L’Onusida craint des ruptures d'ARV

Publié par Sophie-seronet le 04.07.2020
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Thérapeutiquerupture ARV

Une étude de l’Onusida montre que l’impact de la Covid-19 sur « la production et la logistique » des médicaments pourrait avoir des conséquences considérables sur l’approvisionnement en traitements anti-VIH dans le monde entier. Des mesures peuvent néanmoins être prises dès à présent pour en limiter les effets, indique l’agence onusienne, qui fait des propositions.

Une nouvelle analyse (rendue publique le 22 juin, met en lumière les répercussions potentielles de la pandémie de Covid-19 sur l’approvisionnement en antirétroviraux génériques utilisés pour soigner le VIH dans les pays à revenu faible et intermédiaire du monde entier. « Cette étude révèle que les mesures de confinement et les fermetures de frontières imposées pour enrayer la Covid-19 affectent aussi bien la production que la distribution de médicaments, ce qui pourrait augmenter leur coût et poser des problèmes d’approvisionnement, voire provoquer des ruptures de stock dans les deux prochains mois », diagnostique l’agence. « Il est indispensable que les gouvernements élaborent sans attendre des stratégies pour pallier l’éventualité et les répercussions liées à une augmentation des prix et à une disponibilité limitée des antirétroviraux », a indiqué, dans un communiqué, Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’Onusida. « J’appelle les gouvernements et les acheteurs de médicaments utilisés dans le traitement du VIH à agir sans attendre afin de garantir que les personnes suivant une thérapie puissent la poursuivre. Cela permettra de sauver des vies et d’empêcher les nouvelles infections au VIH », a-t-elle indiqué. En juin 2019, on recensait 24,5 millions de personnes suivant une thérapie antirétrovirale. « Une interruption de leur traitement mettrait en danger des millions de personnes, aussi bien elles-mêmes que des tiers à cause de l’augmentation du risque de transmission du VIH. Une simulation récente portant uniquement sur l’Afrique subsaharienne est arrivée à la conclusion qu’une interruption de six mois de la thérapie antirétrovirale pourrait se traduire par 500 000 décès supplémentaires liés au sida », explique l’Onusida.

Qu’est-ce qui affecte la production d’antirétroviraux ? Pour l’Onusida, il y a d’une part « le ralentissement considérable du transport aérien et maritime » qui freine la distribution de matières premières et d’autres produits, comme les matériaux d’emballage, dont les entreprises pharmaceutiques ont besoin pour fabriquer les médicaments. Un autre facteur joue : « l’éloignement physique et le confinement », qui  restreignent également la disponibilité des ressources humaines sur les sites de production. « La pénurie combinée de matières premières et de personnel pourrait provoquer des problèmes d’approvisionnement et une pression sur les prix dans les mois à venir », s’inquiète l’agence. « Une telle situation toucherait en particulier certains régimes de traitement de première instance et ceux pour les enfants ».

De plus, un « concours de circonstances » aggrave la pression sur les coûts généraux des antirétroviraux finaux. « L’augmentation des frais généraux et de transport, la nécessité de trouver de nouvelles sources d’approvisionnement pour les matières premières essentielles et les substances pharmaceutiques actives, ainsi que les fluctuations monétaires engendrées par le choc économique attendu se combinent pour tirer vers le haut le prix de certains traitements antirétroviraux », note l’Onusida. On estime qu’une augmentation de 10 à 25 % de ces éléments pourrait alourdir de 100 à 225 millions de dollars la facture annuelle des antirétroviraux en provenance d’Inde. « Lorsque l’on pense qu’en 2018 le déficit du financement de la lutte contre le VIH dépassait les 7 milliards de dollars, le monde ne peut pas se permettre qu’une charge supplémentaire s’abatte sur les investissements de la riposte au sida », explique l’agence onusienne.

Dans son communiqué, l’agence indique, qu’elle et ses partenaires, travaillent à limiter cet impact. « Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (Fonds mondial) fournit un financement immédiat pouvant atteindre un milliard de dollars afin d’aider les pays à lutter contre la Covid-19 (…) Le Plan d’urgence du président des États-Unis pour la lutte contre le sida (Pepfar, ndlr) encourage la continuité des soins contre le VIH, la mise en place de nouvelles stratégies comme la télémédecine (…) De son côté, l’Organisation mondiale de la Santé compile, échange et analyse les informations sur les services de lutte contre le VIH touchés », rappelle l’Onusida. Par ailleurs, l’OMS coopère aussi avec les fabricants d’antirétroviraux pour ce qui est de l’approvisionnement d’urgence et avec les pays pour les inviter à choisir d’autres produits disponibles de qualité équivalente et à envisager des mesures possibles de limitation de l’impact. L’Onusida rappelle qu’elle coordonne les « efforts pour surmonter les difficultés de gestion de l’approvisionnement en thérapie antirétrovirale provoquées par la riposte à la Covid-19 ».

Le rapport que l’agence vient de publier, fournit « aux gouvernements et aux fournisseurs une liste de recommandations concernant une action coordonnée afin de résoudre ces problèmes et de minimiser leur impact sur les chaînes d’approvisionnement et les prix ». « Une gestion efficace des stocks actuels et futurs d’antirétroviraux permettrait en effet d’assurer l’approvisionnement de toute personne nécessitant un traitement », indique-t-elle. L’analyse de l’Onusida s’appuie sur des informations recueillies auprès des huit fabricants d’antirétroviraux génériques en Inde qui représentent à eux seuls plus de 80 % de la production mondiale d’antirétroviraux. L’étude onusienne a également pris en compte les services gouvernementaux dans sept autres pays producteurs d’antirétroviraux, qui assurent la majorité de la production nationale d’antirétroviraux génériques dans les pays à revenu faible et intermédiaire.