Les sages en faveur de l’autotest du VIH

Publié par Nico-Seronet le 01.04.2013
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Mode de vieautotest VIH

Va-t-on vers une nouvelle étape de la banalisation du dépistage en France ? Depuis quelques mois, l’avenir d’une pratique alternative au dépistage classique : le développement de l’autotest du VIH, ou la possibilité de faire soi-même son test dans l’intimité est questionné. Un an plus tard, en mars 2013, en découvrant les avis du Conseil National du sida (CNS) et celui du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) en faveur du développement des autotests du VIH, le dépistage en France est en passe de vivre sa deuxième révolution après l’arrivée des tests rapides (TROD) réalisés dans les associations, comme AIDES. Ajoutons que la ministre de la santé a, depuis, donné son feu vert à la poursuite de la procédure d’évaluation de la mise à disposition de ces autotests. Cette innovation dans le dépistage du VIH pourrait avoir un effet important dans le changement de représentation que l’on a de la séropositivité au VIH dans la société française. Explications par Nicolas Charpentier.

Deux avis, deux fois oui

L’avis du Conseil national du sida (CNS) est sans appel et se prononce en faveur des autotests du VIH. Afin que les autotests répondent au mieux aux besoins de chacun, le CNS recommande leur vente libre en pharmacie, sur Internet et leur mise à disposition auprès des populations les plus exposées. Le CNS préconise de mettre en place des modes d’accompagnement à distance innovants (service/plate-forme téléphonique, permanence Internet…) afin d’accompagner les utilisateurs d’autotests dans la réalisation de leur test et propose de créer des espaces d’écoute et d’orientation en fonction des besoins de chacun et du résultat du test.

Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) reconnait, quant à lui, que "l’infection par le VIH et sa représentation individuelle et collective ont nettement évolué depuis dix ans, même si le handicap psychosocial et affectif ainsi que le risque de discrimination demeurent importants". Le CCNE admet, dès lors, que les autotests sanguins et salivaires pourraient combler "l’échec actuel" constaté du dépistage et répondre à une nécessité de santé publique. De plus, le CCNE reconnait le souhait de liberté et d’autonomie individuelle dans le domaine de la santé qui apparait dans la population. Il préconise néanmoins que des dispositions juridiques soient élaborées afin de garantir l’autonomie et la confidentialité des autotests donc de protéger les usagers.

Normaliser l’acte de dépistage, changer l’image des séropositifs

Ces avis recommandent une communication nationale faisant la promotion des autotests et du dépistage en général. Les deux avis insistent sur l’importance de développer de nouveaux modes de dépistage, qui complètent ceux existants, mais ne les remplacent pas. Selon le CNS, il faut s’adresser autant aux populations prioritaires (les hommes qui ont du sexe entre hommes, les migrants, les travailleurs du sexe, les consommateurs de drogues, etc.) qu’au grand public afin d’expliquer la nouvelle offre de dépistage, mais surtout ses enjeux, entendre ici la prévention combinée. Cette prévention intègre notamment (en plus du préservatif) une meilleure connaissance et utilisation du dépistage et des traitements du VIH en prévention.

Imaginons alors qu’une grande campagne nationale verra le jour en 2013 pour lutter contre la peur de la séropositivité et celle de se dépister. Postulons que cette campagne parlerait de la réalité de ce qu’est vivre séropositif en 2013, des possibilités de dépistage pour celles et ceux qui ignorent leur statut et de traitement pour celles et ceux qui apprennent leur séropositivité, des traitements qui peuvent permettre de ne plus transmettre le virus et de vivre une vie normale. Si les autotests étaient commercialisés en pharmacie, il faudra aussi qu’ils puissent être financés pour être distribués, par des associations, à des personnes plus vulnérables socialement. Sur l’ensemble de ces points : la balle est dans le camp de la Ministre.