Le "test and treat" victime de la crise ?

Publié par Renaud Persiaux le 26.03.2012
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SexualitéTasPAfraVIH 2012

L’ouverture de la 6ème Conférence francophone sur le VIH/sida a été l’occasion pour des acteurs reconnus de la lutte contre le sida de saluer l’incroyable avancée que représente la reconnaissance de l'effet préventif des traitements antirétroviraux (TasP). Et d’exprimer de vives inquiétudes quant à son utilisation à grande échelle (proposition de dépistage et proposition de traitement, ou "test and treat") du fait de décisions financières.

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Qui de mieux que le professeur Bernard Hirschel pour ouvrir la Conférence francophone sur le VIH de Genève ? Ouverture malicieuse mentionnant l'avis suisse sur l'absence de risque de transmission du VIH en cas de charge virale indétectable, dont il fut l'un des artisans il y a quatre ans, affirmant que "les personnes séropositives ne souffrant d'aucune autre MST et suivant un traitement antirétroviral efficace ne transmettent pas le VIH par voie sexuelle". Un "pavé dans la mare" qui "a ouvert une nouvelle ère dans la lutte contre le sida".


Michel Kazatchkine, l’ancien directeur du Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose, n’était pas le seul à recevoir des hommages nourris. Succession aussi d’hommages appuyés à Bernard Hirschel en tant qu’un des artisans, sans doute le plus connu, de l’avis suisse. Pour Michel Sidibé, directeur exécutif de l’ONUSIDA : "Le premier chantier, c’est la révolution de la prévention, et le traitement fait partie de l'arsenal préventif, ainsi que le dit Bernard Hirschel".

ne pas opposer intérêts individuel et collectif du TasP

A la tribune également, Sami Kanaan, un conseiller administratif de la ville de Genève qui rappelle que la contestation de l'avis suisse qui perdure, aujourd’hui encore, impacte la vie des personnes affectées.

"Grâce au TasP (Treatment as Prevention), la lutte contre le sida n'est plus un puits sans fond ! Si on met l'argent maintenant, c'est beaucoup en moins qu'on mettra plus tard ! Le traitement devient un bien public global à partir du moment où il devient un outil de prévention capable d'arrêter l'épidémie", a souligné Bruno Spire, président de AIDES. Un point où il rejoint l’économiste de la santé Jean Paul Moatti (Inserm), pour qui le TasP permet de faire de l’accès universel aux traitements.

Et le président de AIDES d’ajouter qu’il ne faut pas "opposer intérêt individuel et intérêt collectif du traitement comme prévention".

Pour le militant sénégalais Ibrahima Ba (Association des enseignants infectés ou affectés par le VIH/sida du Sénégal et représentant du réseau mondial des personnes vivant avec le VIH) : "Le traitement, c’est de la prévention, avec une très grande efficacité. Il faut fournir les traitements optimums et les meilleurs soins".

Retard dans la mise oeuvre

"Je vois encore des réticences à mettre en œuvre le TasP", a, cependant, déploré Michel Kazatchkine. Il craint que les décisions des pays donateurs concernant le Fonds mondial n’aient plus rien de rationnel.

Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel de médecine, elle aussi, a insisté sur l’importance de mettre en œuvre le test and treat. En rappelant certains retards qu’on a connus par le passé. "La prévention de la transmission de la mère à l’enfant a déjà 18 ans depuis le premier essai qui a montré, déjà à l’époque, qu’on pouvait réduire cette transmission de la mère à l’enfant de 76%. 18 ans plus tard, ces traitements sont accessibles dans moins de 30% des pays. C’est inadmissible. Il faut éviter que les chercheurs se démobilisent. Pourquoi continuer à développer des outils si personne n’y a accès ?"

Pour plus d’infos sur l’avis suisse publié il y a quatre ans et la "petit bombe" que cette annonce scientifique a constitué… se reporter à "Indétectable = intransmissible : l’avis suisse a quatre ans", article relatant comment ce qui a d’abord été perçu comme une simple déclaration polémique est désormais devenu une évidence scientifique.