L’initiation d’un traitement de méthadone par les médecins généralistes s’avère efficace

Publié par jfl-seronet le 09.12.2014
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Produitsméthadoneétude ANRS Méthaville

Des médecins généralistes expérimentés et formés peuvent-ils prescrire un traitement de substitution aux opiacés par la méthadone, et cela de façon efficace ? C’est ce qu’a cherché à savoir l’étude ANRS Méthaville. Les résultats de cette étude publiés dans la revue "Plos One" mettent en évidence que cette prescription par des médecins de ville est "possible" et à "efficacité comparable (au traitement) initié au sein de centres spécialisés". Ces travaux montrent qu’une évolution du système de prise en charge des usagers de drogue par voie intraveineuse est envisageable, explique un communiqué de presse (14 novembre) de l’ANRS (Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales).

L’étude ANRS Méthaville, conduite par Patrizia Carrieri (INSERM) et le docteur Alain Morel (Association Oppelia, France), s’est déroulée entre 2009 et 2012. Au total, 221 personnes dépendantes aux opioïdes/opiacés souhaitant entrer dans un programme de méthadone ont été réparties, au hasard, en deux groupes : 155 ont démarré leur traitement par méthadone chez un médecin généraliste en ville et 66 l’ont initié au sein d’un centre spécialisé. Les médecins généralistes participant à cette étude avaient déjà une expérience en matière de prise en charge de la dépendance aux opioïdes/opiacés et/ou avaient suivi une formation en addictologie. Ils avaient également été formés pour la prescription de méthadone et étaient en contact avec le centre spécialisé participant à l’étude le plus proche. Pendant la phase d’initiation (environ 2 semaines), chaque personne devait venir prendre sa dose quotidienne de méthadone à la pharmacie de ville (en contact avec le médecin généraliste) ou du centre spécialisé, selon les cas, afin de surveiller la dose prise. Cette phase d’initiation est délicate et importante pour la personne car c’est durant cette période que le dosage optimum est déterminé : ni surdosage ni manque ne doit être constaté.

L’étude ANRS Méthaville montre une "non-infériorité" de l’initiation du traitement à la méthadone par les médecins de ville par rapport à une initiation en centres spécialisés. Autrement dit, il n’y a pas de grande différence entre les deux approches. Un an après le démarrage du traitement, la proportion de personnes abstinentes aux opioïdes est similaire dans les deux groupes. L’engagement dans le traitement, c’est-à-dire l’initiation du traitement à la méthadone et la poursuite du programme jusqu’à stabilisation du dosage, est de 65 % dans les centres spécialisés contre 94 % chez les médecins généralistes. Aucun surdosage n’a été constaté durant la phase d’initiation. La satisfaction exprimée sur les explications prodiguées par le médecin est plus importante pour les personnes ayant consulté un médecin généraliste. Le fait de rester dans le traitement et l’abstinence durant le suivi sont, quant à eux, similaires dans les deux bras.

Pourquoi cette étude a-t-elle été faite ?

Les personnes consommatrices de drogue constituent la population la plus exposée aux risques d’infection par les hépatites virales et, dans une moindre mesure aujourd’hui, par le VIH du fait des pratiques à risques telles que l’injection de substances par voie intraveineuse, explique l’ANRS. L’utilisation de seringues stériles et à usage unique ainsi que les traitements de substitution aux opiacés permettent de prévenir l’acquisition de ces infections. Actuellement en France, la buprénorphine (Subutex) et la méthadone sont les deux traitements de substitution proposés. Si le traitement par buprénorphine peut être démarré par les médecins généralistes, ce n’est pas le cas pour le traitement par méthadone, ce qui limite l’accès à ce traitement pourtant très efficace. En effet, le cadre légal en France impose que l’initiation d’un tel traitement se fasse au sein de centres spécialisés, la prise en charge par les médecins généralistes pouvant se faire une fois le dosage de méthadone stabilisé ; d’où cette expérimentation avec des généralistes comme primo-prescripteurs.

En démontrant que la primo-prescription de la méthadone est réalisable par les médecins généralistes et aussi efficace qu’en centres spécialisés, les chercheurs montrent qu’il est possible de faire évoluer le système de prise en charge des usagers de drogue par voie intraveineuse. Néanmoins, comme le rappelle Patrizia Carrieri (INSERM), principale chercheure du projet : "La bonne réalisation de cette démarche est conditionnée par le volontariat des médecins généralistes, à leur formation et surtout doit être fondée sur leur collaboration avec un centre spécialisé et le pharmacien de référence. C’est un processus qui doit être encadré et qui nécessite une coopération de tous les acteurs de santé impliqués".

Commentaires

Portrait de frabro

Cet essai précise que les généralistes prescripteurs ont été préalablement formés à l'addictologie et que le liens avec le cSAPA est indispensable.

De là à généraliser et à ce que n'importe quel généraliste en ville puisse precrire comme le suggère le titre de l'article  il y a de la marge !

Je n'aime pas non plus le raccourci saisissant qui prétend que la methadone est la bonne solution pour arreter l'injection...N'importe quel intervenant en toxicomanie sait que la dépendance au geste d'injection est souvent plus forte que la dépendance au produit lui-même. Hors, le détournement des produits de substitution pour l'injection est très fréquent, surtout pour la buprénorphine mais parfois ausis pour la méthadone.

Enfin, si la substitution par les généraliste rendrait plus large et plus facile l'accès au traitement, il manquerait à la prise en charge globale des patients tout le volet psycho-social offert par les CSAPA. réduire la rise en charge au seul volet médical est un leurre...

Cette étude est "simpliste", tant dans sa conception que dans l'analyse qui en est faite. Dommage, le sujet mérite mieux que ces approximations.