L’urgence de la tuberculose et du financement contre les pandémies mondiales

Publié par Mathieu Brancourt le 24.03.2016
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Mondetuberculose

A l’occasion du 24 mars, journée mondiale de lutte contre la tuberculose, plusieurs associations de lutte contre le VIH, d’accès à la santé et de défense des droits humains ont voulu évoquer l’urgence de la situation mondiale et rappeler à la France ses engagements.

"En 2014, 9,6 millions de personnes ont contracté la tuberculose, et 1,5 million de malades en sont décédés. Les personnes vivant avec le VIH sont particulièrement exposées à la tuberculose, la plus fréquente des maladies opportunistes liées au stade sida et la première cause de mortalité chez les personnes séropositives", rappelle, sans détour, Coalition Plus, collectif d’associations de lutte contre le sida, dont AIDES. La journée mondiale contre la tuberculose a donc été l’occasion d’évoquer le lourd tribut payé dans le monde à cause de cette maladie très liée à l’épidémie du VIH. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que 1,2 million de personnes vivant avec le VIH ont contracté la tuberculose en 2014, 74 % d'entre elles vivant en Afrique, rapporte un communiqué de plusieurs organisations non gouvernementales (Action santé mondiale, Act Up-Paris, Les amis du fonds mondial Europe, One France, Oxfam France, Sidaction, Solthis et Solidarité sida).

Trois morts chaque minute dans le monde

Mais la situation est également critique en Europe de l’Est, explique le communiqué, donnant la parole à une organisation membre, de Roumaine. "La présence du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme en Roumanie est indispensable pour lutter contre la tuberculose dans notre pays, surtout parmi les populations les plus vulnérables, comme les usagers et usagères de drogues", déclare Monica Dan de l’association roumaine Aras (membre de Coalition PLUS), citée dans le communiqué. Car malgré les avancées en termes d’accès aux traitements dans le monde (réduction du taux de mortalité de 47 % depuis 1990), les efforts doivent être poursuivis. En effet, près de 3,6 millions de personnes dans le monde ne sont pas identifiées comme porteuses de la tuberculose, une maladie dont on peut guérir. Plus grave, l’augmentation du nombre de cas de virus multi-résistants, très difficile à soigner et demandant des cures plus longues et coûteuses. "La tuberculose est curable ; pourtant, elle est aujourd’hui la maladie infectieuse la plus meurtrière dans le monde, explique le Dr. Grania Brigden, spécialiste de la tuberculose à la Campagne d’accès aux médicaments essentiels de Médecins du Monde. "Nous avons urgemment besoin d’un traitement mieux toléré par les patients, plus efficace, disponible et abordable. Sinon ça sera, comme d’habitude, l’impasse". Et d’après Médecins du Monde, seulement 2 % des personnes atteintes des formes les plus sévères de la maladie ont accès aux nouveaux médicaments. Près de 80 % des financements internationaux de la lutte contre la tuberculose proviennent du Fonds mondial. Et cet automne aura lieu le renouvellement des financements de la part des bailleurs internationaux.

De l’importance de la mobilisation des Etats

Dans la lutte contre les grandes pandémies, la France est, aujourd’hui, le premier contributeur européen au Fonds mondial, organisme international qui finance des programmes de lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose. Action santé mondiale, Act Up-Paris, Les Amis du fonds mondial Europe, One France, Oxfam France, Sidaction, Solthis et Solidarité sida demandent "à la France de poursuivre son engagement envers le Fonds mondial, a minima à hauteur des années précédentes, soit 1,08 milliards d’euros sur trois ans, et de rester premier contributeur européen".

Pour les organisations non gouvernementales, la France a un rôle prépondérant à jouer, en tant qu’Etat cofondateur du Fonds mondial et premier contributeur européen. "Le niveau d’engagement de la France aura un impact sur la mobilisation des autres pays donateurs et les efforts mondiaux engagés pour mettre fin à cette maladie et aux autres pandémies", estiment encore les ONG. Selon le Fonds mondial, il faut treize milliards de dollars pour poursuivre les programmes afin d’éviter 300 000 nouvelles contaminations entre 2017 et 2019, et sauver près de "huit millions de vies". A la veille de la rencontre des présidents français et sud-africain François Hollande et Jacob Zuma, le 24 mars à l'Organisation mondiale de la santé à Lyon, mais aussi de la conférence mondiale sur le sida, qui aura lieu à Durban en juillet 2016, la société civile veut mobiliser les dirigeants, pour que la lutte contre la tuberculose et le VIH, "véritables catastrophes sanitaires mondiales", demeure à l’agenda des pays donateurs.