L’épanouissement sexuel au féminin

Publié par Sophie-seronet le 05.05.2011
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La prise en compte de l’épanouissement sexuel est nécessaire aussi bien dans la prévention du VIH et des IST, afin de redorer l’image des outils de prévention, que dans la vie des personnes atteintes, au regard de l’impact délétère du VIH sur la sexualité. En ce qui concerne les femmes, il ne faut pas oublier les déterminants culturels qui, souvent encore, nous empêchent de nous laisser aller à nos désirs et à nos plaisirs…

Un peu d’histoire
Le droit au plaisir des femmes est un droit relativement récent apparu à la deuxième moitié du XXème siècle. Avant cela, on associait tout d’abord à l’orgasme une fonction utilitaire (on le croyait nécessaire à la reproduction). Puis, après une trêve libertine à la période révolutionnaire, la morale dite "victorienne" a pris les choses en main. A partir de là, l’ignorance des choses de la sexualité et l’idéal de chasteté et de virginité deviennent les valeurs dominantes.

Cette condamnation du plaisir au féminin a dès lors laissé des traces dans nos sociétés. Malgré les mouvements féministes qui ont revendiqué la liberté sexuelle des femmes, les relents de culpabilité sont tenaces : il reste difficile de se libérer des représentations archaïques de la sexualité féminine et du couple.
Le tiraillement des femmes est d’autant plus fort que la norme telle qu’elle s’affiche a basculé à l’extrême : en une des magazines, la femme aguiche, assume son côté sex et se vante de consommer du sexe, comme un homme. Reste à savoir si cela est la clé d’une sexualité épanouie…
 
L’épanouissement sexuel, c’est quoi au juste ?

Est-ce multiplier sans relâche expériences et partenaires ? Est-ce possible sans s’être affranchies de la pression moralisante qui pèse sur nos épaules ?
Quoiqu’il en soit, il s’agirait, selon Yvon Dallaire, sexologue réputée mais controversée, de répondre simultanément aux besoins de nos trois cerveaux (reptilien, émotif et supérieur - le néocortex-). Interviennent alors le plaisir physique, la partie la plus primitive, l’émotion et le sens que l’on va donner à l’acte. Quelques éléments de réponses certes, mais un manque à l’appel : l’estime de soi.

Une dimension importante : l'estime de soi

L’estime de soi, c’est-à-dire l’amour et le respect que l’on porte à sa propre personne, a une influence cruciale sur son épanouissement personnel et sexuel. Quand on ne s’aime pas, qu’on se sent complexée, trop grosse, trop maigre, trop bête, pas aimable, pas bandante, alors difficile d’accepter de se laisser aller, de se faire ou de se laisser faire du bien. Etre bien dans son corps et dans sa tête, accepter de s’ouvrir au plaisir, sans gêne ni culpabilité est une des clés de l’épanouissement personnel. Les causes qui peuvent être à l’origine d’une faible estime de soi sont multiples (abus dans l’enfance, carences affectives, traumatismes, maladies, etc.) et un travail psychologique peut être d’une grande aide.
 
L’impact du VIH
L’infection par le VIH a, très souvent, un rôle délétère dans ce rapport à soi et à l’autre. Les difficultés sexuelles sont alors plus fréquentes ou aggravées, plus encore, il semblerait, lorsque l’on est une femme. Le sentiment de ne plus être désirable, la peur de contaminer ou du rejet, la culpabilité, la dépression, les effets indésirables des traitements (diarrhées, fatigue, lipodystrophies,…) ou encore la difficulté d’accepter sa séropositivité sont parmi les effets du VIH à l’origine des troubles sexuels (perte de libido, pénétration douloureuse,…).
 
Quelles solutions ?
Quand on est séropositif, les problèmes liés à la sexualité ne sont souvent pas pris au sérieux par le corps médical. Les consultations de sexologie dans les services hospitaliers restent d’ailleurs rarissimes. Il est important, à AIDES, de soutenir les démarches visant à l’amélioration de la qualité de vie des personnes à travers la redécouverte du corps et de la sexualité. Cela peut conduire à des situations extraordinaire comme lors de ce week-end santé femmes mis en place par la délégation AIDES de l’Essonne (91) : deux jeunes femmes de 30 et 40 ans ont "retrouvé" leurs règles qui s’étaient interrompues à l’annonce de leur séropositivité, respectivement 7 et 12 ans plus tôt…

Sans doute faudrait-il également favoriser la réflexion autour des questions de genre pour que les femmes questionnent les facteurs culturels qui conditionnent leur rapport à la sexualité et, ainsi, trouver des réponses pour s’en affranchir si elles le souhaitent.
Mais il est important aussi de revoir l’approche de la prévention. On se souvient de l’engouement des militantes de AIDES à leur retour de Mexico, où se tenait la conférence internationale sur le sida en 2008. Elles y avaient découvert The Pleasure Project, une association anglaise oeuvrant pour la promotion du plaisir à moindre risque. A travers de courtes vidéos, le préservatif féminin y apparaissait comme un objet de plaisir, à l’instar d’un sex toy. Enfin une autre façon d’aborder la prévention ! Enfin, il était question de PLAISIR ! Pas trop tôt…