Le système de santé de plus en plus malade !

Publié par Sophie-seronet le 05.12.2019
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Droit et socialaccès aux soins

Ce constat, on le trouve dans la toute récente enquête menée par BVA pour France Assos Santé ; enquête dont les résultats ont été publiées le 17 novembre dans le Journal du dimanche. Cette enquête porte sur « les difficultés d’accès aux soins rencontrées par des millions de Français-es ». « Entre barrières économiques et inégalités territoriales de santé, cette enquête BVA confirme nos remontées de terrain : un système de santé à plusieurs vitesses et un accès aux soins de plus en plus dégradé », pointe France Assos Santé. Avec, à la clef, « des conséquences directes sur la santé des personnes concernées. En première ligne, les personnes en situation de handicap, précaires ou malades chroniques cumulent les difficultés ».

Les enseignements du sondage

Deux Français-es sur trois (63 %) ont déjà dû reporter ou renoncer à des soins, pour raisons financières ou faute de médecins disponibles. « C’est le premier enseignement de cette enquête : les difficultés d’accès aux soins touchent tous-tes les Français-es, quels que soient leur âge, leur situation économique ou leur lieu de vie », indique France Assos Santé. Ainsi, 49 % des répondants-es déclarent avoir dû renoncer ou reporter des soins en raison du manque de médecins disponibles, tandis que 45 % font part de difficultés financières (impossibilité d’avancer les frais ou restes à charges trop élevés). Des renoncements qui touchent en particulier les malades chroniques (67 %) et les personnes en situation de handicap (77 %).

Un impact potentiellement grave sur la santé et la qualité de vie des personnes. Ces renoncements aux soins ne sont évidemment pas sans conséquences, note France Assos Santé. Au-delà de l’impact sur la qualité de vie (angoisse et anxiété pour 43 % des répondants-es), ils entrainent une augmentation des symptômes dans un cas sur trois, et aboutissent une prise en charge urgente dans 12 % des cas (complications, hospitalisation).

Un report fréquent vers des services d’urgences déjà surchargés. Lors des 24 derniers mois, 17 % des Français-es déclarent avoir dû se rendre aux urgences faute de médecin disponible. Un taux qui grimpe à 24 % chez les malades chroniques, et à 31 % parmi les personnes en situation de handicap.

Des barrières financières de plus en plus marquées, qui entérine un système de santé à plusieurs vitesses. Cette enquête le montre : de plus en plus de Français-es n’ont tout simplement plus les moyens de se soigner correctement. En raison notamment de la désertification médicale, les dépassements d’honoraires qui devraient rester l’exception deviennent la règle : 67 % des Français-es y sont confrontés « au moins de temps en temps » (75 % en Île-de-France), et même « souvent » pour un-e Français-e sur trois. Un quart (24 %) des bénéficiaires de la CMU ou de l’ACS se sont vus refuser un rendez-vous en raison de leur statut, et 58 % des répondants-es considèrent que leur reste à charge a augmenté ces dernières années.

Des temps d’attente de plus en plus longs pour obtenir un RDV chez un spécialiste, même en cas d’apparition ou d’aggravation des symptômes. Ces délais d’obtention de rendez-vous dépassent les trois mois pour une part non négligeable des répondants. Dans 39 % des cas pour un rendez-vous en ophtalmo, dans 26 % des cas pour un rendez-vous en dermato, et pour 13 % des femmes nécessitant un rendez-vous en gynéco.

Les personnes en situation de handicap cumulent les difficultés. Cumulant difficultés de mobilité et précarité financière, les personnes en situation de handicap sont les grandes perdantes de l’accès aux soins : davantage de renoncement aux soins (77 %), davantage de conséquences sur leur santé (79 %), davantage de report vers les urgences (31 %). Juste derrière, les malades chroniques et personnes à faible revenus paient aussi les frais de ce système de santé à bout de souffle.

Dans son communiqué, France Assos Santé explique faire part « de ses plus vives inquiétudes quant à la dégradation rapide et continue de l’accès aux soins dans notre pays ». Elle appelle le gouvernement à « agir vite et à agir fort ». Il faut de toute urgence : prendre des mesures fermes pour encadrer ces dépassements d’honoraires généralisés ; développer l’offre de soins de proximité et de premier recours, en généralisant notamment les maisons médicales de garde ; mieux informer les citoyens-nes sur l’offre existante et sur leurs droits en tant qu’usagers-ères du système de santé ; réguler l’installation des médecins, afin de mieux répartir l’offre de soins sur le territoire.