LGBTQI… phobies : noir, c’est noir !

Publié par jfl-seronet le 17.05.2019
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PolitiqueIbahblot 2019lgbti

Le 17 mai, se déroule l’Ibahblot 2019 (pour International day against homophobia, biphobia, lesbophobia ou transphobia). Une journée symbole, militante et émouvante, dont les chiffres reviennent inlassablement nous rappeler son importance. En effet, à cette occasion, organismes publics comme structures militantes publient leurs données relatives aux haines LGBTQI+phobes. Cette année, le bilan est particulièrement sévère. Une bonne raison de participer aux nombreuses manifestations qui se dérouleront un peu partout en France… et dans le monde d’ailleurs.

Record du nombre d'agressions physiques en 2018

C’est la référence militante incontestable. Chaque année, l’association SOS Homophobie publie son rapport. Les agressions physiques envers les personnes LGBTQI+ ont atteint un record en 2018, avec 231 faits d’agression physique signalés. « 2018 a été une année noire pour les personnes LGBT », écrivent Véronique Godet et Joël Deumier, coprésidents de SOS Homophobie, en préambule de leur rapport. Le précédent record d'agressions physiques - 188 cas - datait de l'année 2013, marquée par un pic des actes homophobes lié à l'adoption de la loi sur le mariage pour tous. Il s’agit d’un bond de 66 % des agressions physiques LGBTphobes par rapport à 2017. L’augmentation a été très sensible au dernier trimestre, avec un cas d'agression par jour en moyenne signalé à SOS Homophobie. Au total, en 2018, « SOS Homophobie a recueilli 1 905 témoignages d'actes LGBTphobes », en augmentation de 15 % par rapport à 2017 (1 650 témoignages), soit la troisième année de hausse consécutive, observe l'association. Les données qu’elle présente reposent sur sa ligne d'écoute, son chat ou son formulaire en ligne renseigné par les victimes. Les manifestations de rejet (62 %) et les insultes (51 %) sont les faits les plus fréquemment signalés par les victimes, devant les discriminations (38 %), le harcèlement (20 %), les menaces (17 %) et la diffamation (17 %).

Comme le détaille l’AFP, Les hommes, qui représentent 66 % des témoignages, sont « plus enclins à s'exprimer et à se tourner vers SOS Homophobie pour dénoncer ce qu'ils ont subi » tandis que les femmes (21 %) et les personnes trans (5 %) ont « tendance à s'autocensurer ou à se tourner vers d'autres associations », souligne le rapport. Néanmoins, l'association estime que la forte augmentation des signalements de violences contre les lesbiennes (+42 %) est davantage le résultat d'une « prise de parole » des victimes que d'une « augmentation de la lesbophobie ». « Les témoignages de lesbiennes s'inscrivent assurément dans une vague revendicative », dans la foulée des mouvements #MeToo et #Balancetonporc, se félicite l’association.

Autre élément : comme chaque année depuis 2010, Internet, à l'origine de 23 % des signalements en 2018, reste « le premier lieu d'expression des LGBTphobies », constate l'association. Les réseaux sociaux, Facebook et Twitter en tête, agissent comme « une caisse de résonance » de l'homophobie du quotidien, d'où surviennent plus d'un signalement sur deux (54 %), notamment dans les lieux publics (13 %), puis au travail (11 %), en famille (10 %), dans le voisinage (9 %), dans les commerces (6 %) et à l'école (5 %), observe SOS Homophobie.

Une année noire… très noire : une réponse politique insuffisante

L’année 2018 a été marquée par des très graves affaires, dont le meurtre en août de Vanesa Campos, une travailleuse du sexe trans tuée par balle dans le bois de Boulogne où elle exerçait. Son assassinat avait suscité une très vive émotion. Comme on a vu, de nombreuses agressions ont émaillé les derniers mois de 2018. À l'automne, plusieurs victimes avaient créé l'émoi en relayant sur les réseaux sociaux leurs visages tuméfiés… suite à des agressions physiques. « Des victimes se sentent de plus en plus à l'aise et légitimes pour prendre la parole dans le débat public », constate d’ailleurs Joël Deumier, cité par l’AFP. Le 21 octobre dernier, une foule de 3 000 personnes s'était rassemblée à Paris à l'appel de plusieurs associations après une série d'agressions homophobes dans la capitale. En réaction, la secrétaire d'État chargée de la lutte contre les discriminations et pour l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, avait présenté, fin novembre, un plan de lutte contre les violences LGBT. « Sur la dizaine de mesures annoncées, seules deux ont été mises en œuvre : une circulaire de la ministre de la Justice Nicole Belloubet adressée aux parquets et une campagne de sensibilisation à l'école lancée en janvier. Pour nous, c'est largement insuffisant », dénonce Joël Deumier. Il attend notamment un « premier bilan chiffré » du nombre de policiers, gendarmes, magistrats et professeurs formés aux violences LGBT. Sollicité par l'AFP sur ces points, le cabinet de Marlène Schiappa n'a pas donné suite. Pourtant, comme le rappelle Le Monde (14 mai) : « Voici des mois que les associations qui défendent les droits des personnes LGBT tirent le signal d’alarme sur une augmentation des agressions violentes ». D’ailleurs les chiffres officiels le confirment.

Les chiffres officiels de la Dilcrah

En 2018, 1 378 infractions à caractère homophobe – ce qui constitue une circonstance aggravante en droit pénal – ont été enregistrées par les services de police et de gendarmerie, contre 1 026 en 2017, soit une augmentation de 34,3 %, rappelle Le Monde. Pour près d’un tiers d’entre eux (30 %), il s’agit de violences physiques, y compris sexuelles.  « C’est le signe d’un double mouvement, estime Frédéric Potier, à la tête de la Dilcrah [Délégation Interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT, ndlr]. D’un côté, celui d’une capacité plus forte à déposer plainte, avec des victimes qui témoignent davantage, et sont mieux reçues dans les commissariats. De l’autre, malgré une société globalement plus tolérante, c’est l’expression d’une montée du rejet de l’autre, une tentation de repli assez nette qui s’inscrit dans un contexte plus large d’augmentation des violences identitaires, comme la hausse de l’antisémitisme », explique Le Monde.

Le 14 mai en amont de la Journée du 17 mai, la Dilcrah a publié le « bilan 2018 des crimes et délits anti-LGBT enregistrés par les forces de police et de gendarmerie. « En 2018, les forces de police et de gendarmerie ont recensé 1 378 victimes d’infractions à caractère homophobe ou transphobe contre 1 026 en 2018 (+34,3 %), constate l’institution. Ces chiffres témoignent de la persistance de l’homophobie et de la transphobie dans la société. Ils témoignent aussi de la plus grande propension des victimes à porter plainte. Cette hausse des actes LGBTphobes appelle à une vigilance accrue des pouvoirs publics et à une mobilisation plus forte de l’ensemble la société. D’ici l’été prochain, le Gouvernement présentera un nouveau plan national de lutte contre la haine et les discriminations anti-LGBT pour les années 2020-2022 », explique la Dilcrah. Et l’instance d’expliquer : « La délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (…) prépare actuellement le nouveau plan national de lutte contre la haine et les discriminations anti-LGBT en coopération avec l’ensemble des ministères et les associations mobilisées dans la lutte contre la haine anti-LGBT. Ce nouveau plan s’inscrit dans le prolongement du plan national 2017-2019, qui a acté l’élargissement des compétences de la Dilcrah et la mise à disposition d’une enveloppe dédiée de 1,5 million d’euros par an, dont 500 000 euros pour un appel à projets qui a permis de financer 292 projets gérés par les préfets et dédiés à la lutte contre la haine et les discriminations LGBTphobes en 2019 ».

L’Ifop a enquêté

Plus d'une personne sur cinq se définissant comme LGBT déclare avoir été victime d'une agression physique au cours de sa vie, selon une étude de l'Ifop. Au total, 22 % des personnes LGBT ont déjà fait l'objet d'une agression physique à caractère homophobe (gifles, coups, etc.), selon cette enquête réalisée par la fondation Jasmin Roy-Sophie Desmarais, en partenariat avec la Fondation Jean-Jaurès et la Dilcrah. C'est une « hausse significative » de cinq points, souligne l'Ifop, par rapport à sa dernière étude sur le sujet, publiée en juin 2018. Au cours des douze derniers mois, le nombre de victimes de violences physiques a doublé entre juin 2018 (3 %) et avril 2019 (7 %). Plus inquiétant : 60 % d'entre elles admettent avoir pensé à se suicider au cours de l'année écoulée. La tendance est en revanche stable concernent les injures (29 %, +1 point), les destructions de biens (21 %) ou encore les attouchements à caractère sexuel (22 %, -2 pts).

Au total, plus d'une personne LGBT sur deux (55 %, +2 pts) déclare avoir fait l'objet d'une agression homophobe, quelle qu'elle soit, au cours de sa vie. Dans la majorité des cas, l'agresseur est un homme (78 %), de moins de 30 ans (75 %), qui agit en présence d'un groupe (61 %), même si peu de victimes disent avoir été agressées par plusieurs personnes en même temps (21 %). Signaler les faits dans un commissariat (27 %), porter plainte officiellement (20 %) ou chercher de l'aide auprès d'une association LGBT (19 %) reste une attitude minoritaire chez les victimes, selon cette étude.

Cet « environnement homophobe » conduit de nombreuses personnes LGBT à adopter des « stratégies d'invisibilité », comme éviter de se tenir la main (62 %) ou de s'embrasser (63 %) en public, et des « stratégies d'évitement », comme ne pas se rendre dans certains quartiers (37 %) ou rentrer seul chez soi (33 %), observe l'Ifop.

L'étude a été réalisée par l'Ifop, avec un questionnaire en ligne du 12 mai au 24 avril 2019, auprès de 1 229 personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres, âgées de 18 ans et plus, résidant en France métropolitaine, avec un échantillon représentatif selon la méthode des quotas.