"Les drogues sont, bel et bien, présentes en prison"

Publié par jfl-seronet le 17.04.2013
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Interviewprisondrogues

Il y a quelques semaines, AIDES était auditionnée à la Direction générale de la Santé sur la prévention des risques (VIH, hépatites, IST…) en milieu carcéral. L’association qui intervient dans les prisons a présenté ses actions, fait part de ses constats et de ses revendications en matière de réduction des risques. Directeur des actions revendicatives et du développement à AIDES, Christian Andréo était au rendez-vous. Il revient pour Seronet sur cette audition Interview.

Les ministères de la Justice et des Affaires sociales et de la santé ont annoncé le 1er décembre 2012 la mise en place de deux groupes de travail interministériels : l'un sur les aménagements et suspensions de peine pour raison médicale, l'autre sur la prévention et la réduction des risques infectieux en milieu carcéral. En avril, un comité interministériel Santé-Justice traitera de ces sujets. Quelle part prend AIDES à ce travail ?

Christian Andréo : Nous participons d’une part via l’AFR (Association française de réduction des risques) et le TRT-5, collectif dont AIDES est membre ; d’autre part, en notre nom propre dans le cadre des auditions menées par les groupes de travail. Ce sont des sujets de plaidoyer sur lesquels nous sommes investis depuis de nombreuses années.

Parler de prévention en prison, c'est aussi poser la question, particulièrement taboue, de la consommation de drogues en détention. Que constate AIDES dans ses actions ?

CA : Le constat général est que les drogues sont, bel et bien, présentes en prison et que les consommateurs qui connaissent un épisode carcéral ne sont pas miraculeusement sevrés à l’entrée et continuent donc leurs pratiques à l’intérieur de la prison. Nos intervenants en milieu carcéral sont donc amenés régulièrement à donner des conseils de réduction des risques à des personnes détenues qui continuent leur consommation, leurs injections. Il faut noter que ces conseils se font souvent en lien avec les équipes médicales des unités de consultation et de soins ambulatoires (UCSA) ou le personnel pénitentiaire qui connait la situation et opte la plupart du temps pour une réponse pragmatique à des situations pour le moins complexes… Néanmoins, il faut sortir de ce système d’intervention qui n’est satisfaisant pour personne. Il faut bien se rendre compte que les conditions d’injection en milieu carcéral sont telles que nos intervenants sont, par exemple, amenés à conseiller à une personne injectrice de récupérer l’eau nécessaire à l’injection en démontant la chasse d’eau plutôt que de puiser directement dans les toilettes ! Voilà où nous en sommes avec le système actuel.

Lors des travaux préparatoires au comité interministériel santé justice d'avril, qu'a porté AIDES comme revendications et notamment sur les programmes d'échanges de seringues ?

CA : Bien entendu, notre intervention a porté sur la nécessité de mettre en place des programmes d’échange de seringues dans les établissements pénitentiaires, en veillant tout particulièrement à la concertation des différentes parties prenantes et à la spécificité de chaque projet. 1 établissement = 1 projet ! On ne peut pas être dans une approche uniformisée. Mais nous avons avant tout pris l’option de montrer la réalité de la situation. C’est ainsi que notre intervention s’est focalisée autour de la production de témoignages, qu’ils soient d’acteurs de AIDES ou de personnes en détention. Nous avons également montré les seringues bricolées à partir de stylos billes… Tout cela dans l’idée de pousser les administrations à regarder la réalité en face. S’en tenir à un registre revendicatif aurait été une erreur, de même que chercher à reproduire les données des études ou exemples étrangers, d’autres l’avaient fait avant nous.

La demande de mise en place de programmes d'échanges de seringues est ancienne et n'a jamais pu avancer jusqu'à présent. Quelles conditions semble-t-il nécessaire de réunir pour avancer ? Lors de l'audition, y a-t-il eu des signes encourageants concernant ce dispositif de prévention ?

CA : Jusqu’à présent, il était inenvisageable d’évoquer leur mise en place car officiellement : "Il n’y a pas de drogues en prison !" Bon, le fait que ces groupes de travail interministériels existent montre que le gouvernement a la volonté d’avancer sur ces questions. Le candidat Hollande s’était d’ailleurs engagé - dans une interview sur Seronet en avril 2012 - à avancer sur la question. En même temps, les promesses de campagnes… Cette fois, le processus semble être assez bien engagé. Nous avons senti que nos arguments ont eu un réel impact - cela nous a d’ailleurs été clairement signifié. Je retiendrais surtout cette prise de parole à la fin de notre intervention : "Quand on vous entend et que l’on se rend compte de ce qui se passe, on se dit qu’on ne peut pas continuer à ne rien faire".

Commentaires

Portrait de frederic16

J espere  que sa se fera intelligemment.Il y a d autre solution que de les mettres en prison.AMITIE

Portrait de Bruno des Baumettes

J'ai été détenu aux Baumettes à Marseille au « deuxième nord » - une aile réservée aux détenus isolés : les pointeurs, les violeurs, les détraqués et autres personnes mises dans cette aile parce qu'elles ne peuvent pas, pour des raisons de sécurité, voire de vie ou de mort, être mélangées avec les autres détenus de droit commun. C'est la première fois que je connaissais la détention aux Baumettes...

J'ai tenu un journal que j'ai mis en ligne : brunodesbaumettes.overblog.com , afin de témoigner de la vie d'un détenu. Ce journal n'est ni une 'confession', ni une 'mise en accusation', c'est seulement la transcription d'un quotidien, dans un quartier particulier d'une prison... particulière.

J'y aborde aussi la question de l'(homo)-sexualité en prison

Portrait de fioredelmiosegreto

Non sans blague, c'est vrai ? On dirait qu'ils ont découvert la roue ! Il circule de tout en prison, depuis longtemps, et tout le monde le sait. 

Portrait de lounaa

Ce qui est moins RISIBLE c'est la contamination ...