"Liberté, égalité, combativité !"

Publié par jfl-seronet le 01.12.2011
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politiqueaccès aux soins1er décembre
"Les Français, la lutte contre le sida et l’accès aux soins". C’est le titre et thème du sondage de l’Institut CSA réalisé pour AIDES et présenté en exclusivité par "France Inter" et "Libération" à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida. Une occasion pour AIDES de prendre le pouls des Français sur les enjeux de la lutte contre le VIH et de fixer ses priorités pour la prochaine présidence. Un sondage édifiant et surprenant que Seronet commente.
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Ce qu’il y a de bien avec les élections, c’est qu’elles permettent de dresser un bilan de l’action conduite, mais aussi de porter des revendications, de mettre en avant des priorités. 2012 ne dérogera à la règle. AIDES qui agit, au quotidien, dans un idéal de transformation sociale, sait, à l’instar d’autres mouvements, que les élections et plus particulièrement présidentielles, sont des occasions rares d’être un acteur majeur de cette transformation sociale. L’association qui travaille depuis des mois à sa plateforme pour la présidentielle 2012 et les législatives qui suivront a voulu savoir ce que les Français pensaient de la lutte contre le sida et des nouveaux enjeux, de l’accès aux soins (particulièrement malmené ces derniers mois) et des mesures prioritaires à adopter dans ces domaines. Le contexte est doublement particulier : c’est celui d’échéances électorales, mais aussi celui de la crise financière, des restrictions budgétaires et des avancées majeures scientifiques. D’un côté, on sait comment arrêter l’épidémie. De l’autre, la crise et des décisions politiques démagogiques pourraient faire échouer cette tentative… alors que toutes les conditions de réussite semblent réunies. D’un côté, on connaît l’outil pour éviter les contaminations en prisons, de l’autre les gouvernements successifs n’ont rien fait pour le mettre en place. D’un côté, la devise de la France prône l’égalité, de l’autre, l’égalité d’accès aux soins n’en finit pas d’être attaquée. Alors comment les Français réagissent-ils à ces paradoxes et aux solutions défendues par AIDES qui permettraient de changer la donne… de transformer la société ?  Premières réponses avec ce sondage de l’Institut CSA réalisé pour AIDES en partenariat avec "France Inter" et "Libération".

Le sida fait toujours peur
Le sondage de l’institut CSA/AIDES a cherché à savoir si les répondants craignaient d’être contaminés par le sida et s’ils avaient peur de fréquenter des personnes séropositives. Près d’un quart des personnes interrogées (24%) craignent d’être contaminées par le VIH, soit une minorité, mais que le CSA considère comme "non négligeable". Autrement dit, cela fait tout de même du monde. Cette crainte d’être infecté est très inégalement répartie dans la population, ce sont les classes d’âge les plus jeunes qui craignent le plus : 52% des 15-17 ans, 42% des 18-24 ans. Cette crainte décroit lorsqu’on avance en âge : 19% des 50-64 ans craignent d’être contaminés, 14% des personnes âgées de plus de 65 ans. Les résultats indiquent aussi que cette crainte est plus fréquente parmi les personnes appartenant aux catégories populaires (28%) que chez les personnes appartenant aux catégories les plus aisées (20%). Crainte plus forte également en Ile-de-France (30%) et dans le Sud-est (28%) que sur le reste du territoire (aux alentours de 20%). Cela semble logique : la crainte est ressentie plus fortement dans des régions où l’épidémie est forte. Qu’en est-il de la peur de fréquenter des séropositifs ? Près de neuf personnes interrogées sur dix (88%) déclarent ne pas avoir peur de fréquenter des personnes séropositives. C’est plutôt très rassurant. A contrario, 11% des personnes ont peur de fréquenter des séropositifs… c’est vraiment beaucoup. Sur ce dernier point, on ne note pas de grande différence entre les hommes (10%) et les femmes (12%), ni dans les âges, mais plus sur l’appartenance politique. Ainsi, ce sont chez les sympathisants d’extrême droite que la peur est la plus présente (16%) contre, par exemple, 5% chez les sympathisants d’Europe Ecologie Les Verts.

Accès aux soins : un attachement fort… de tous
Particulièrement malmenée ces derniers temps, l’égalité d’accès aux soins pour toutes les catégories de population bénéficie d’un attachement très fort. Cet attachement se manifeste de différentes façons. Le sondage a demandé si les gens étaient d’accord avec l’affirmation selon laquelle : "Assurer l’accès aux soins à toutes les catégories de population permet de limiter la diffusion des maladies infectieuses". 91% des personnes sont d’accord dont 64% tout à fait d’accord. Autre proposition : "Les personnes incarcérées doivent bénéficier des mêmes garanties d’accès aux soins que la reste de la population" : 86% des personnes interrogées sont d’accord dont 61% tout à fait d’accord. Autre sujet délicat : les étrangers vivant en France doivent-ils bénéficier des mêmes garanties d’accès aux soins que le reste de la population ? Les personnes interrogées répondent, là encore, majoritairement oui : 78% sont d’accord dont 54% tout à fait d’accord. Ces chiffres indiquent un très fort attachement à ce que l’égalité d’accès aux soins bénéficie à tous les habitants dont les personnes étrangères et celles qui sont détenues. Cet attachement se vérifie pleinement à propos des étrangers vivant en France et atteints du VIH menacés d’un renvoi dans leur pays d’origine. Près des trois quarts des personnes interrogées (73%) se déclarent, en effet, "plutôt opposé" (35%) voire "très opposé" (38%) à cette éventualité dans l’hypothèse où une personne n’y aurait pas accès aux traitements anti-VIH. Ce front du refus est majoritaire au sein de toutes les catégories de population, quel que soit l’âge des personnes interrogées, leur milieu social ou leur famille politique. Le CSA note qu’il est d’ailleurs "frappant de constater qu’une (courte) majorité de sympathisants du Front national (55%) partagent la position défendue par le reste de la population en faveur de cet acte pouvant s’apparenter à un secours humanitaire". C’est d’autant plus marquant que l’actuelle majorité a modifié le droit au séjour pour soins renforçant les risques de renvoi de personnes malades contre l’avis de tous (personnes concernées, chercheurs, médecins, militants, etc.) pour séduire l’électorat extrémiste de droite !

2012 : mission santé !
Dans un climat de crise, de décisions budgétaires de rigueur, l’égalité d’accès aux soins et la réduction des frais de santé pour les personnes en situation de grande précarité doivent-elles être des priorités du prochain président de la République ? Pas de suspens, c’est un oui massif aux deux. Les personnes interrogées assignent clairement comme priorité d’action au prochain chef de l’Etat l’égalité d’accès aux soins pour tous les habitants : 91% des personnes, dont 72% de "oui, tout à fait". 72% estiment que le prochain président devra mettre en œuvre des mesures permettant la réduction des frais de santé (une baisse du reste à charge pour faire simple) pour les personnes en situation de grande précarité.

Echange de seringues en prison : les Français disent oui
Alors là, pour une surprise… c’est une surprise ! Deux tiers des Français se déclarent favorables aux dispositifs d’échange de seringues en prison. C’est une surprise pour deux raisons. D’abord parce que la question de la consommation de drogue en prison est un sujet sensible et d’autre part parce que les résultats sont à front renversé avec ce que nous serinent depuis des années les autorités pénitentiaires et même de santé publique… y compris au niveau ministériel. Lorsqu’on explique qu’aujourd’hui en France des personnes détenues consomment des drogues, échangent entre elles des seringues usagées et s’exposent ainsi à un risque élevé d’être infectées par le VIH ou les hépatites virales alors qu’il existe un moyen d’éviter ces contaminations : la mise en place de programmes d’échanges de seringues, et bien une majorité comprend que cela vaut le coup d’essayer. Le sondage indique que deux tiers des personnes interrogées se déclarent favorables à la mise en place de dispositifs d’échange de seringues stériles dans les prisons françaises (31% sont très favorables et 35% plutôt favorables). Cette adhésion à une mesure pouvant heurter les convictions personnelles des personnes interrogées se vérifie au sein de la quasi-totalité des catégories de population interrogées. Seuls les jeunes de 15-17 ans et les sympathisants d’extrême droite sont très indécis : la moitié est pour, l’autre contre.

La fin de l’épidémie… une priorité de santé publique
55% des personnes interrogées estiment que : "Mettre fin à l’épidémie de sida" doit être une priorité de santé publique du prochain gouvernement et 32% sont plutôt d’accord. Autrement dit 87% des personnes (près de neuf Français sur dix) considèrent que le prochain gouvernement devra en faire une de ses priorités, c’est-à-dire : assurer à tous les malades un traitement. A cet effet, le projet de taxe sur les transactions financières (la fameuse taxe Robin des Bois) est considéré comme une source de financement utile pour éradiquer l’épidémie mondiale de VIH. C’est en tous cas la conviction partagée par plus de huit personnes interrogées sur dix (82%), ces derniers estiment que les fonds récoltés par cette taxe devraient être prioritairement consacrés à la lutte contre l’extrême pauvreté et les épidémies mondiales.

Vivement 2012
Elles ne sont pas si fréquentes les occasions de se réjouir des résultats d’un sondage ou d’une enquête sur le VIH. Les résultats du sondage CSA/AIDES sont rassurants quant à la solidarité, les valeurs d’entraide et de partage dont ils témoignent. Ils donnent aussi des indications claires sur les priorités qu’une majorité de Français fixe au prochain président de la République sur la lutte contre le VIH au niveau français et mondial. Ils surprennent enfin à bien des égards. Certains indiquent l’exact contraire de ce que défend l’actuelle majorité (les programmes d’échange de seringues par exemple) et d’autres battent en brèche les choix des décideurs d’aujourd’hui (accès à la santé des étrangers, attribution des recettes de la taxe sur les transactions financières…). Autant d’éléments qui vont faire parler, réagir, bouger, etc. Une amorce de transformation…

Sondage exclusif Institut CSA/AIDES réalisé par téléphone les 23 et 24 novembre 2011. Echantillon national représentatif de 1 053 personnes âgées de 15 ans et plus, constitué d’après la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage), après stratification par région et taille d’agglomération.

Tous les sondages publiés par le CSA sont disponibles sur leur site internet.