L'Ukraine a besoin d'ARV

Publié par Rédacteur-seronet le 23.03.2022
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L’invasion de l’Ukraine par la Russie, il y a plus d'un mois, a dramatiquement bouleversé tous les champs de la vie du pays. Que se passe-t-il dans le domaine de la lutte contre le VIH/sida, pour les personnes comme pour les militants-es ? En contact resserré avec l’association ukrainienne 100% Life, Stéphan Vernhes, coordinateur de la Plateforme Europe de Coalition PLUS, fait le point sur la situation, les besoins prioritaires et explique comment aider la lutte contre le sida en Ukraine, victime d’une guerre d’invasion.

Quelle est la situation actuelle de la lutte contre le VIH en Ukraine ?

Stéphan Vernhes : La situation évolue vite et les vérités du jour ne sont pas celles du lendemain. Les associations locales comme 100% Life ou Alliance Global (association LGBTQI+) ont très vite appelé à l’aide et ont été soutenues internationalement. Il faut savoir qu’en Ukraine les associations peuvent délivrer des antirétroviraux aux personnes vivant avec le VIH. Il y a donc un véritable enjeu à ce qu’elles puissent continuer à soutenir les  populations. Les ARV les plus courants dans le pays sont assez anciens. Il y a donc actuellement un enjeu à produire ces ARV et à les acheminer en Ukraine.

Quelle était la situation VIH avant la guerre déclenchée par la Russie ?

L’Ukraine compte 280 000 personnes vivant avec le VIH, soit deux fois plus que la France. Pour la zone d’Europe continentale, 75 % des découvertes de séropositivité au VIH sont constatées en Ukraine et en Russie. Il y a un véritable enjeu autour de l’accompagnement des personnes vivant avec le VIH. Plus largement, des soutiens s’organisent pour fournir des espaces sûrs aux personnes LGBTQI+ et aux familles qui fuient la guerre. Prioritairement, il faut reloger les personnes LGBTQI+ dans des endroits sécurisés et leur offrir soutien et suivi psychologiques.

Quelles sont les initiatives mises en place dans le cadre de la plateforme Europe ?

La plateforme Europe (PFE) s’est très rapidement mobilisée par un soutien ciblé de manière prioritaire à notre partenaire 100% Life. Dès le début du conflit, nous avons été en contacts quotidiens avec notre collègue Oleksii pour répondre du mieux possible à leurs problématiques. Nous travaillons aux solutions pour permettre l'envoi d'antirétroviraux. La plateforme Europe s’est aussi organisée pour que chacun de ses membres favorise l’accueil et l’accompagnement vers l’accès aux soins et aux droits des réfugiés-es. Enfin, la PFE participe, via l’association Aras, à une coordination en Roumanie pour faciliter la prise en charge des personnes réfugiées. Par ailleurs, nous sommes en contact avec nos partenaires européens, European Aids Treatment Group (EATG), Civil Society Forum pour coordonner le soutien des associations communautaires locales.

Qu’avez-vous identifié comme urgences ?

La priorité est d’envoyer des ARV en Ukraine pour les personnes restées au pays qui ont besoin d’un traitement anti-VIH. Le risque est celui de ruptures parce que les anciennes molécules ne sont plus produites en masse. Un autre enjeux concerne les traitements de substitution aux opiacés pour les personnes consommatrices de drogues. En France et dans beaucoup de pays européens, les premières personnes réfugiées sont arrivées. Nous constatons qu’elles arrivent sans leur traitement VIH et qu'il faut vite leur en procurer pour ne pas risquer de créer de résistances aux ARV. Les personnes réfugiées ne parlent pas forcément français, ni même anglais, la barrière de la langue est un vrai challenge pour permettre un accompagnement optimal. Enfin, le VIH est vécu de façon cachée, certaines personnes ne souhaitent pas ou ne pouvent pas en parler aux personnes qui les accueillent.

Comment aider l'Ukraine dans la lutte contre le sida depuis la France ?

Nous savons par nos collègues que la population ukrainienne est extrêmement sensible au soutien international. Récemment, les utilisateurs des applications de rencontres gays ont pu envoyer des messages aux hommes ayant des relations avec des hommes restés dans le pays et ce soutien-là est essentiel. Coalition PLUS a fait un appel aux dons ayant permis d’ores et déjà de reverser 20 000 euros à 100% Life, et 5 000 euros à Alliance Global. Cet appel à don est toujours d'actualité.

Commentaires

Portrait de cemekepirketou

Salut,

Si j'ai bien compris, il n'est pas possible de donner des ARV pour les expédier ?

Portrait de Sophie-seronet

Bonjour,

Le service Europe de AIDES est en train d'évaluer les besoins en ARV en Ukraine. Avant de mettre en place une action de logistique, il faut identifier les ARV et les quantités éventuellement nécessaires.

Bonne journée. Sophie