MDM s’oppose au brevet du Kymriah

Publié par jfl-seronet le 28.07.2019
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ThérapeutiqueKymriahcancer

Il y a quelques mois, Médecins du Monde (MDM) avait, avec d’autres organisations non gouvernementales, lancé une procédure de remise en cause du brevet concernant le sofosbuvir (Sovaldi), un médicament anti-VHC. Tout récemment, MDM s’est engagée (cette fois avec Public Eye) dans une nouvelle procédure de remise en cause d’un brevet : celui du Kymriah, un traitement CAR-T contre le cancer.

En septembre 2018, plusieurs associations (Médecins sans Frontières, AIDES, Médecins du Monde et d’autres organisations européennes) manifestaient devant l’Office Européen des Brevets (OEB) à Munich. Saisi par ces organisations, l’Office s’apprêtait à rendre une décision déterminante quant au bien-fondé d’un brevet portant sur l’un des traitements les plus chers du marché : le sofosbuvir. Ce traitement contre l’hépatite C, commercialisé à prix d’or par le laboratoire Gilead, était devenu le symbole d’une politique européenne des brevets dévoyée de sa vocation originelle. La réponse de l’Office des brevets ne leur avait pas été favorable ; les ONG avaient donc fait appel, en décembre 2018, du maintien du brevet du laboratoire américain Gilead pour le sofosbuvir (Sovaldi).

Interviewée sur les suites de cette décision de l’OEB et l’appel fait par les ONG, Gaëlle Krikorian, responsable de la campagne d’accès aux médicaments essentiels de Médecins sans Frontières, expliquait en février 2019 : « Nous avons fait appel de cette décision. Mais cette procédure peut prendre des années, période pendant laquelle le monopole reste en vigueur et le recours à des génériques est donc impossible. La dénonciation de ces monopoles abusifs par la société civile permet d’attirer l’attention sur cette injustice, sur les conséquences sur les populations et sur la santé publique. C’est une première victoire pour nous. Des oppositions contre les brevets du sofosbuvir ont été déposées dans d’autres pays, et des brevets importants du sofosbuvir ont déjà été refusés ou révoqués en Égypte, en Chine et en Ukraine. Il est grand temps d’ouvrir un débat sur la responsabilité de l’Office européen des brevets et sur la légitimité des brevets qu’il délivre ».

Cette question des brevets, Médecins du Monde la remet au premier plan, en partenariat avec Public Eye. Cette fois, sur un autre médicament innovant dans le traitement du cancer. Une nouvelle génération de thérapies géniques contre les cancers arrive sur les marchés, les traitements CAR-T, rappelle Médecins du Monde, dans un communiqué, publié début juillet.

Les deux premiers médicaments de cette nouvelle classe thérapeutique coûtent aujourd’hui 320 000 et 350 000 euros, la cure. « De même que pour les traitements contre l’hépatite C [les antiviraux à action directe, ndlr], ces prix exorbitants reflètent de nouveau la financiarisation extrême du marché pharmaceutique, aux dépens de l’accès aux soins », dénonce Médecins du Monde. « Pour dénoncer les dérives liées à ces prix, pour permettre aux États de négocier des prix plus bas ou d’organiser le recours à des traitements similaires, et pour défendre l’accès aux meilleurs soins pour tous-tes dans des systèmes de santé pérennes », les deux ONG ont décidé d’introduire une opposition au brevet contre un de ces traitements anticancéreux : le Kymriah du laboratoire pharmaceutique Novartis. Ce traitement est une thérapie génique contre des cancers du sang. Les lymphocytes T de la personne malade sont prélevés et génétiquement modifiés pour reconnaître et attaquer les cellules cancéreuses. Ils présentent un espoir important, autant pour les personnes malades que pour les professionnel-le-s de santé ou les proches, indique MDM. Dans les études cliniques disponibles, le taux de survie estimé à 12 mois est de 40 % pour le Kymriah pour les personnes atteintes de certains lymphomes et au pronostic vital engagé. « Mais cet espoir, et l’approche extrêmement personnalisée de cette nouvelle technologie de santé, fait l’objet d’un prix exorbitant : 320 000 euros par patient-e, indique l’ONG. Cette dernière considère que ce prix « ne reflète pas les coûts de production ni les investissements en recherche et développement, largement financés par la puissance publique aux États-Unis et en Europe. Et l’ONG de rappeler que l’Organisation mondiale de la Santé, elle-même, considère dans un récent rapport sur le prix des médicaments anticancéreux, que ces prix ne semblent refléter que des objectifs financiers des entreprises.

« En 2014, face aux prix du sofosbuvir, un traitement contre l’hépatite C à 41 000 euros par personne, les États ont été contraints d’organiser des rationnements sur l’accès par une sélection des patient-e-s », rappelle Philippe de Botton, président de Médecins du Monde. « Les nouveaux traitements contre les cancers, et notamment les traitements CAR-T, sont sur une toute autre échelle de prix. Combien de temps encore avant que l’État redéfinisse des critères d’accès aux médicaments contre le cancer ? » On pourrait opposer que les traitements CAR-T concernent, pour l’instant, des cancers très spécifiques et rares, mais d’autres font actuellement l’objet d’essais cliniques sur d’autres indications plus larges. Cette approche thérapeutique pourrait prendre plus de place dans les systèmes de santé dans les prochaines années, note MDM, mais au prix exigés elle n’est pas durablement soutenable financièrement. « C’est la raison pour laquelle Médecins du Monde introduit aujourd’hui une opposition au brevet contre l’un de ces traitements, le Kymriah, afin de dénoncer ces prix excessifs. Les brevets sur ces médicaments empêchent toute concurrence et permettent donc aux firmes d’exiger des prix exorbitants. Les Etats acceptent ces monopoles et consentent à ces niveaux de prix sans jamais les interroger », explique le communiqué de Médecins du Monde.

À travers cette opposition au brevet, l’association « veut alerter les États et la société sur le prix de ces traitements et les risques qu’ils représentent, aujourd’hui et demain, sur l’accès aux soins », le prolongement de l’initiative qu’elle avait déjà menée, avec d’autres partenaires, à l’occasion de deux précédentes oppositions au brevet contre le sofosbuvir.