Maroc : L’accès à la PrEP pourrait être effectif avant la France

Publié par Rédacteur-seronet le 15.09.2015
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SexualitéPrEP

Voici un des  paradoxes marocains : le ministère de la Santé s’apprête à rendre disponible le traitement préventif du VIH (PrEP ou prophylaxie pré-exposition), outil innovant et efficace contre la transmission du virus. Pour autant, le Maroc continue de criminaliser l’homosexualité, alors que les hommes gays sont parmi les plus touchés au Maroc. Par ailleurs, le ministère de la Santé tente également d’obtenir un accès moins coûteux au nouveau traitement contre l’hépatite C. Explications sur les enjeux de ces questions de fond avec Morgane Ahmar, plaideuse décentralisée au Maroc auprès de l’ALCS, principale organisation de lutte contre le sida au Maroc.

Un programme pilote de mise à disposition de la PrEP a été annoncé prochainement. En quoi consiste-t-il et quand pourrait-il être mis en place ?

Morgane Ahmar : Ce projet est le résultat d’un plaidoyer mené par l’ALCS (Association de lutte contre le sida) auprès des acteurs nationaux pour rendre disponible la PrEP au Maroc. Après accord préalable, nous avons soumis ce projet à l’unité de gestion du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et au ministère de la Santé pour accord et financement. L’objectif du programme pilote est de démontrer l’acceptabilité et l’adhésion au traitement préventif du VIH des hommes ayant des relations avec des hommes (HSH) et des travailleurs et travailleuses du sexe. Cela ne concerne pas son efficacité, puisqu’elle a déjà été prouvée notamment dans l’étude française ANRS-Ipergay. Le programme viendra évaluer l’intérêt, la prise et l’observance du traitement préventif, outil de prévention innovant. Le suivi sera hebdomadaire pour étudier au plus près l’utilisation de la PrEP dans la vraie vie. Il sera mené par l’ALCS. Nous visons, à l’issue des treize mois de l’étude, une généralisation de la PrEP. Si tout va bien, nous espérons pouvoir lancer le projet début 2016. Nous cherchons à avoir un impact significatif sur l’épidémie chez les HSH et les travailleurs et travailleuses du sexe. La PrEP est l’outil dont tout le monde parle en ce moment, et c’est une excellente nouvelle si le Maroc le met en place.

Une enquête sur la prévalence de l’infection à VIH et les comportements des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) a été publiée dans la presse en juin dernier. Dans les conclusions de cette étude, il était préconisé de dépénaliser l’homosexualité pour permettre de mieux lutter contre le VIH et les IST. Y a-t-il une possibilité de voir le Maroc supprimer prochainement cette législation homophobe ?

Malheureusement, je ne le pense pas, même à moyen terme. Cette étude avait été menée en 2010 et ses conclusions étaient connues. Cependant, ce sont des événements récents qui ont fait revenir cette recommandation sur le devant de la scène. En effet, début juin, deux hommes ont été condamnés à quatre mois de prison ferme pour s’être embrassés devant la tour Hassan II à Rabat, déclenchant de vives condamnations sur la condition des homosexuels au Maroc. C’est dans ce contexte que quelqu’un a rendu cette étude publique, et ceci sans l’accord du ministère de la Santé. Il est peu probable que cette dépénalisation se concrétise prochainement, même si les associations de défense des droits humains et de lutte contre le sida continuent à recommander la dépénalisation dans une approche de santé publique, sachant que les HSH sont fortement touchés par le VIH (4,5 % de prévalence). Cela dit les crispations autour du sujet sont bien réelles et à mon sens, le changement ne pourra se faire que très progressivement.

Que s’est-il également passé concrètement au Maroc concernant l’arrivée du médicament le sofosbuvir (Sovaldi) contre l’hépatite C, très efficace, mais onéreux ?

Gilead et 91 pays ont signé un accord pour une licence volontaire [autorisation de produire, de vendre accordée par le détenteur d’un brevet à une entreprise ou un gouvernement, ndlr] sur le médicament. Le Maroc, considéré comme un pays à revenus dits intermédiaires, n’est jamais inclus dans ce genre de liste. C’est dans ce contexte que les instances de santé ont annoncé en juin dernier qu’un fabricant, Pharma5, allait produire une version générique nationale du sofosbuvir, soit une alternative bien moins onéreuse (autour de 9 000 dirhams, soit environ 830 euros pour douze semaines) que le médicament princeps. L’annonce officielle par le ministère de la Santé a eu lieu fin juin, sans date de commercialisation, mais cette version générique devrait être disponible bientôt au Maroc. C’est donc une bonne nouvelle pour l’accès le plus large possible à un médicament qui permet de guérir de l’hépatite C. Même s’il faudra au préalable avoir une couverture santé, le Ramed, alors que pour les personnes sans domicile, pourtant très vulnérables, il y a des obstacles administratifs. Au Maroc, l’épidémie de VHC est considérée comme généralisée dans la population générale (1,6 %). La prévalence demeure extrêmement élevée chez les usagers de drogues, avec près de 90 % de personnes infectées par le virus dans les villes du Nord du pays. L’arrivée du sofosbuvir répond donc à une vraie urgence sanitaire.

Propos recueillis par Mathieu Brancourt


Commentaires

Portrait de Parisien75

A quoi bon une PreP que personne ne pourra se payer "plein pot" ! La comparaison est infaisable, les enjeux ne sont pas les mêmes au niveau financier le Maroc n'a pas de sécurité sociale. Alors c'est bien joli de rendre disponible la PreP aux tarifs en vigueur quand le salaire moyen marocain tourne autour des 200 euros.

Portrait de christian75

@ Parisien75 : j'ai plutôt compris que le fonds mondial associé au fonds marocain allaient financer la prep dans un cadre précis : suivi hebdomadaire et à destination de certaines populations; ce sera sans doute gratuit pour les hsh et travailleuses du sex. De plus le truvada va être génériqué et son générique baissera de prix.