre toute personne détenant des préservatifs ou des seringues propres, qui peuvent être utilisés comme preuve contre elles pour les arrêter. Les homosexuels ne sont pas poursuivis en tant que tel, même s’il existe une loi prohibant la sodomie. Cette dernière est surtout utilisée durant des procédures de divorce entre hétérosexuels.

Il y a des freins légaux importants encore dans la réponse à l’épidémie. Le principe de la réduction des risques a été mis en place conjointement, à partir de 2006, par la société civile et les autorités sanitaires. Les associations de santé ont mis en place des programmes de récupération et d’échange de seringues usagées, et quasiment au même moment, le ministère de la Santé mettait sur pied le programme de substitution à la méthadone. Au départ, ces services fournis par les associations n’avaient pas de cadre légal, mais nous n’avons pas eu de souci. Et un an plus tard, le "HIV/Aids act", la loi structurant la réponse à l’épidémie à l’Ile Maurice a reconnu ces programmes de réduction des risques et a permis le soutien et l’élargissement de cette prévention par l’Etat. Cette législation avait autorisé que les personnes inscrites dans ses programmes ne puissent plus être arrêtées pour possession de matériel lié à de la consommation de drogues. Mais malheureusement, cette disposition rentrait en contradiction avec un texte plus ancien, interdisant la détention de matériel ou produits à fins de consommation. Cette loi est toujours applicable et nous avons eu des cas d’arrestation. Ce paradoxe a été présenté aux parlementaires mauriciens qui, eux, n’ont pas vu de contradiction entre ces deux textes. Enfin les travailleuses du sexe peuvent aussi être harcelées par la police, au moyen d’une loi interdisant le racolage auprès des clients. Légalement, ce sont toujours les prostituées qui portent l’ensemble de la responsabilité pénale.

L’arrivée d’une nouvelle majorité, en décembre 2014, à la tête de l’Ile Maurice a-t-elle changé la donne ?

Le nouveau gouvernement met fin à un règne de dix ans du précédent. Ce dernier avait lancé ce programme de réduction des risques. Cette volonté gouvernementale a été saluée comme courageuse, dans une région où aucun autre pays n’a mis en place de telles politiques de prévention. Malheureusement, l’arrivée d’une nouvelle majorité a remis en cause ces programmes. La nouvelle majorité ne semble pas comprendre la logique de réduction des risques. Le ministre de la Santé, fraîchement désigné, a organisé sa première conférence de presse sur le programme de méthadone, annonçant que son but était d’y mettre fin d’ici la fin du mandat ! Et à côté de cela, beaucoup de bâtons sont mis dans les roues des acteurs de la santé ou de la prévention. On observe aussi des pénuries de matériel de plus en plus fréquentes, alors que la demande des personnes pour des seringues ne cesse d’augmenter. Pire encore, nous avons appris fin juin par un courrier du ministère de la Santé que les associations devront dorénavant dévoiler l’identité et le nombre de seringues utilisés. Si cela n’est pas fait, cela sera perçu comme un "désintérêt pour la lutte contre le VIH" (sic !) et les autorités mettront fin aux subventions. Un chantage éhonté, qui choque beaucoup d’activistes, y compris le Fonds mondial. C’est d’autant plus grave que tous les acquis de la lutte contre l’épidémie pourraient être ainsi remis en question.

Propos recueillis par Mathieu Brancourt

Commentaires

Portrait de IMIM

me vient en tête.....

Comment sur cet ilot de l'Océan Indien peuvent entrer les drogues injectables ?????

Je savais que les toxicomanes locaux détournaient tt sortes de médicaments associés à de l'alccol, ce qui déshinnibe et fait prendre des risques Mais l'héroïne ????

Il ne peut y avoir que des complaisances pour qu'elle arrive sur l'ile !!!!

Elle ne possède qu'un seul aéroport

Les douaniers y sont obnibulés par la saisie de "contre façon" ou de machoires de requins !!!!!!!!

Les médocs aussi, c vrai T'as intérêt à avoir une ordo en bonne et due forme

Quant aux cotes,  elles pourraient être facilement surveillées

*** Un propos a été modéré ***

Qu'ils ouvrent les valises de ces gens "bien ss tt rapport", plutôt que de faire chier pour une contre façon de t-shirt à 5balles !!!!!!!!!!

De +, c'est un pays pauvre ou la corruption n'est pas en reste........

Quant aux seringues ainsi que la pub pour les préservtifs, il n'y a pas si lontemps que ça, en France,  c'était répréhensible.......