Migrants-es, réfugiés-es : comment va la santé en Europe ?

Publié par jfl-seronet le 29.01.2019
1 374 lectures
Notez l'article : 
0
 
Mondemigrantsréfugiés

Le bureau Europe de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de publier le premier rapport dédié à la santé des migrants-es. L’institution internationale parle plutôt des « personnes déplacées en Europe » qu’il s’agisse de personnes réfugiées ou migrantes. Ces deux catégories « courent plus de risques d’avoir des problèmes de santé que les populations des pays d’accueil », indique le rapport.

Dans son rapport, l’OMS (branche région européenne) part d’une hypothèse suivie d’un constat. « Bien qu’il soit probable que les réfugiés et les migrants jouissent d’un bon état de santé général, ils peuvent être exposés à un risque de maladie lorsqu’ils sont en transition ou séjournent dans les pays d’accueil », résume ce rapport officiel. « Cela est dû à de mauvaises conditions de vie ou à des ajustements dans [le]mode de vie », des personnes concernées. Telle est donc la principale conclusion de ce premier rapport sur la santé des réfugiés-es et des migrants-es dans la région européenne de l’OMS. « Aujourd’hui, les systèmes politiques et sociaux s’efforcent de réagir de manière humaine et positive aux déplacements et aux migrations. Ce rapport est le premier du genre et nous donne un aperçu de la santé des réfugiés et des migrants (…) à un moment où le phénomène migratoire s’accentue dans le monde entier », a expliqué le docteur Zsuzsanna Jakab, directrice régionale de l’OMS pour l’Europe, à l’occasion de la présentation de ce rapport. Ce travail se fonde sur le passage en revue de plus de 13 000 documents. Il propose une « synthèse des dernières données disponibles sur la santé des réfugiés et des migrants » dans cette région et note les progrès réalisés.

Maladies transmissibles et maladies chroniques

À leur arrivée, les personnes réfugiées et migrantes semblent être moins affectées que les « populations hôtes », par de nombreuses maladies non transmissibles ; cependant, si elles vivent dans la pauvreté, la durée de leur séjour dans le pays d’accueil augmente leur risque de souffrir de maladies cardiovasculaires, d’accident vasculaire cérébral ou de cancer, note le rapport. Autre phénomène : un changement de mode de vie (moins d’activité physique, une plus forte consommation d’aliments moins sains, etc.) qui expose aux facteurs de risque des maladies chroniques. De plus, note le rapport de l’OMS, les « déplacements en eux-mêmes peuvent rendre les réfugiés et les migrants plus vulnérables aux maladies infectieuses ». Pourtant, le rapport souligne que, par exemple, la proportion de réfugiés-e et de migrants-es parmi les cas de tuberculose enregistrés dans un pays hôte varie beaucoup en fonction de la prévalence de la tuberculose au sein de la population du pays d’accueil ; et qu’un pourcentage important de réfugiés et de migrants séropositifs ont contracté l’infection à VIH après leur arrivée en Europe (ce qu’a notamment démontré l’enquête ANRS-Parcours, en France). « Bien que l’on s’accorde généralement à penser le contraire, le risque que les réfugiés-es et les migrants-es transmettent des maladies transmissibles à la population hôte est très faible », conclut d’ailleurs le rapport de l’OMS.
« Ce nouveau rapport donne une idée de ce qui doit être fait pour répondre aux besoins tant des réfugiés et des migrants que de la population du pays d’accueil sur le plan sanitaire. Comme les réfugiés et les migrants deviennent plus vulnérables que la population hôte au risque de contracter des maladies transmissibles ou non transmissibles, il est nécessaire qu’ils puissent, comme tout le monde, accéder à des services de santé de qualité en temps opportun. C’est la meilleure façon de sauver des vies et de réduire le coût des traitements, ainsi que de protéger la santé des citoyens résidant dans le pays d’accueil », souligne Zsuzsanna Jakab, directrice régionale de l’OMS pour l’Europe.

Des conclusions et des idées fausses

Les personnes migrantes ne représentent que 10 % (90,7 millions) de la population totale de la région européenne de l’OMS. Moins de 7,4 % d’entre elles sont des réfugiés-es. Dans certains pays européens, les citoyens-nes pensent que les migrants-es sont trois ou quatre fois plus nombreux qu’ils ne le sont réellement.
Autre enseignement du rapport : Bien que ce soient généralement les maladies transmissibles que l’on associe aux déplacements et aux migrations, on est de plus en plus conscient qu’un éventail de maladies aiguës et chroniques nécessitent également une attention particulière.
Les personnes réfugiées et les migrantes sont moins exposées à toutes les formes de cancer, à l’exception du cancer du col de l’utérus. Chez les réfugiés-es et les migrants-es, cependant, le cancer est plus susceptible d’être diagnostiqué à un stade avancé, ce qui, sur le plan sanitaire, peut entraîner des résultats nettement moins bons que ceux de la population hôte.

La dépression et l’anxiété ont tendance à toucher davantage les réfugiés-es et les migrants-es que les populations hôtes, mais comme il y a des variations entre les groupes de migrants-es et suivant les méthodes employées pour évaluer la prévalence, il est difficile de tirer des conclusions définitives, indique le rapport de l’OMS. En général, les réfugiés-es et les migrants-es ont un taux d’incidence, de prévalence et de mortalité plus élevé que la population hôte pour le diabète, avec des taux plus élevés chez les femmes. Les réfugiés-es et les migrants-es courent plus de risques de contracter des maladies infectieuses en raison de leur exposition aux infections, de leur manque d’accès aux soins de santé, de l’interruption des soins qui leur étaient prodigués et des mauvaises conditions de vie pendant le processus de migration. Il est donc nécessaire de les protéger et de veiller à ce que les agents de santé de première ligne comprennent les risques encourus, explique l’OMS.

Même s’il se peut que les réfugiés-es et les migrants-es arrivent en Europe sans être complètement vaccinés ou sans être à jour dans leurs vaccinations, le recours à la vaccination est susceptible d’augmenter avec la durée de leur séjour. La réaction immédiate face aux nouveaux arrivants est de s’assurer qu’ils reçoivent les vaccins de base selon le calendrier du pays d’accueil. Ce ne sera pas une surprise, mais l’accès aux services sociaux et de santé varie d’un point à l’autre de la région européenne de l’OMS en fonction de certains facteurs, généralement le statut juridique, les barrières linguistiques et la discrimination. Les mineurs-es non accompagnés sont vulnérables à l’exploitation sexuelle et présentent des taux plus élevés de dépression et de symptômes du syndrome de stress post-traumatique. Les traumatismes dus au travail sont beaucoup plus nombreux chez les migrants-es de sexe masculin que chez les travailleurs-euses non migrants.

Vers des systèmes de santé adaptés

Les pays de la région européenne de l’OMS progressent dans l’amélioration des aspects sanitaires des mouvements de population. Toutefois, il reste encore beaucoup à faire avant que l’on ne s’achemine vers des systèmes de santé adaptés aux réfugiés et aux migrants. Il faut notamment : fournir une couverture sanitaire de qualité à un prix abordable, ainsi qu’une protection sociale à tous les réfugiés et migrants, quel que soit leur statut juridique ; favoriser la prise en considération des différences culturelles et linguistiques par les systèmes de santé, afin de surmonter les obstacles à la communication ; veiller à ce que les agents de santé soient bien équipés et expérimentés pour diagnostiquer et soigner les maladies infectieuses et non infectieuses répandues ; renforcer l’action intersectorielle en matière de santé des réfugiés et des migrants ; améliorer la collecte systématique et régulière de données comparables sur la santé des réfugiés et des migrants.