Ni oui ni non

Publié par Costa le 16.06.2008
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impact du traitementeffets indésirables
L’abacavir et la didanosine augmenteraient-ils le risque d’infarctus du myocarde ? Oui, à en croire les résultats de l’étude DAD. Non, selon GlaxoSmithKline et Bristol-Myers Squibb qui produisent ces médicaments. Peut-être, selon les autorités sanitaires qui demandent des investigations complémentaires.
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L'abacavir et la didanosine sont disponibles seuls ou en association sous diverses appellations : Ziagen (abacavir), Kivexa (abacavir+lamivudine), Trizivir (abacavir+lamivudine+zidovudine), Videx (didanosine). Deux médicaments largement prescrits dans les pays « développés » dont l'innocuité est aujourd'hui mise en doute.

Chacun ses conclusions
Selon les résultats de l'étude DAD publiés en avril par The Lancet, une référence de la presse médicale, l'utilisation récente d'abacavir ou de didanosine pourrait, en effet, être associée à un risque accru d'infarctus du myocarde. Sur quelque 33 000 personnes suivies en Europe, en Australie et aux États-Unis, 517 ont ainsi présenté un premier épisode d'infarctus.192 avaient pris de l'abacavir et 124 de la didanosine au cours des 6 mois précédents. Un risque qui pourrait être presque 2 fois plus important que chez les personnes n'ayant pas pris ces médicaments. Étude d'observation, DAD n'a cependant pas permis de prouver le lien de cause à effet, d'autant que les victimes d'infarctus présentaient souvent d'autres facteurs de risque (tabac, hypertension...). Mais comme le soulignent des scientifiques indépendants, si ces données ne sont pas assez solides pour établir un lien de cause à effet, l'augmentation du risque est, elle, trop importante pour être ignorée.

GlaxoSmithKline (GSK) et Bristol-Myers Squibb (BMS) n'ont donc pas tardé à réagir. Selon GSK qui produit l'abacavir, l'analyse de 54 essais cliniques réalisés sur près de 15 000 personnes ne serait ainsi pas parvenue à mettre ce risque en évidence. Dès mai 2005, le centre de surveillance d'Uppsala (Suède) avait pourtant signalé 34 cas d'infarctus (dont 3 mortels) chez des personnes prenant de l'abacavir. Dans 20 d'entre eux, l'abacavir était associé à un inhibiteur de protéase qui pourrait jouer un rôle dans la survenue d'infarctus. 9 autres ne comportaient cependant aucune association.


Quant aux 7 études (1 500 personnes) réalisées par BMS sur la didanosine, elles n'auraient, de même, pas montré d'augmentation du risque. Mais pour les experts indépendants, toutes ces études manquent de puissance quantitative pour permettre une telle conclusion.


En attendant la suite...
Alors risque ou pas risque ? Soulignant que d'autres données scientifiques sont nécessaires, en particulier les résultats de 2 études épidémiologiques attendus d'ici la fin de l'année, l'Agence européenne des médicaments (Emea) estime qu'en l'état des connaissances, il n'est pas possible d'affirmer un lien définitif entre la prise de ces médicaments et une augmentation éventuelle du risque d'infarctus. Pour l'Emea comme pour les autorités américaines, il n'y a donc pas lieu pour l'instant de changer les modalités de prescription.

De son côté, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé s'attache à rappeler l'importance d'autres facteurs de risque nécessitant une prise en charge adaptée : tabac, hypertension, hyperlipidémie, diabète...

Une bonne nouvelle pour finir : aucune augmentation significative du nombre d'infarctus n'a été constatée chez les personnes ayant arrêté de prendre ces médicaments depuis plus de 6 mois. Le risque, s'il existe, serait donc réversible.

Les autres facteurs de risque

  • Tabagisme ;
  • Homme âgé de 45 ans ou plus ;
  • Femme âgée de 55 ans ou plus ;
  • Pression artérielle supérieure à la normale ;
  • Taux de lipides sanguins supérieurs à la normale ;
  • Maladie cardiovasculaire ;
  • Antécédents familiaux de crise cardiaque ou de maladie cardiovasculaire ;
  • Diabète.

Il semble, par ailleurs, que les protéines produites par les cellules infectées par le VIH nuisent aux muscles cardiaques, et que l'inflammation associée à plusieurs maladies non reliées au VIH augmente également le risque de crise cardiaque.

Un test de sensibilité
5% à 8% des personnes prenant de l'abacavir présenteraient un risque de réaction allergique grave (température, éruption cutanée, troubles respiratoires, diarrhées, léthargie, vomissements...) pouvant entraîner le décès. Afin de prévoir la probabilité d'une telle réaction, les médecins disposent désormais d'un test sanguin pour éviter d'en prescrire en cas de résultat positif. Obligatoire avant toute prescription, ce test n'est pas encore remboursé, mais les médecins trouvent toujours un moyen de le faire prendre en charge.

 

Commentaires

Portrait de francisco81

Batailles d'études en attendant que les experts tranchent...

Aujourd'hui, la ddi (Videx) est plutôt en perte de vitesse comparé aux nouveaux médicaments (neuropathies+) et est moins proposée.

 

La question à 1 milliard de $$$ (chiffre d'affaire du tenofovir, le blockbuster des médicaments anti-VIH, qui soit dit en passant n'a pas été étudié dans DAD, et pas pu être investigué comme les autres sur ce fameux risque), c'est qui raflera le marché du backbone (le couplet de base d'une "trithérapie classique", constitué de médicaments de la famille des nucléosides)?

 

On a pu penser que l'abacavir prenait un avantage avec le test génétique à l'automne dernier, qui permet d'éviter les réactions d'hypersensibilité (allergie), surtout que c'est son principal défaut, le ténofovir étant plutôt embêtant côté reins ou os (on n'a pas encore le médoc qui ne donne pas d'effets indésirables... heureusement c'est jamais chez tout le monde !)

 

Kivexa vs Truvada : KI KO?

Et voilà qu'on découvre de nouvelles questions possibles avec abacavir : le coeur?

Les enjeux financiers sont tellement énormes, qu'on aimerait penser que la science arrivera à passer entre les filets d'intérêts...autres. Le débat n'est certainement pas fini.

 

ciao