Les infos clefs des conférences sur le VIH et les IST

Publié par Rédacteur-seronet le 24.12.2014
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ThérapeutiquetivicayHPVusagers de drogues

Voici quelques nouvelles du front des conférences internationales sur le VIH et les IST en 2014.

VIH : le dolutégravir (Tivicay) réussit son entrée

Après un rappel des trois grandes études qui ont montré auparavant l’efficacité du dolutégravir chez les personnes naïves d’antirétroviraux (L’essai SPRING-2 qui a démontré la non-infériorité virologique du dolutégravir par rapport au raltégravir (Isentress) chez 820 personnes à 1 an puis à 2 ans ; l’essai SINGLE qui a démontré la supériorité virologique du dolutégravir +Kivexa par rapport à Atripla chez 833 personnes naïves et moins d’effets indésirables pour le dolutégravir, et l’essai FLAMINGO qui comparait dolutégavir et darunavir/r (800/100 mg une fois par jour) avec Truvada ou Kivexa chez 484 personnes naïves, où la supériorité virologique du dolutégravir a été démontrée à 12 mois), un essai avec des personnes prétraitées a été présenté. L’étude SAILING qui a inclus 720 personnes en échec de traitements antérieurs, n’ayant jamais pris d’anti-intégrase a montré une supériorité du dolutégravir sur le raltégravir (Isentress). Il y a eu 21 échecs dans le groupe prenant dolutégravir (360 personnes) et 43 dans le groupe prenant Isentress (360 personnes). Il n’y a pas eu d’émergence de résistance au dolutégravir, y compris en cas d’association à des antirétroviraux pour lesquels il existait déjà une résistance. Cependant, compte tenu du faible recul, tous ces résultats restent à confirmer dans la vraie vie, hors essai.

VIH : Tivicay fait le Viking

Un autre essai, VIKING-3, a testé le dolutégravir à double dose (50 mg deux fois par jour) chez 183 personnes dont le VIH était résistant au raltégravir (Isentress) et/ou à l'elvitégravir (Vitekta, Stribild). Les 183 participants à l'étude avaient en moyenne un taux de CD4 de 140 cellules/mm3 et avaient pris un traitement antirétroviral pendant une durée médiane de 13 ans. En plus d'avoir des mutations à un ou deux antiintégrase, la plupart des participants présentaient une résistance à au moins deux des nucléosides, à au moins deux anti-protéase et au moins un non nucléoside. A six mois, 126 participants à l'étude (69 % soit les deux tiers) avaient une charge virale inférieure à 50 copies/mL (soit indétectable). Côté tolérance, 6 personnes (3 %) ont présenté des événements indésirables ayant conduit à l'arrêt du traitement, et 31 (17 %) ont présenté des événements indésirables graves, mais sans nécessiter pour autant un arrêt de traitement. Aux Etats-Unis, le dolutégravir est autorisé à la dose de 50 mg une fois par jour pour les personnes naïfs de traitement antirétroviral ou naïves d’antiintégrase, mais est délivré à double dose (50 mg deux fois par jour) pour les personnes dont le VIH présente des mutations de résistance aux antiintégrase.

Melbourne 2014 : les effets de la crise

L’impact de la crise et plus largement des inégalités sur l’augmentation de l’incidence du VIH chez les consommateurs de drogues dans certains pays est édifiant. Une étude présentée à la conférence mondiale de Melbourne a montré que le ralentissement économique est associé à la recrudescence des infections au VIH parmi les personnes qui s’injectent des drogues en Grèce et en Roumanie. Une analyse de données concernant 30 pays d’Europe a été conduite sur la période 2003-2012 pour comprendre quels étaient les liens entre les facteurs structurels, économiques et l’incidence du VIH chez les personnes consommatrices de drogues. Dans les années précédant la crise financière qui a frappé l’Europe, les chiffres étaient stables voire avaient baissé. Ces dernières années (grosso modo à partir de 2010), il s’est produit une augmentation substantielle des nouvelles infections dans certaines zones européennes dont la Grèce. Restait à faire lien entre crise économique et augmentation du chiffre des infections. Ce sont des chercheurs de l’Université d’Athènes, dont Georgios Nikolopoulos, qui ont conduit ce travail. Les indicateurs économiques dont le PIB (produit intérieur brut), la politique gouvernementale, les choix budgétaires, la prestation des services, l’index GINI (un marqueur des inégalités économiques au sein de chaque pays), les taux de consommation de drogues injectables ont été passés au crible. Il semble que cela soit le résultat d’un double effet : d’une part les conséquences de la crise elle-même avec la détérioration des conditions sociales, de l’inégalité de revenus et d’autre part des choix gouvernementaux de ne plus financer des programmes de réduction des risques (programmes d’échanges de seringues, fermetures de structures d’accueil ou de soutien, etc.). Cet exemple montre bien la complexité de la réponse au VIH/sida tout comme la fragilité des avancées. Ce que l’on sait aujourd’hui de la Grèce, personne ne l’imaginait il y a encore quelques années. Les revendications de la Déclaration de Melbourne ont tout leur sens.

HPV et cancer anal

Le cancer anal est beaucoup plus fréquent chez les personnes vivant avec le VIH que dans la population générale. Même la mise sous antirétroviraux et l’obtention d’une charge virale indétectable ne protègent pas contre cette surexposition. La population la plus touchée est celle des homosexuels masculins séropositifs. Les signes potentiellement précurseurs du cancer se retrouvent chez 50 % des personnes dans ce cas. Des thérapies d’intervention sur ces lésions précurseures, lorsqu’elles sont détectées, sont souvent mises en œuvre, mais d’autres médecins font le choix d’attendre tout en surveillant l’évolution et de n’intervenir que sur les lésions les plus à risques d’évoluer en cancer. Car, on a pu remarquer que malgré les interventions médicales, la récurrence du virus HPV et de nouvelles lésions sont fréquentes.

L’étude, appelée SPANC, menée et présentée par Andrew Grulich visait à observer des groupes d’homosexuels de plus de 35 ans, séropositifs au VIH ou non, et de suivre ce qu’on appelle l’histoire naturelle des infections à papillomavirus (HPV) et leur évolution en différents types de lésions ou de cancer, pendant 3 ans. Les conclusions intermédiaires de cette étude montrent que la "clairance" c'est-à-dire la disparition "naturelle" des lésions était assez commune, quel que soit le statut sérologique au VIH. La présence d’un virus HPV 16 persistant (parmi la dizaine de types de HPV plus à même de provoquer des cancers, au sein de la centaine de types de HPV) était davantage associée avec une difficulté à se débarrasser des lésions de haut grade. L’identification du type de HPV pour mieux orienter la décision d’intervenir sur ces lésions ou de les laisser se résorber avec le temps, serait donc certainement un guide utile. D’autres études seront nécessaires pour préciser l’utilité de ce marqueur dans les choix médicaux.