Les structures de proximité en Afrique : résultats spectaculaires en termes de prise en charge et d’adhérence !

Publié par Rachel Constantin De Sousa le 01.05.2014
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Initiativestructure d eproxilitéaccompagnement communautaire

Ces initiatives, a priori simples, mais ô combien nécessaires et efficaces, méritent d’être saluées. Clinique de nuit pour les populations marginalisées, délivrance décentralisée de médicaments, clubs d’adhérence, ces structures offrent un accès plus facile, un parcours plus convivial, bref les résultats sont spectaculaires !

A Bamako, au Mali, une clinique nocturne de santé sexuelle

Initiative de l’organisation non gouvernementale Arcad-Sida (membre de Coalition PLUS), cette clinique s’adresse aux populations ostracisées, notamment aux lesbiennes, gays, bis et trans. Mal considérées, ces populations n’avaient pas de lieu pour l’expression des personnes ni de plateforme d’écoute ou de soutien. Arcad-Sida a mis en place cette stratégie innovante pour répondre aux besoins de ces minorités sexuelles. La Clinique des Halles de Bamako fonctionne donc tous les soirs de 16 heures à minuit. Elle a en 36 mois, réalisé 900 dépistages dont 141 se sont avérés positifs pour le VIH. Un des défis majeurs de cette structure est le maintien dans le soin des hommes séropositifs ayant des relations avec d’autres hommes (HSH).

A Kinshasa en République Démocratique du Congo, des postes de distribution décentralisés d’antirétroviraux (PODI)

Initiative de Médecins sans Frontières (MSF), ces postes sont des structures démédicalisées gérées par la communauté pour la communauté. La personne suivie, à condition d’avoir une charge virale stable depuis six mois, vient s’y approvisionner tous les trois mois. Elle bénéficie d’un encadrement médical, d’un accueil convivial, d’un service gratuit et rapide. Elle s’implique et se responsabilise dans la gestion de sa maladie, sans crainte de la stigmatisation. Résultat : forte rétention et peu de perdus de vue (90 % après un an, 85 % après deux ans). Les personnes à pathologie compliquée sont traitées par l’hôpital ; Elles sont ensuite référées aux centres de santé partenaires qui les traitent jusqu'à ce que leur charge virale soit stable. Ce sont ensuite les centres de santé qui les redirigent vers les postes de distribution communautaires (PODI). A ce jour, trois postes de distribution ont été créés, 2 479 personnes sont desservies en traitement dans ces structures, sur une cohorte de 6 206 personnes.

A Tete au Mozambique, des "groupes d’ARV communautaires"

Des groupes de six personnes se forment ; chaque mois, un nouveau responsable est chargé de collecter les antirétroviraux pour les cinq autres et passe, à cette occasion, une visite médicale. Cela permet d’avoir une personne différente dans chaque groupe qui consulte et dont la visite chez le médecin permet le ravitaillement des autres membres du groupe : un double intérêt. Cette méthode également initiée par Médecins sans Frontières (MSF) permet donc aux patients des zones reculées de ne se déplacer qu’une fois tous les 6 mois et d’assurer une délivrance des traitements optimale. A ce jour, 8 121 personnes sont suivies, taux de rétention de 88 % après 20 mois !

En Afrique du Sud, des clubs d’adhérence

Toujours à l’initiative de Médecins sans Frontières, des clubs d’adhérence ont été créés pour désengorger les structures médicales. Ils réunissent tous les deux mois une trentaine de personnes vivant avec le VIH qui s’y retrouvent pour échanger, s’approvisionner en antirétroviraux et faire les tests et examens de santé nécessaires. Les clubs sont nombreux à ce jour (plus de 200) et affichent des taux de rétention supérieurs à 90 % !

Toutes ces stratégies, même si encore parcellaires, ont changé la prise en charge du VIH en Afrique. Au-delà de l’accès aux soins facilité, elles rassurent, redonnent confiance et valorisent. Elles permettent de brasser des populations difficiles à atteindre et surtout d’établir un contact avec des minorités sexuelles bien souvent désocialisées. Car au-delà de la maladie elle-même, c’est bien souvent l’indifférence, la stigmatisation et la solitude qui tuent !

Compte rendu Sessions "Cascade de Soins" et "Homosexualité au sud". AFRAVIH – Montpellier, 28 avril 2014.