Nelson Mandela, militant de la lutte contre le sida

Publié par jfl-seronet le 12.12.2013
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Mode de vieNelson Mandela

Avec le décès de Nelson Mandela, disparait aussi un militant de la lutte contre le sida. L’ancien président sud-africain s'est investi dans la défense de multiples causes après avoir quitté la présidence de l'Afrique du Sud, mais aucune ne l'a mobilisé autant que la lutte contre le sida, une maladie qui ravage le pays et qui a d’ailleurs emporté son propre fils. Son engagement a été salué.

Trop tacite sur le sujet tant qu'il était chef de l'Etat entre 1994 et 1999, alors que l’épidémie progressait rapidement, Nelson Mandela a sans doute commis là sa principale erreur politique comme président : il n’a pas été à la hauteur de ce qui se passait dans son pays sur cet enjeu majeur de santé publique. Une fois, sa présidence achevée, il a radicalement changé son approche. Comme le rappelle l’AFP, Nelson Mandela a évoqué dans diverses interviews son attitude de l’époque et ce qui l’avait ensuite conduit à réagir.

Du mutisme à l’action

"Les Africains sont très conservateurs en matière de sexe. Ils ne veulent pas que l'on en parle", expliquait-il ainsi pour expliquer son silence initial sur le sida. "Je leur disais que nous étions touchés par une épidémie qui allait balayer notre nation si nous ne prenions pas de précautions. Je me rendais compte que j'offensais mon public. Ils se regardaient les uns les autres, horrifiés". Tout a donc changé à la retraite, Nelson Mandela a multiplié les interventions et les mises en garde, il a créé une fondation contre le sida baptisée "46664" (son numéro de prisonnier). En décembre 2000, il affirmait que "le VIH-sida est pire qu'une guerre". "Alors que nous sommes en train de parler, des milliers de gens en meurent. Mais cette guerre peut être gagnée", soulignait-il. En 2002, il remonte au front pour critiquer la politique mortifère conduite en matière de VIH par le président Thabo Mbeki. Ce dernier avait une position révisionniste sur le VIH et expliquait qu’il ne connaissait personne décédé des suites du sida, alors que 800 personnes mourraient par jour du sida dans le pays. Il avait aussi nommé Manto Tshabalala-Msimang, la redoutable "docteur Betterave" comme ministre de la Santé. Cette dernière contestait le rôle des médicaments anti-VIH et expliquait qu’une alimentation saine (avec de la betterave…) suffisait à combattre la maladie. Son inaction a fait perdre des années à la lutte contre le sida dans le pays. En mars 2002, Nelson Mandela déclarait aux journalistes que les séropositifs devraient avoir accès gratuitement aux antirétroviraux. Une prise de position radicale à un moment où le Congrès national africain (ANC, au pouvoir) s'opposait à leur distribution dans les hôpitaux publics, demandant des tests sur leur toxicité, rappelle l’AFP. En juillet 2002, Mandela convainquait le militant de la lutte anti-sida, Zackie Achmat, de cesser sa "grève des médicaments". Le leader de la coalition Treatment Action Campaign (TAC), malade du sida, refusait de se soigner tant que le gouvernement n'offrait pas l'accès aux médicaments anti-VIH gratuits pour tous.

De l’action militante au drame personnel

Cette pression interne soutenue par Mandela et les pressions internationales croissantes firent flancher le gouvernement Mbeki qui approuvait en août 2003 un programme limité d'accès aux antirétroviraux dans les hôpitaux publics. La même année, Nelson Mandela lançait sa campagne mondiale "46664" dont les concerts géants visaient à alerter autant qu'à collecter des fonds. Cette campagne appelait les gouvernements de la planète à faire de la pandémie une urgence mondiale. "Le sida n'est plus seulement une maladie, c'est un problème de droits de l'Homme", soulignait-il lors du concert de novembre 2003. En janvier 2005, Mandela évoquait ainsi la mort de son fils des suites du sida. "Depuis quelque temps déjà, je dis qu'il faut parler publiquement du sida et ne pas le cacher. Le seul moyen de montrer qu'il s'agit d'une maladie normale, comme la tuberculose ou le cancer, est de dire ouvertement que quelqu'un est mort du sida", avait-il déclaré, le visage marqué par le chagrin. "C'est pourquoi je vous ai convoqués ici aujourd'hui : pour annoncer que mon fils est mort du sida".

Des hommages appuyés

"Nelson Mandela était une figure majeure dans la lutte contre le sida. Il a largement contribué à la mise en place d'une réponse moderne au problème du sida", a déclaré Michel Sidibé, directeur exécutif de l’ONUSIDA. "Ses actions ont aidé à sauver des millions de vies et à transformer l'état de la santé en Afrique. Il a brisé la loi du silence et a donné l'espoir d'un monde où tout le monde vivrait dans la dignité", a-t-il poursuivi. Le Fonds mondial de lutte contre le sida a également rendu hommage à Mandela pour son "rôle spécial" de briseur de tabou : "Alors que d'autres dirigeants politiques niaient ou ignoraient l'existence du VIH, causant de sérieux dégâts en faisant obstacle à la mise en œuvre d'un traitement efficace [claire allusion à Thabo Mbeki, ndlr], Mandela parlait ouvertement". Pour Bertrand Audoin, directeur exécutif de l'IAS (International Aids Society), "Monsieur Mandela avait le pouvoir de changer les cœurs et les esprits ainsi que les pratiques politiques, mais par-dessus tout il pouvait changer la perception que les gens ont du virus dans la région la plus affectée du sub-Sahara". Françoise Barré-Sinoussi, Prix Nobel de médecine, s'est souvenue du discours de Mandela lors de la Conférence Internationale sur le sida en 2000 où il avait alerté les participants sur la tragique expansion du virus en Afrique sub-saharienne. Il a dit : "C'est précisément aujourd'hui que chaque mot prononcé, chaque geste effectué, doit être mesuré selon l'effet qu'il peut et va avoir sur des millions de vies", s'est-elle rappelée. "Grâce à ce discours, la transmission de la maladie de mère à enfant et l'accès aux antirétroviraux sont presque immédiatement devenus des priorités dans la région".

Commentaires

Portrait de Felix77

de dire que j'aime ce mec éclairé, que les guides l'accompagnes vers sa prochaine mission. Madiba tu n'est pas le seul guerrier de lumière à lutter contre les ombres de l'esprit sur le coeur. 

Reviens vite paemis nous, le futur à tant besoin de toi.

Cool