Loi handicap : l’accessibilité encore renvoyée à demain

Publié par jfl-seronet le 15.02.2015
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Un anniversaire, dix bougies et deux visions. Le bilan de la loi sur le handicap qui a 10 ans n’est pas le même… qu’on se place du côté des associations ou du côté du gouvernement.

Ainsi, dix ans après la loi sur le handicap, quelque 200 personnes, dont de nombreuses personnes handicapées, ont protesté aujourd'hui devant l'Assemblée nationale contre les nouveaux délais et l'allègement des normes d’accessibilité décidées par le gouvernement. D’autres manifestations avaient d’ailleurs lieu en parallèle dans une trentaine de villes de province. "Accéder, c'est exister", "Liberté, égalité, accessibilité" : les slogans ornaient ballons et pancartes des membres d'une quarantaine d'associations réunies au sein du "Collectif pour une France accessible" et rassemblés sur la place Edouard-Herriot (juste à côté de l’Assemblée nationale) comme l’a indiqué l’AFP. Pour rappel, la loi de 2005, prévoyait une échéance de 10 ans pour réaliser les aménagements nécessaires pour permettre une accessibilité réelle des lieux publics, commerces, restaurants et moyens de transport… On en est loin… et pas prêt d’y arriver puisque le gouvernement a rédigé une ordonnance (pas encore ratifiée) qui va accorder de nouveaux délais : 3, 6 et même 9 ans de plus selon les lieux. Cette ordonnance est très contestée par les associations.

Du côté du gouvernement, Marisol Touraine a joué le difficile équilibre entre ne pas faire croire qu’on renonce, mais juste qu’on s’adapte. Cela donne la formule : "Il n'y a pas de recul, il y a simplement la volonté d'être pragmatique", un message difficile à faire passer, a fortiori le jour du 10e anniversaire de cette loi du 11 février 2005. Pragmatisme donc du gouvernement d'accorder ces délais supplémentaires. "La réalité est que la loi de 2005 est une grande loi qui n'a pas bénéficié des moyens nécessaires", a ajouté Marisol Touraine lors d'une visite à la maternité de l'Institut mutualiste Montsouris de Paris, qui a ouvert en 2006 des consultations dédiées aux femmes en situation de handicap. "Lorsque nous sommes arrivés aux responsabilités en 2012, nous avons dit qu'il ne serait pas possible de faire en deux ans et demi ce qui n'avait pas été fait préalablement", a-t-elle rappelé. Sans doute. Reste que le problème, c’est que l’actuel gouvernement ne donne aucune information sur les moyens financiers qui permettraient de rattraper ce retard. Faute de moyens, on risque fort dans 3, 6 ou 9 ans de faire le même bilan. Le ministère des Affaires sociales a publié un rapport et un communiqué de presse où il explique les avancées de ces dix dernières années. Une façon de montrer qu’il y a tout de même des petites choses à sauver du bilan de la décennie écoulée.