Littératie en santé : peut mieux faire !

Publié par jfl-seronet le 06.08.2023
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Une personne sur dix éprouve des difficultés de compréhension de l'information médicale. Ce constat est celui d’une étude de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) qui a cherché à savoir quel était le niveau de « littératie en santé » des Français-es.

Littératie en santé

Ce concept de santé publique représente l’ensemble des compétences et des connaissances permettant à une personne d’accéder aux informations nécessaires à sa santé, de les comprendre, de les évaluer et de les utiliser. Dans un numéro spécial de La santé en action (n°440, juin 2017), le chercheur Stephan Van den Broucke expliquait : « La littératie en santé est reconnue être un élément déterminant de la santé publique. On entend par ce terme la motivation et les compétences des individus à accéder, comprendre, évaluer et utiliser l'information en vue de prendre des décisions concernant leur santé ». L’auteur expliquait alors que le « niveau de littératie en santé est préoccupant, notamment en Europe et y compris en France ». Il soulignait qu’améliorer le niveau de littératie était un « enjeu majeur de santé publique pour que la population soit en capacité de prendre en charge au mieux sa santé ». Il proposait d’ailleurs de mettre en œuvre des actions pour renverser cette situation comme le fait de « décrypter les mécanismes qui ne permettent pas d'accéder à un niveau de littératie suffisant », de « prendre en compte cette préoccupation dans les politiques publiques », de « veiller à créer des environnements qui incluent les faibles niveaux de littératie en santé » et « assurer une meilleure communication sur la santé ».

Données

Pour la première fois, une mesure de la littératie en santé a été introduite en France métropolitaine et dans les départements et régions d’outre-mer (DROM) dans l’Enquête santé européenne (EHIS, 2019), explique la Drees. Des outils de mesure de littératie en santé ont été développés depuis une dizaine d’années. Dans le cadre de l’enquête EHIS 2019, l’utilisation partielle d’un questionnaire international, le Health Literacy Questionnaire (HLQ), a permis de construire un score variant de 1 (très grandes difficultés dans la compréhension des informations en santé) à 5 (absence de difficultés).

Résultats

En France métropolitaine, environ 11 % des personnes ont des difficultés en littératie en santé, c’est-à-dire un score inférieur à 3,5, indique la Drees. Cette proportion est plus importante dans les départements et régions d’outre-mer (DROM) avec des pourcentages qui varient entre 17,9 % en Guadeloupe et 59,6 % à Mayotte en redressant la structure d’âge de ces départements en moyenne plus jeunes pour qu’ils soient comparables à la France métropolitaine.

Ce sont les personnes les plus âgées qui éprouvent le plus de difficultés pour comprendre les informations nécessaires à leur santé avec un seuil observé à partir de 75 ans en France métropolitaine comme dans chacun des DROM. Néanmoins, dans trois DROM (La Réunion, la Guadeloupe et Mayotte), la proportion de personnes ayant des difficultés augmente significativement pour les adultes dès l’âge de 65 ans. Par ailleurs, être sans diplôme ou avec un niveau d’études inférieur au baccalauréat, être immigré-e, ne pas parler français à la maison, vivre dans un ménage complexe et déclarer un soutien social faible sont liés à un risque plus élevé d’avoir des difficultés en littératie en santé.

Difficultés en littératie et état de santé

Il est fort, explique la Drees. Environ un tiers des personnes déclarant un état de santé mauvais ou très mauvais ont des difficultés en littératie en santé, soit trois fois plus que pour l’ensemble de la population. En comparaison des personnes déclarant un très bon état de santé, il y a onze fois plus de personnes avec des difficultés en littératie en santé parmi celles déclarant un très mauvais état de santé en France métropolitaine, treize fois plus en Guadeloupe, neuf fois plus à La Réunion, près de six fois plus en Martinique et un peu plus de quatre fois plus en Guyane. À Mayotte, le ratio est légèrement supérieur à deux, mais la proportion de personnes avec des difficultés en littératie en santé est déjà de 42 % parmi les personnes déclarant un très bon état de santé et atteint la majorité des personnes déclarant un état de santé général mauvais ou très mauvais. Par ailleurs, il existe également une association significative entre le niveau de littératie en santé et le fait de déclarer une maladie chronique ou des restrictions d’activité sévères.

Au vu des résultats, la littératie en santé ressort comme l’une des dimensions essentielles à prendre en compte pour lutter contre les inégalités sociales de santé en France.

Références : Sylvie Rey (Drees), Aude Leduc (Drees, Insee), Xavier Debussche (Inserm), Laurent Rigal (Inserm, Paris-Saclay), Virginie Ringa (Inserm), en collaboration avec Vianney Costemalle (Drees).