Minou, minou… quand les femmes parlent de sexe !

Publié par jfl-seronet le 28.04.2014
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"Corps de femmes, cœurs de femmes", c’est le titre de l’événement proposé par AIDES à Saint-Denis à l’occasion de la Journée des droits des femmes en mars dernier. Manifestation inédite qui a permis à des femmes venues de différents horizons de parler de sexualité avec franchise, en toute liberté. Emouvant, intime, souvent drôle, libre, cet événement comportait des ateliers aux intitulés directs. Seronet a assisté à l’un d’eux… Suivez la piste du… minou !

Sur l’affiche, il y a du rose, des ellipses violettes, et une pulpeuse Grâce parée d’un voile ou d’une toge placée au centre d’une coquille Saint-Jacques… Cela ne vous rappelle rien ? C’est une référence à la naissance de Vénus, une des œuvres majeures de la Renaissance. C’est ce symbole-là qui a été choisi par l’équipe organisatrice pour annoncer l’atelier qui se déroule ce mercredi 5 mars dans les locaux de AIDES à Saint-Denis, en Ile-de-France. Qui de mieux que cette femme, fut-elle mythique, fière de sa nudité partielle, de ses atouts et de ses atours, de son charme pour annoncer justement une soirée consacrée à la sexualité des femmes ? Nicole, Emilie, Mimi font les présentations : la leur, celle du temps d’échange qui est proposé en ouverture d’un événement de quatre jours intitulé "Corps de femmes, cœurs de femmes". Elles lancent aussi la présentation des participantes, plus d’une vingtaine de femmes qui, pour certaines, connaissent AIDES. Pour d’autres, c’est une première. Une première qui peut être d’autant plus intimidante que si le thème de la réunion est bien celui de la sexualité, c’est un registre décomplexé, direct, libre qui a été, ici, privilégié à l’image même du titre de l’atelier : "Mon minou, je l’aime, je l’entretiens !"

Vous les femmes… toutes les femmes !

Il est un peu plus de 19 heures, les participantes attendues ne sont pas encore toutes là… Les premières arrivées discutent autour d’un verre. Militante à AIDES, Mimi en profite pour parler de l’offre de santé sexuelle que l’association entend proposer aux femmes. Il y est question des entretiens qui peuvent en faire partie, de rencontres avec une gynécologue, du travail en commun que l’association entend faire avec les femmes à partir de leurs besoins en matière de santé sexuelle, etc. De son côté, Nicole, également militante à AIDES, explique que l’ambition de l’association est bien, dans le cadre de cet événement, mais pas seulement, de s’adresser à l’ensemble des femmes… pas uniquement à celles qui connaissent déjà AIDES. De fait, cet événement est une première étape comme l’expliquait sur Seronet (3 mars) Joséphine Ngah Ngono, coordinatrice du territoire d’action de AIDES à Saint-Denis : "Cette semaine n’est pas un événement isolé. Celui-ci s’inscrit dans une réflexion et un projet de plus long terme. Le territoire d’action de AIDES, où il se déroule, va développer en 2014 un parcours de santé sexuelle pour les femmes en situation de précarité. Ce projet a été présenté à différents acteurs et partenaires locaux et a reçu un bon accueil".

"Et votre minou, comment l’appelez-vous ?"

Ce soir, l’atelier a prévu une rencontre avec des gynécos, deux qui exercent à l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis, sont en route, mais bloqués par les embouteillages… Ce soir, l’équipe de France de foot joue au stade de France et c’est le méga bazar dans la ville avec des embouteillages un peu partout. Peu importe, il faudra sans doute faire sans, mais cela n’empêche pas les femmes venues à l’atelier de discuter. Et ça commence fort ! "Et votre minou, comment l’appelez-vous ?", lance Nicole. "Bon, histoire d’être claire… quel petit nom donnez-vous à votre sexe ? Vous ou votre compagnon ?" Manifestement, c’est plus clair !

"Je l’appelle ma chose !", lance une participante ; pour une autre, c’est "Mon trésor !". Et fusent des "Ma richesse !", "My Gold !", "Ma Lune !", "Madame la Capitaine !". "Moi, j’ai jamais pensé à lui donner un petit nom et si je le mentionne je parle de foufoune", lance une autre participante. Dans les discussions, chacune y va de ses souvenirs d’enfant, de jeune fille ou de jeune femme. A la maison, pour certaines, on parlait de se laver le pompon lorsqu’on évoquait la toilette intime. Ailleurs, on a élevé ses enfants en faisant ce distinguo : zizi pour les garçons et kiki pour les filles…

Parfois, c’est la douce métaphore de la "petite fleur" qui s’est imposée… mais l’étonnant n’est pas tant la diversité des petits noms (liste non exhaustive), des sobriquets et des formules héritées de son enfance… Non, ce qui frappe le plus, c’est la décontraction avec laquelle les participantes parlent simplement, sans réticences, ni blocages de leur sexe, et de celui de leur conjoint. Bien sûr, on mentionne dans les échanges que parler du sexe et parler de sexe est bien en lien avec son éducation, la culture et les traditions de son pays d’origine. Les expériences sont diverses. Là, on évoque la découverte de l’hygiène intime à l’internat. Ailleurs, on se rappelle du nettoyage pratiqué avec du gingembre, des douleurs que son astringence occasionnait… Une autre participante explique n’avoir jamais connu l’éducation sexuelle durant sa scolarité, mais se rappelle que c’était les grands parents qui expliquaient aux enfants les mouvements sexuels. Pour Nicole, c’est le père qui a expliqué ce qu’était l’éducation sexuelle, charge à elle, en tant qu’aînée, de dispenser infos et conseils au reste de la famille. Dans l’atelier, les échanges sont souvent enjoués, libres, parfois très drôles. En fait, l’impression qui domine, c’est que l’audace à dire les choses, à parler de son intimité, fait du bien aux femmes qui relèvent, ici, le défi de parler de sexe… et de leur sexe.

"Est-ce nécessaire d’avoir un gynéco ?"

Bon, ça se confirme : le football a raison de la rencontre avec les gynécos. Ils sont durablement bloqués dans d’énormes embouteillages, ils doivent renoncer à la rencontre. Ce n’est que partie remise. De leurs côtés, les femmes n’entendent pas en rester là. Mimi, Nicole, Emilie et Joséphine ont proposé de lister des questions qui appellent réponse et bien souvent méritent débat. Pas possible de les citer toutes ici, tant les sujets sont nombreux et les échanges fructueux. Prenons la première : "Est-ce que c’est nécessaire d’avoir un gynéco ?" Une participante se lance : "Oui parce qu’on peut avoir des anomalies, des bouffées de chaleur, un arrêt des règles ou des règles qui se prolongent. Et puis, on peut être enceinte…". "On peut aussi avoir besoin d’une contraception, de faire des dépistages, de pratiquer un frottis…", explique une autre participante. Et cela part sur un long échange sur l’intérêt d’un suivi en fonction de son activité sexuelle, de son âge, d’antécédents médicaux familiaux, si on vit avec le VIH ou une hépatite…

"D’accord, parlez-vous de votre sexualité chez le gynéco ?", demande Emilie, une des militantes qui animent l’atelier. Silence… qui se prolonge un peu. Et oui, un peu, mais pas trop, en faisant attention à dire les choses… Manifestement, cela n’est pas simple. "Je parle plus volontiers de ma sexualité avec mes amies, explique une participante. Jeune, je me rappelle avoir demandé à ma grande sœur comment se passait un rapport". "Moi, j’ai pas trop de sexualité. Je fais du sport", explique une participante. Eclats de rire, sourires, mots de soutien.

L’orgasme, sa vie, son œuvre !

Sur le panneau à côté d’Emilie, les questions, nombreuses, à niveaux multiples enchevêtrés, façon poupées russes, sont rangées par grands thèmes : sexualité, suivi de grossesse, suivi gynécologique, dépistages, contraception. Les questions vont permettre de parler, entre autres, de la grosseur du sexe… du partenaire, des éjaculateurs précoces, de l’implant contraceptif qu’une femme peut se faire poser, du plaisir, des plaisirs en solo ou à deux avec ou sans jouets sexuels, de la négociation dans le couple façon : "Veux-tu coucher avec moi ce soir ?"… ou pas ! Certaines questions étaient attendues, d’autres moins.

"C’est quoi un orgasme ?" "Un plaisir immense pour la femme", entend-on dans un coin de la salle. "Moi, si je n’ai pas d’orgasme, c’est comme si j’avais rien fait", explique, définitive, une participante. On parle orgasme vaginal et orgasme clitoridien… "L’orgasme… c’est le moment où je ne sens plus mes pieds", explique une autre femme… Ce qui amuse beaucoup ; surtout que cet engourdissement s’accompagne le plus souvent d’un cri libérateur. Un homme présent demande comment une femme fait pour savoir qu’elle a atteint l’orgasme. Une femme lui répond naturellement avec la rapidité de l’éclair : "C’est lorsque l’on crie Alléluia !"

Au fil des questions, des réponses partagées, des expériences, des infos, se dessine peu à peu un savoir commun, mais aussi le fait que la santé sexuelle a bien une importance particulière dans une vie. Bien sûr, on ne s’en rend pas forcément compte, parce que souvent on compartimente : ça, c’est le sexe, ça, c’est la santé… Ici, le lien se fait. Lorsqu’il s’agit de parler du suivi de grossesse, on parle du rôle du gynéco dans l’atelier, mais on y parle aussi du fait d’être séropositive et de vouloir un enfant. Et si on vit avec le VIH, est-ce que cela peut affecter le bébé ? Et si tout se passe bien jusqu’à la naissance, peut-on allaiter ? Sur un des papiers, cette question a été écrite, on peut imaginer qu’elle l’a été par une femme qui vit avec le VIH : "Est-ce que je peux me marier avec un homme qui n’a pas le VIH ?"

"Vous pouvez répéter la question ?"

Et derrière cette question, de quoi s’agit-il : de santé, de sexualité, de disance ? Qu’est ce qui est en jeu ? La soirée se poursuit, les questions sont égrenées une après l’autre, toutes seront débattues. A toutes, le groupe répondra. L’atelier s’achève tard. Toutes les participantes sont restées. La plupart vont revenir aux ateliers suivants proposés dans le cadre de cet événement. Carton plein pour celui du vendredi 7 mars intitulé "Plaisirs sans frontière". Un atelier qui propose d’entendre quatre parcours différents de femme : une est trans, une autre lesbienne, deux vivent avec le VIH avec des itinéraires de vie différents… plus de 25 femmes y assistent, et vont prendre la parole. Qu’elles soient séropositives ou non, jeunes, moins jeunes, d’ici, d’ailleurs, lesbiennes ou hétéros, des femmes témoignent de leur vécu, parlent de sexualité, de leur conception du plaisir et des moyens d’y accéder. "Nous avons souhaité faire un événement qui soit en phase avec la population de la ville, qui concerne des femmes de tous les horizons. Un événement qui permette de montrer qu’il n’y a pas une catégorie unique de femmes, qu’il y a plusieurs types de femmes, que si certains points sont évidemment partagés par l’ensemble des femmes, d’autres sont spécifiques selon le groupe auquel elles appartiennent : les femmes migrantes, celles qui sont lesbiennes, les jeunes, les femmes ménopausées, etc. Ce que nous voulons c’est créer un espace nouveau qui n’existe pas ailleurs qui aborde la sexualité dans l’ensemble de ses dimensions : le plaisir bien évidemment, la liberté de choix, la santé", précisait Joséphine Ngah Ngono à Seronet en mars dernier.

Femmes de corps, femmes de cœur !

La clôture de "Corps de femmes, cœurs de femmes" a lieu, beau symbole, le 8 mars, Journée des Droits des femmes, pas loin d’une cinquantaine de personnes sont venues à la Bourse du Travail de Saint-Denis, des femmes surtout et quelques hommes… On y parle encore, on y joue à un jeu de questions-réponses que Stéphanie, militante à AIDES, a préparé sur la santé sexuelle des femmes. On y parle de soi, de sa santé et de sexe, on y écoute les autres, on s’applaudit, on s’y soutient. On y découvre aussi une longue silhouette, d’une classe incroyable, dans un numéro musical inattendu. La silhouette d’une seconde Diana Ross, à moins que cela ne soit la vraie, dont le travail artistique explore le corps androgyne. Elle ne sort pas d’une coquille, elle, mais que son allure est troublante, énergique, déterminée. Hommage surprenant, plein de grâce aux "Corps de femmes, aux cœurs de femmes" !

Commentaires

Portrait de frederic16

Magnifique la peinture (tableau).

Si cette peinture(tableau) est en vente je monte l enchere .AMITIE

Portrait de Aradia

C'est l'origine du monde de Gustave Courbet, magnifique exposition en 2008 au Grand Palais.

Un tableau qui n'a pas de prix...hihi.

Portrait de frederic16

Excusez-moi Madame.Je ne connaissais pas ce tableau.Me doute qu il n a pas de prix.AMITIE

Portrait de unepersonne

toujours est il que cette femme sur le tableau n'a pas de probleme de lipodistrophie , en revanche elle a un probleme de rasoir mais bon,  perso j'aurais proposé une autre image de la femme

Portrait de Sophie-seronet

... l'article sur la sexualité féminine vous en avez pensé quoi ???

Bonne soirée. Sophie

Portrait de frederic16

L Article tres tres bien,NOTER  a 5 etoiles.Bon comme tout article on peu pas ecrire tout.Cest pas un livre, donc il manque une certaine  fluidité((un manque de cyprine,comme le tableau d ailleur) dans cette article.Donc l Article et le tableau vont ensemble .Ma note est de 5 etoiles pour tres bonne article et tableau tres magnifique

Portrait de unepersonne

visiblement cet article n'interesse pas grand monde ou bien les gens ont lu mais n'ont pas reagi

Portrait de lipote

 courbert peintre libertaite sympathisant de la commune de paris a rendu un bel hommage a la femme en faisant ce tableau j' aime bien pour ma part l' appelation  mont de venus j'aimerais  par curiosité savoir si les femmes preferent   le cunnulingus a la pénétration  ?

Portrait de icare.69

 

unepersonne wrote:

toujours est il que cette femme sur le tableau n'a pas de probleme de lipodistrophie , en revanche elle a un probleme de rasoir mais bon,  perso j'aurais proposé une autre image de la femme

Je ne parviens pas à comprendre cette marotte du imberbe à tout prix.

Un pubis de femme rasé, ça évoque pour moi une jeune fille pré-pubère, et comme je n'ai pas l'âme d'un pervers, ce serait plutôt anti-érotique.

Et franchement, esthétiquement, il y a peu de sexe de femme à qui le rasage va bien.

 

Tout ça parceque les actrices de porno ont lancé la mode. Il faudrait voir à se trouver d'autres modèles de féminité.

 

 

 

 

 

 

Portrait de joris

... Absolument indispensable.Une réunion de femmes toute différente dans leur sexualité, origine, age etc...

Pouvoir parler en toute confiance de sexualité n'est pas chose facile ni chose fréquente. Ok on parle entre amis amies copain copine, mais parfois on n'ose pas aborder certain sujets par peur d'être un peu naïf ou ridicule. Alors moi en tant qu'homme qui aime les hommes, je dis à quand de telles réunions pour les hommes?