Monkeypox : débuts difficiles de la vaccination

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ThérapeutiqueMonkeypox

La vaccination préventive contre le Monkeypox est officiellement ouverte depuis le 11 juillet à certains groupes et populations définis par la Haute autorité de santé (HAS). Elle connaît des débuts difficiles dans sa mise en place. Le ministère de la santé et de la prévention l’admet, mais promet que « l’ensemble des personnes concernées par les indications de la HAS pourront être vaccinées ».

Vaccination anti-Monkeypox

On a d’abord senti comme un flottement de la part des autorités de santé françaises quant à la stratégie de vaccination à mettre en place. Fallait-il cantonner prioritairement cette vaccination aux seules personnes contact des cas de Monkeypox supposés, puis confirmés ? Fallait-il ouvrir la vaccination aux personnes les plus exposées au risque d’être infectées par le Monkeypox, pour mieux contrôler l’épidémie ? Fallait-il l’ouvrir aux personnes plus fragiles du fait de leur état de santé pour éviter la survenue de formes graves ?

Du côté des associations, dont AIDES, l’Inter-LGBT ou encore les Actupiennes et Act Up-Paris, mais aussi de certaines sociétés savantes (SFLS/Société française de lutte contre le sida, SPILF/Société de pathologie infectieuse de langue française), on plaidait, dès juin, pour la mise en place d’une « vaccination préventive des populations vulnérables au risque d’infection ou de forme sévère par le virus Monkeypox ». La direction générale de la Santé (DGS) à saisi la HAS et les recommandations sont alors parues le 8 juillet dernier. Depuis le 11 juillet, les personnes entrant dans les indications retenues par la Haute autorité de santé peuvent théoriquement commencer à prendre rendez-vous pour se faire vacciner sur l’ensemble du territoire — dans les faits, c’est moins simple. Aucun justificatif ne doit être demandé aux personnes déclarant être dans la cible pour cette vaccination. Dans un communiqué (12 juillet) le ministère de la Santé et de la Prévention précise d’ailleurs : « Les personnes volontaires et concernées pourront accéder à la vaccination sur la base d’une auto-déclaration de leur statut de personne cible pour la vaccination, après évaluation de la balance bénéfice-risque individuelle de cette vaccination ».

Populations concernées

La Haute autorité de santé recommande de proposer la vaccination contre le Monkeypox en pré-exposition (avant tout contact avec le virus) aux personnes les plus exposées. Celles-ci sont priorisées comme suit :

  • les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH, autrement dit les gays, les bisexuels…) et les personnes trans rapportant des partenaires sexuels multiples ;
  • les travailleurs-ses du sexe ;
  • les professionnels-les des lieux de consommation sexuelle [saunas, sex-clubs, etc., ndlr], quel que soit le statut de ces lieux ;


La HAS ne recommande pas, à ce stade, la vaccination en pré-exposition des professionnels-les de santé prenant en charge les personnes infectées ; les mesures d’hygiène habituelles et le port d’équipement de protection individuelle rendant le risque de contamination très faible en pratique. Néanmoins, la HAS recommande que cette vaccination puisse être envisagée au cas par cas, selon l’exposition, l’existence de facteurs de risque individuels ou à la demande des professionnels-les de santé concernés-es. Cette décision constitue un tournant. En effet, cette nouvelle stratégie remplace celle mise en place depuis le 20 mai, qui consistait alors en une vaccination « réactive post-exposition » des personnes ayant été en contact avec une personne infectée, et uniquement elles. Interrogé par le Quotidien du Médecin (8 juillet), le Pr Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, justifiait ainsi cette décision : « Plusieurs éléments ont été pris en compte par la HAS. Tout d'abord, le nombre de cas a augmenté, ensuite, le profil type des patients s'est confirmé, et enfin, les opérations de contact tracking se heurtent à des difficultés puisque nous avons 40 à 45 % de perdus de vue ». Autrement dit des groupes sont plus exposés que d’autres et la technique de « traçage » des cas contacts a de sérieuses limites ; d’où le changement de pied. La direction générale de la Santé a donc estimé que « la vaccination prophylactique d'une population bien identifiée était plus pertinente qu'en post-exposition », résume le quotidien médical. La vaccination post-exposition reste cependant importante et toujours d’actualité.

Vaccins utilisés

Les deux versions du vaccin utilisable sont des vaccins vivants atténués non réplicatifs de troisième génération : Jynneos (Bavarian Nordic, AMM européenne) et Imvanex (Bavarian Nordic, AMM américaine), dont les effets indésirables sont très limités — rien à voir avec ceux associés aux vaccins antivariole de première et deuxième générations. Le schéma de vaccination consiste généralement en deux injections espacées de 28 jours ; schéma réduit à une dose pour les personnes ayant déjà été vaccinées contre la variole. La HAS précise que les deux doses ne doivent pas obligatoirement être faites avec la même spécialité. Le délai entre les deux injections peut être allongé de plusieurs semaines « en cas de tension d’approvisionnement des vaccins » a cru bon d’anticiper la HAS. Le schéma vaccinal est de trois doses pour les personnes immunodéprimées, dont les personnes vivant avec le VIH. La vaccination peut être réalisée par un-e médecin ou un(e) infirmier-ère diplômé-de d’État sur prescription médicale. « La vaccination ne confère pas une protection immédiate, aussi il est important de continuer à éviter tout contact à risque avec une personne infectée par le virus Monkeypox ou suspectée de l’être », souligne le ministère de la Santé et de la Prévention.

Accéder à la vaccination

Dans un communiqué publié le 12 juillet, le ministère de la Santé et de la Prévention rappelle qu’il a annoncé « dès vendredi 8 juillet la mise en œuvre sur le territoire national de cet élargissement de la campagne de vaccination à partir de cette semaine ». Il confirme que « plus de 700 vaccinations de personnes considérées comme contact à risque ont été réalisées en post-exposition (en date du 8 juillet 2022) ». Il n’y a pas encore de données sur la vaccination des populations clefs qui n’a démarré que le 11 juillet. Il reconnaît que les « centres de vaccination dont le déploiement est coordonné au niveau régional par les Agences régionales de santé (ARS) sont pour certains déjà actifs depuis plusieurs jours (par exemple en Île-de-France, la région la plus touchée par l’épidémie) et d’autres centres vont s’ouvrir, à partir de cette semaine et dans les semaines à venir, pour couvrir l’ensemble du territoire métropolitain et ultramarin ». De fait, chaque agence régionale de santé (ARS) pilote la campagne de vaccination sur son territoire. De son côté, la direction générale de la Santé (DGS) assurait, il y a quelques jours, que les stocks stratégiques mis à disposition par l'armée française suffiraient à soutenir la nouvelle politique vaccinale. Selon le Quotidien du Médecin, la France ne figure d'ailleurs pas sur la liste des pays qui bénéficieront des 300 000 doses achetées par l'Union européenne. « Il n'est pas exclu que nous participions à d'autres phases d'achat », a néanmoins précisé le Pr Jérôme Salomon. « Nous sommes aujourd’hui en capacité de répondre dans les prochaines semaines aux besoins des centres », a-t-il assuré, ne faisant pas état de « difficultés d’accès à ce vaccin ». Dans son communiqué du 12 juillet, le ministère de la Santé et de la Prévention ne fait aucune mention d’un chiffre de doses disponibles. En revanche, il explique que « compte tenu de la forte demande, des délais pour la prise de rendez-vous et l’injection peuvent être observés pendant les premiers jours de la campagne ».

État des stocks de vaccins

Malgré les demandes réitérées des associations, aucune information n’est donnée sur le nombre de vaccins disponibles. Le stock est géré par l’armée car la vaccination anti-variole est réservée à la réponse en cas d’attaque bactériologique… avec le virus de la variole (la maladie a été éradiquée dans le mondeau début des années 80). Le secret est opposé par les autorités sanitaires aux demandes légitimes de transparence. C’est évidemment un problème ; d’autant que cela entretient la suspicion concernant une possible pénurie de vaccins en France. On semble rejouer, ici, les débuts de la crise de la Covid-19 avec l’État qui s’efforce de rassurer… et tout le monde doute. Le ministère de la Santé et de la Prévention a manifestement conscience de l’écueil puisque dans son communiqué du 12 juillet. Il explique : « Bien que les vaccins contre le Monkeypox fassent effectivement partie du stock stratégique et que, pour la sécurité de tous, les informations liées à ce stock soient classifiées et ne puissent être dévoilées, les autorités sanitaires confirment que l’ensemble des personnes concernées par les indications de la HAS pourront être vaccinées ».

Dans la vraie vie

Vaccinées sans doute, mais quand ? Si tout va bien selon la DGS, sur le terrain, il ne semble pas toujours en aller de même et les avis sont contrastés. « Je sors du service des maladies infectieuses et tropicales de Saint-Louis où je suis suivi. Ils ont reçu seulement 40 doses pour cette semaine et vont prioriser les personnes suivies dans leur service. Minimum deux semaines d'attente. C'est une super équipe, mais ils sont complètement débordés par la demande, parce qu'ils n'ont pas les moyens à la hauteur du sujet », explique Greg. Le 11 juillet, le professeur Willy Rozenbaum (Hôpital Saint-Louis) confirme la situation en publiant un message sur Twitter qui donne un peu l’ambiance… du côté des soignants-es : « Plusieurs centaines d'appel ce matin ! 40 doses de vaccins pour la semaine avec une priorité légitime pour cas contacts identifiés. Sept nouveaux cas de #Monkeypox #varioledusinge ce matin en consultation sans RDV. Le personnel craque ! » Des personnes qui voulaient se faire vacciner se sont présentées directement à l’accueil. Dans cet établissement, 4 000 personnes sont suivies pour la Prep et plus de 2 000 personnes pour le VIH ! Selon le protocole actuel, il faut une consultation avant la vaccination et la charge du service, il ne sera pas possible de faire plus de 25 vaccinations par jour. La situation semble identique ailleurs, avec des calendriers de rendez-vous saturés, des délais à rallonge et des services hospitaliers méritants et dépassés. Le service de l’Hôtel-Dieu a fait face à de multiples demandes dès le 11 juillet sans avoir les moyens adaptés… ce qui a suscité quelques crispations avec les personnes usagères. À la Pitié-Salpêtrière, 350 demandes de vaccination étaient arrivées par mail lundi 11 juillet… pour aucun créneau disponible. Il faudrait mobiliser des infirmiers-ères intérimaires pour cela alors que ces personnels sont mobilisés sur les autres services, notamment du fait des congés d’été. À l’hôpital Bichat, on a aussi croûlé sous les demandes : 700 par mail lundi 11 juillet et de nombreuses insultes à la clef de personnes usagères mécontentes de ne pouvoir accéder à la vaccination. À l’hôpital Saint-Antoine : 630 demandes par mail lundi 11 juillet pour 40 doses disponibles. Dans les services de maladies infectieuses, ce surcroît d’activité dans un flux déjà tendu inquiète quant à l’accès des personnes suivies dans le service à l’offre de soins.

L’avis de la HAS est sorti rapidement. L’ouverture de la vaccination a rapidement suivi, sans que les moyens y soient et les conditions d’approvisionnement suffisamment maîtrisées. Les services concernés n’ont pas pu se préparer alors qu’ils font face à la gestion des congés d’été. Cette décision rapide a aussi pris de court les ARS.

Certains sites Internet d’ARS (par ailleurs, souvent méconnus du grand public) n’ont pas encore mis en place les informations sur les centres de vaccination de leur territoire — pourtant prévues pour le 11 juillet. Elles devraient être disponibles partout le 18 juillet. Des instructions officielles ont été données en ce sens. Pour le moment, chacun gère comme il peut. Outre le nombre de doses disponibles , deux difficultés supplémentaires apparaissent : le nombre réduit de structures ou d’horaires d’ouverture des structures qui vaccinent, les problèmes d’acheminement et de conservation des doses. En Nouvelle Aquitaine, par exemple, on ne peut être vacciné-e contre le Monkeypox qu’à Bordeaux ou Bayonne. En Seine-Saint-Denis, seul l’hôpital Avicenne vaccine à ce jour pour un bassin de population de 1 700 000 personnes. Autant dire que les places sont chères. D’autant que les demandes de vaccination non satisfaites sur Paris se reportent sur les établissements et structures franciliens. Ailleurs, c’est l’acheminement des doses qui pose des problèmes techniques. C’est à croire qu’aucune leçon n’a été tirée des débuts chaotiques de la campagne vaccinale contre la Covid-19.

« Nous avons demandé l’élargissement des lieux d’accès à cette vaccination, aujourd’hui encore, trop restreint à quelques hôpitaux. Par exemple, en Île-de-France, cinq sites de vaccination avaient déjà ouvert, rejoints par huit autres dès le 11 juillet. Concernant les Cegidd [centre gratuit d'information, de dépistage et de diagnostic des infections par le VIH et les hépatites virales et les infections sexuellement transmissibles, ndlr] et les centres de santé sexuelle, notamment près des lieux de vacances, ce sera à suivre avec attention pour des autorisations d’ouvertures effectives. Ce sont les agences régionales de santé qui vérifieront la conformité des structures et locaux (comme le fait de disposer d’une chaîne du froid pour la conservation des vaccins) et qui informeront sur les lieux ouverts dans chaque région, sur leur site internet. De plus, « il faut aussi penser à l’ouverture de la vaccination à des heures décalées (soirs et week-ends). C’est le meilleur moyen d’atteindre les personnes qui sont prioritaires pour cette vaccination. Et cela demande des moyens humains et financiers supplémentaires », explique Franck Barbier, responsable Parcours et Programmes à AIDES.

Parcours du combattant

Pour David, 41 ans et Maxime, 48 ans, un couple gay parisien, trouver un rendez-vous pour se faire vacciner de la variole du singe en préventif relève du parcours du combattant : «  Nous partons à Sitges et Barcelone en août et comme nous savons que le milieu gay en Espagne est très touché par le Monkeypox, nous voulons être vaccinés le plus tôt possible. Hier [dimanche 10 juillet, ndlr], nous avons envoyé des mails à tous les services de maladies infectieuses de Paris et banlieue. L’hôpital Bichat nous a répondu que les plages de vaccination étaient saturées et nous a orientés vers d’autres centres comme Le 190 [centre de santé sexuelle LGBT+ à Paris, ndlr]. J’ai contacté Le 190 mais pour l’instant ils n’ont pas de doses. On a l’impression que chacun se renvoie la balle », regrette David. « Mon conjoint a tenté d’appeler les centres, mais ça ne répond pas. Idem sur Doctlolib qui affiche le message « désolé la réservation est impossible, aucune disponibilité en ligne ». Comme une impression de déjà-vu au début de la vaccination Covid ». Sur Twitter, les militants LGBT+ perdent patience : « Je viens de faire le tour des services par tél, ceux qui répondent (peu) ont des doses, mais n’en n’ont même pas assez pour leurs cas contacts. Il n’y a pas de vaccins. D’où l’absence de réponse du ministre sur les stocks et surtout sur l’état des commandes », déplore Hugues Charbonneau (producteur du film 120 BPM et militant de la lutte contre le VIH). De son côté, Act Up-Paris dénonce également un lancement difficile de la campagne de vaccination dans un tweet (11 juillet) : « Cette semaine, seulement 40 doses de vaccin antivariolique à Saint Louis. La priorité est donnée aux personnes déjà suivies par le service. Pas de kits, pas de vaccins, pas de personnels : @Sante_Gouv ne met pas les moyens pour lutter contre le Monkeypox ! ».

On perd patience !

La mise en place laborieuse de la vaccination contre le Monkeypox suscite de plus en plus de réactions. Dernière en date, celle de Vers Marseille sans sida et sans hépatites (12 juillet). « Le ministère de la Santé a ouvert la vaccination préventive dès le 11 juillet à toutes ces populations. Pour autant une désorganisation évidente règne dans les ARS. Nous, actrices et acteurs de lutte contre le sida et les hépatites, qui avons mis en place en France la réduction des risques de transmission de ces virus, savons que les retards à l’allumage et à la mise en place de politiques sanitaires adaptées ont des impacts dramatiques sur les personnes et la santé publique », explique l’association qui demande à ce que soit connu « le plus rapidement possible le nombre de doses de vaccins dont dispose la France, de connaitre l’état des commandes passées par le ministère de la Santé, d’avoir des listes précises et vérifiées des centres habilités à vacciner en n’omettant pas ceux qui sont au plus près des populations cibles : les Cegidd et les centres de santé communautaires, etc. ». Et de conclure : « Nous demandons un sursaut de l’état afin que nos concitoyens les plus concernés par cette pathologie puissent accéder, le plus rapidement possible aux outils nécessaire à leur santé : l’Information et la vaccination ».

Efficace à 85 %

Pas de malentendu, la vaccination contre le Monkeypox est hautement efficace : 85 %. L’approche d’une vaccination préventive est la mieux à même de limiter l’épidémie dans les groupes ou populations où elle se développe le plus et d’éviter qu’elle ne gagne le reste de la population. Il y a des cas confirmés chez des femmes et chez des enfants, dans de nombreux pays ; preuve que si rien n’est fait l’épidémie peut se développer dans la population générale ; ce qui est le cas de certains pays d’Afrique où la maladie est endémique. Reste que le Monkeypox, une fois contracté, pose de sérieux problèmes : des boutons ou lésions peuvent être très douloureux, par exemple. Un avis récent à destination des professionnels de santé a un peu précisé les modalités et médicaments utilisables dans une bonne prise en charge de la douleur, ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui. « Au-delà de la vaccination préventive et de sa disponibilité réelle pour toutes les personnes qui en ont besoin, AIDES continuera de remonter les besoins des personnes exposées, infectées ou affectées, et de plaider auprès des pouvoirs publics pour que des solutions effectives soient mises en place et rendues accessibles », explique Franck Barbier.

Les cas augmentent

Au 12 juillet 2022, 912 cas ont été confirmés en France, selon les données de Santé publique France (SPF) : 569 en Île-de-France, 87 en Auvergne-Rhône-Alpes, 68 en Occitanie, 47 en Nouvelle Aquitaine, 47 en Provence-Alpes-Côte d’Azur, 34 dans les Hauts-de-France, 18 en Grand Est, 13 en Normandie, 9 en Bretagne, 8 en Centre-Val de Loire, 5 en Pays-de-la-Loire, 3 en Bourgogne-Franche-Comté et 4 cas à l’étranger. Parmi l’ensemble des cas confirmés, cinq cas adultes concernent des femmes et deux cas des enfants. Les cas adultes sont âgés-es entre 19 et 84 ans (âge médian : 36 ans). Les dates de début des symptômes s’étendent entre le 7 mai 2022 et le 7 juillet 2022 (Figure 2). Ces cas ont été diagnostiqués en médiane 6 jours (entre 0 à 22 jours) après le début des symptômes, explique SPF. Parmi les cas investigués : 81 % ont présenté une éruption génito-anale, 73 % une éruption sur une autre partie du corps, 78 % une fièvre, 76 % des adénopathies (inflammation et augmentation des ganglions) et 37 % un mal de gorge. Parmi les cas, 40 concernent des personnes immunodéprimées ; 211 sont séropositifs au VIH (26 %). Chez les cas de personnes qui ne vivent pas avec le VIH, 403 sont sous Prep (70 %). Aucun cas n’est décédé. À ce jour, en France, 97 % des cas pour lesquels l'orientation sexuelle est renseignée sont survenus chez des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Parmi les cas pour lesquels l'information est disponible, 75 % déclarent avoir eu au moins deux partenaires sexuels dans les trois semaines avant l'apparition des symptômes. La plupart des cas déclarent ne pas pouvoir identifier la personne qui les aurait contaminés ; 153 sont des cas secondaires, c'est-à-dire rapportant avoir été en contact avec un cas de variole du singe dans les trois semaines précédant la survenue des symptômes.

La situation épidémiologique évolue donc en France ; et cela ne se limite pas à l’hexagone. Le 12 juillet, un premier cas de Monkeypox a été détecté en Nouvelle-Calédonie, archipel français situé dans le Pacifique Sud. Il s’agit d’une personne qui a consulté son médecin généraliste pour une éruption cutanée avant d’être adressée au centre hospitalier territorial pour effectuer des prélèvements, a expliqué la Direction des affaires sanitaires et sociales (Dass) qui a traité la situation. « Les contacts à risque autour de ce cas ont été identifiés et ont reçu des consignes spécifiques qui permettent d’empêcher la transmission du virus », a précisé la Dass, qui estime le risque de propagation « très limité ». La Dass a indiqué s’être « préparée à l’introduction du virus en Nouvelle-Calédonie depuis le signalement de cette alerte, en lien avec les médecins infectiologues » et avoir envoyé aux médecins le protocole de prise en charge des patients-es. Des vaccins sont attendus très prochainement, précise-t-on de même source, sans plus de précisions.

Selon les chiffres arrêtés au 13 juillet 2022, on dénombrait plus de 10 570 cas recensés dans 58 pays depuis le début de l'épidémie, début mai. L’OMS n’a pas encore statué sur l’importance du Monkeypox. S’agit-il ou non d’une urgence sanitaire mondiale ? Pour le moment, les experts-es semblent partagés-es. Le suspens ne devrait pas durer car l’OMS a convoqué, pour la semaine du 18 juillet voire avant, une nouvelle réunion du Comité d'urgence du règlement sanitaire international, une de ses instances. Lors de sa précédente réunion le 27 juin, le comité avait estimé que l'épidémie ne constituait pas encore une urgence sanitaire. De son côté, ne voulant pas passer pour attentiste, ce qui lui a déjà été reproché avec la Covid-19, le patron de l’OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus a multiplié les interventions sur le mode : « Je reste préoccupé par l'ampleur et la propagation du virus dans le monde », ajoutant qu'en raison du manque de tests, de nombreux cas n'étaient probablement pas signalés.

En attendant, la décision du Comité d'urgence du règlement sanitaire international, force est de constater que l’épidémie prend de l’ampleur dans certains pays. Ainsi, l’Espagne compte 2 519 cas. C’est le pays au monde le plus touché, suivi par la Grande-Bretagne (1 735 cas), l’Allemagne (1 636), les États-Unis (929), la France (721), les Pays-Bas (503), le Portugal (473), le Canada (469), l’Italie (292, le Brésil (228), la Belgique (224), la Suisse (165), selon des données arrêtées au 13 juillet dernier.

La Russie a identifié un premier patient souffrant de Monkeypox, a annoncé (12 juillet) le Rospotrebnadzor, le « gendarme » sanitaire russe. Ce dernier a précisé que la personne concernée revenait d’Europe lorsqu’elle a été diagnostiquée. « L’infection a été détectée chez un jeune homme qui revenait d’un voyage à travers l’Europe et qui s’est adressé à un établissement médical avec une éruption cutanée caractéristique », a indiqué l’organisation dans un communiqué, cité par l’AFP. « Le cercle des personnes ayant été en contact (avec le patient) a été identifié », a ajouté la même source.

Si l’OMS n’a pas encore appuyé sur le bouton de la sirène d’alarme, elle s’alerte néanmoins de la situation en Europe. Le 1er juillet dernier, l’agence onusienne a appelé à une « action urgente » contre le Monkeypox en Europe, face au triplement observé des cas depuis quelques semaines sur le continent. Dans un communiqué, le directeur régional de l’organisation sanitaire a enjoint les pays européens à « augmenter leurs efforts dans les prochaines semaines et mois pour éviter que la variole du singe ne s’installe dans une zone géographique plus grande ».  « Une action urgente et coordonnée est impérative si nous voulons changer de cap dans la course contre la diffusion de la maladie », a d’ailleurs appuyé le directeur de l’OMS Europe, Hans Kluge.

S’informer, se soutenir, se vacciner

- Un groupe d'auto support sur l'app Telegram a été créé par un volontaire de AIDES.
- Une chaine sur l'app Telegram permet d'avoir des infos régulières.
- Une permanence téléphonique « Écoute santé Monkeypox » est ouverte depuis le 13 juillet au 0 801 90 80 69, 7 jours sur 7, de 8 heures à 23 heures, pour répondre aux interrogations des publics et personnes les plus exposés-es.

Les coordonnées des centres de vaccination contre le Monkeypox sont accessibles sur santé.fr. Cette liste continuera d’être alimentée avec les nouveaux centres au-fur-et-à mesure de leur ouverture, selon le ministère de la Santé et de la Prévention.
Plus d’infos pour les HSH sur le site Sexosafe, dédié à la sexualité des personnes HSH.

 

Une étude internationale
À chaque nouveau virus — surtout si la maladie prend des allures d’épidémie voire de pandémies — son lot de recherches scientifiques. Le Monkeypox ne déroge pas à la règle. Une étude internationale va être lancée dans dix pays européens, dont la France, afin de mieux comprendre la maladie et évaluer l’impact de la prise en charge des personnes qui en sont atteintes, a annoncé, le 11 juillet dernier, l’ANRS ǀ MIE (Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales ǀ maldies infectieuses émergentes). « La mise en place de cette étude observationnelle internationale nous permettra d’acquérir de nouvelles connaissances indispensables à l’avancée de la recherche sur la variole simienne et les traitements disponibles », a expliqué le professeur Yazdan Yazdanpanah, directeur de l’agence. Le projet s’intitule Mosaic. Cette nouvelle étude européenne s’appuie sur des travaux en cours en République centrafricaine visant à mieux caractériser la maladie dans les pays où une propagation récente a été signalée. Les personnes infectées des dix pays participants — Royaume-Uni, Suisse, Belgique, France, Irlande, Italie, Pays-Bas, Norvège, Portugal et Espagne — fourniront des informations à l’équipe de l’étude sur leurs symptômes et leurs réponses aux traitements. Ils-elles seront également suivis-es pour observer la vitesse de leur guérison ou le développement d’éventuelles complications. « Il est urgent que nous comprenions mieux cette maladie négligée », a estimé le professeur Xavier Lescure, du service des maladies infectieuses de l’hôpital Bichat (Ap-HP) et Université Paris Cité, qui coordonne l’étude dans les dix pays européens. « Je suis ravi qu’en l’espace de quelques semaines seulement, une étude ait été lancée en Europe », s’est félicité le professeur Piero Olliaro de l’Université d’Oxford et chercheur responsable de l’étude, cité dans le communiqué de l’ANRS ǀ MIE. L’étude est en partie soutenue par le UK Foreign, Commonwealth and Development Office et Wellcome et la Fondation Bill & Melinda Gates. Les premiers-ères participants-es ont déjà été recrutés-es au sein des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), en Suisse. En France, les premières inclusions auront lieu prochainement. D’autres études sont en projets (l’ANRS a lancé fin juin un appel à projets Flash).  Ainsi, une réflexion est en cours sur une étude en sciences sociales par le Sesstim en lien avec AIDES.