Nous sommes la France… Eh oui !

Publié par jfl-seronet le 27.04.2012
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revendicationssanté en campagne 2012droits des minorités
"Votons la fin du sida", c’est le message qu’a porté (26 avril) AIDES devant les QG de campagne de Nicolas Sarkozy et François Hollande. Une manifestation surprise où drogués, pédés, putes, Noirs, bis… ont défendu leurs revendications pour des droits égaux, un accès à la santé pour tous… Les deux équipes présidentielles ont reçu une délégation de AIDES avant que les militantes et militants ne s’offrent une traversée de Paris aussi politique que glamour.
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Sur la table ronde, des gobelets de café et des trousses de maquillage, des miroirs de poche et des boîtes de paillettes. "Allez-y mollo avec les paillettes, ça coûte une fortune, mais bien placées elles magnifient votre maquillage", lâche, dans un rire et des effets de voix, une Sœur aux allures de clown blanc… Autour de la table, trois sœurs de la perpétuelle indulgence s’apprêtent pour leur grande sortie du jour, tandis que l’une des trois Miss Promesses, égérie de la taxe Robin des Bois, réajuste son collant, équilibre sa perruque et tente l’effet paillettes. Un peu plus loin, l’ensemble des militants assiste au dernier point de calage avant le passage à l’action. Rappel du déroulé de l’opération et des consignes de sécurité, liste des participants, identification des responsables de l’action, des contacts avec les médias, des référents qui parleront, si nécessaire, avec la police… la machine est bien huilée, l’ambiance bonne, à peine teintée d’un peu d’appréhension, de trac. La raison en est simple ; des dizaines de militants de AIDES se sont mobilisés pour deux événements se déroulant le même matin : des manifestations devant les deux QG de campagne des deux candidats restant. Ces manifestations se font sans autorisation et les équipes de campagne n’ont pas été contactées.

AIDES a décidé de battre la campagne dans l’entre deux-tours, en organisant un point d’orgue avant le vote final dans moins de dix jours. Un point d’orgue pour parler du sida et des hépatites, de droits et de santé. Dans un contexte où chaque candidat défend son image de la France, l’association entend montrer que la France est plus diverse, plus riche que certains raccourcis tactiques le laissent entendre. A cette occasion, c’est la voix des minorités, leur place dans la société que AIDES veut défendre et faire entendre à l’UMP comme au PS. Le message est clair, direct : "Nous aussi nous sommes la France. Nous aussi nous votons !" Mais c’est qui ce "Nous" ? C’est simple, évident : des femmes, des hommes, des Trans, des Noirs, des pédés, des gouines, des bi, des drogués, des séropos, des malades, des putes, des amants, des parents, des familles, des amis, etc. Bref, des personnes qui, trop souvent, sont poussées vers la marge, écartées des discours, ne sont pas sur la photo de famille de la prétendue France idéale… alors qu’elles y ont pourtant  toute leur place. Ce message résonne avec une acuité particulière dans le contexte de l’entre deux-tours où l’on assiste à une "radicalisation inacceptable des discours politiques" comme le dénonce AIDES. Autre objectif de cette action : interpeller les deux derniers candidats en lice sur "l’absence de débats autour de questions aussi fondamentales que la santé, la solidarité et le vivre ensemble", rappeler les dix mesures de la plate-forme de AIDES sur la lutte, en France et à l’international, contre le VIH/sida et les hépatites et surtout faire bouger les lignes. Et pour faire bouger les lignes, faire parler de ces sujets, rien de mieux que de faire du bruit.


"Votons la fin du sida", c’est le message qu’ont porté (26 avril) les militantes et militants de AIDES devant les QG de campagne de Nicolas Sarkozy et François Hollande. Une manifestation surprise où drogués, pédés, putes, Noirs, hommes, femmes, bis… ont défendu leurs revendications pour des droits égaux, un accès à la santé pour tous… Les deux équipes présidentielles ont reçu une délégation de AIDES avant que les militantes et militants ne s’offrent une traversée de Paris aussi politique que glamour. On a tout vu… on vous dit tout !
11 heures, les militants, pas loin d’une centaine au final, se répartissent dans les deux bus affrétés pour l’opération. L’un est un bus à impériale, customisé avec la campagne de AIDES d’interpellation des candidats ; l’autre un bus classique. Les Sœurs de la perpétuelle indulgence, deux des trois Miss Promesses, des militantes, des militants envahissent la plateforme du premier bus. Bruno Spire, président de AIDES et Stéphane Calmon, président de la région Nord-Ile-de-France de AIDES sont de l’équipée. Tous deux ont la mission de déposer la grande carte d’électeur avec la mention : "Votons la fin du sida" au siège de campagne de Nicolas Sarkozy… et de tenter d’y être reçus. Mais avant, c’est opération les "minorités bruyantes" mettent le feu aux rues de Paris et au périph… Il faut dire que la campagne très visible sur les deux flancs du bus, la musique disco et funk à donf’, les commentaires des Sœurs font leur effet. Ça klaxonne amicalement, les passants saluent, certains applaudissent. On frôle le plébiscite. Sur la plate-forme du bus, on prend soin de baisser la tête pour éviter les branches des platanes. Les Sœurs, filon perpétuelle indécence, lancent des œillades, félicitent le "maître boucher" au salut viril et lancent des "Bonjour jeune homme… tu as un numéro de portable ?" Les Miss Promesses, pour militantes qu’elles soient, font du repérage de boutique. Avenue de Flandres, elles ont trouvé une enseigne, "Miss Coquines", des plus prometteuses. Ça bouge, danse, rit… Jusqu’au signal : arrivée dans dix minutes.

Dix minutes plus tard, première étape de l’opération au 18 rue de la Convention. Difficile de rater l’adresse, la tête de Nicolas Sarkozy, genre trois mètres sur quatre, décore le bas de l’immeuble. Devant la porte, un vigile ; dans la rue, quelques policiers en civil. Les minorités bruyantes envahissent le trottoir. La crainte d’un accueil tendu est vite dissipée. "Voilà, nous sommes devant la France morte !", tacle un militant. L’équipe du candidat est d’accord pour recevoir une délégation de AIDES. Côté candidat, c’est Guillaume Lambert, directeur de campagne, et Jean-Baptiste de Froment, conseiller Education, sondages et opinions à l’Elysée, en partance pour le Conseil d’Etat, qui reçoivent. Le rendez-vous s’éternise à tel point que les militants commencent à réclamer la "libération" de Bruno Spire et de la délégation de AIDES. Finalement, après quasiment 30 minutes de discussion, les représentants de AIDES sont "libérés". En face, au 19, rue de la Convention, deux concierges ne ratent rien de l’opération. "C’est la première fois qu’il y a quelque chose comme ça… ici", explique l’une d’elles. Puis parlant de Nicolas Sarkozy : "Qu’est-ce qu’il peut y faire sur le sida ?" Après deux, trois explications, elle est plutôt d’accord sur le fait que c’est, effectivement, de la responsabilité du président de faire "quelque chose".



Et ce "quelque chose"… ce serait quoi pour le candidat Sarkozy. Pas de très grandes avancées si on en juge par le résultat des échanges. "Nous avons fait comprendre que contrairement à ce que le candidat revendique dans d’autres domaines, certains choix faits sur les sujets qui nous intéressent, sont plus marqués par le dogmatisme que le pragmatisme. Lorsqu’on parle de l’accès aux soins des étrangers, on nous rétorque abus et appel d’air de l’immigration. Lorsqu’on dit que les chiffres officiels disent le contraire, on nous répond qu’ils n’ont pas les mêmes… L’équipe assume tout. Elle a défendu le bilan du candidat dont les mesures seraient justifiées par la crise et l’obligation qu’il y aurait à lutter contre les abus… La seule concession a été de reconnaître que la réponse sur l’expérimentation des salles d’injection supervisée a sans doute été précipitée…", précise Olivier Denoue, directeur général délégué de AIDES, qui fait partie de la délégation reçue. Bref, un rendez-vous courtois, mais pas d’avancées significatives. Bon, ce n’est pas tout, la visite rue de la Convention n’est que la première étape de la tournée parisienne des minorités bruyantes. Et le timing n’est pas tenu. Sœur Picolata préconise d’ailleurs d’appeler le QG du candidat socialiste. "Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de joindre l’équipe de Hollande pour rapatrier le conseil Santé du candidat s’il est au resto ou de ne pas le laisser sortir avant qu’on arrive. Sinon, ça va encore être long !"


Long, le trajet entre les deux sièges de campagne l’est un peu. Rues étroites, voiture mal garée à un carrefour qui bloque la circulation et qu’il faut que des militants déplacent… à la main, dense circulation parisienne… ne facilitent pas le passage à gauche. Finalement, les deux bus arrivent avenue de Ségur… au QG de François Hollande. C’est une large bâtisse, à mi chemin entre le mini château et la grosse maison bourgeoise… Il y a une grande fenêtre cossue qui donne sur une large avenue dégagée : idéal pour faire le "salut du vainqueur". Là encore, ce sont les élus de AIDES qui sont en tête de la délégation : Alain Bonnineau et Michel Simon, tous deux vice-présidents de AIDES, ont rejoint Bruno Spire et Stéphane Calmon, La carte d’électeur géante est sortie et posée contre la façade du QG de campagne. Délégué général de la campagne de François Hollande (c’est l’adjoint de Pierre Moscovici, le directeur de campagne), Marc Mancel accueille la délégation à l’extérieur. Il pose pour les photos. L’accord est donné pour recevoir une délégation de AIDES et quelques journalistes pour assister au début de l’entretien. Le risque avec les entretiens non programmés, c’est de tomber sur une personne qui connaît peu voir mal les dossiers. Aussi Marc Mancel entend rassurer d’entrée de jeu. Comme président de la Commission de l'Action sociale et de la santé au Conseil régional d'Ile-de-France, dont il est élu, il connaît les questions de santé et les enjeux. Il rappelle, l’interview de François Hollande à Seronet sous les yeux, que son candidat a répondu aux interpellations de AIDES. "Oui. Certaines réponses nous conviennent et d’autres moins", lâche Bruno Spire. Dans ce type de rendez-vous, "moins" est synonyme de pas. Et le président de AIDES de rappeler qu’il s’agit de la campagne du second tour et qu’il est bien de préciser les options défendues et de répondre clairement aux revendications. Les revendications sont variées et portent aussi bien sur les restes à charge, l’abrogation des franchises médicales, de faire passer l’AME dans le cadre de la CMU, de s’assurer que le produit de la taxe Robin des Bois sera bien affecté au développement des pays du Sud et, entre autres, la lutte contre le VIH/sida, etc. Bon, voilà, il ne reste plus qu’à écouter les réponses du représentant de François Hollande. C’est à ce moment qu’un des vigiles lance : "Marc, les journalistes vont peut-être y aller ?" En langage de campagne, ça veut dire dehors !


Dehors. Eh bien, ça danse ! Les Miss Promesses tentent de concurrencer les Supremes dans un numéro militant musical improvisé… puis les Sœurs transforment le trottoir en piste de Madison. Mais pas de malice… il ne faut y voir aucune allusion à la formule cinglante de François Baroin à propos du candidat socialiste : "François Hollande fait un pas en avant, puis deux pas à gauche, puis trois pas en arrière, puis un pas à droite. C'est le roi du Madison !" Non, c’est juste pour le fun et tenter de conjurer la pluie qui arrive. La délégation de AIDES ressort du rendez-vous, Marc Mancel reprend la pose et demande à ce qu’on rentre la carte électorale géante. A l’UMP, on n’en a pas voulu ! Pierre Moscivici sort et accorde dix secondes pour une photo avec les Miss Promesses. Mais qu’a dit l’équipe du candidat Hollande ?


"On a eu le rappel de certains engagements comme la suppression du droit de timbre de 30 euros pour accéder à l’aide médicale d’Etat, indique Stéphane Calmon, présent lors de l’échange. Du côté des salles d’injection supervisée, Marc Mancel a indiqué qu’une expérimentation serait lancée bientôt à Paris avec le soutien de la région Ile-de-France. L’idée est de rapidement travailler à un cadre légal permettant une généralisation de ce dispositif… pour faciliter la mise en place de projets. Avancées aussi sur la gouvernance de santé, avec une place des usagers plus fortes dans les instances régionales, une augmentation des moyens financiers. Il y a aussi une ouverture sur les franchises puisque l’équipe fait référence à des exonérations de franchises pour certaines personnes selon des critères de santé, de ressources… Nous demandons la suppression des franchises, mais cela constitue malgré tout une avancée. Pour l’international et notamment l’attribution du produit de la taxe sur les transactions financières, il n’y a pas de décision arrêtée quant à la part qui irait au comblement du déficit budgétaire et celle qui irait au développement des pays du sud… on a l’impression, s’il y a alternance, qu’ils attendent de voir réellement ce qu’il y a dans les caisses".


"Et ce pique-nique au Champ de mars… c’est pour quand ?", lance un participant. Retour dans les bus et en route pour le Champ de mars, les paniers repas et la découverte des Sœurs de la perpétuelle indulgence par un groupe de touristiques asiatiques. C’est manifestement plus inattendu pour eux que la tour Eiffel. Repas rapide, photos souvenirs, café dans l’herbe, retour en bus… pour une traversée de Paris au rythme du disco et de la funk… toujours à donf’. Les boas des Miss Promesses flottent au vent. Des signaux amicaux jalonnent le parcours. Des gosses trépignent sur la musique et coursent le bus. Les touristes mitraillent les affiches de AIDES. Les Sœurs se sont mises à l’abri pour éviter l’angine de poitrine. En haut d’un immeuble, près du métro Cadet, des femmes dansent sur un étroit balcon au rythme de la musique… L’une brandit un panneau. "Le sida tue encore" peut-on y lire. Ce sont les militantes du PASTT qui saluent l’équipée. Bruyantes, les minorités le sont jusqu’au retour au point de départ dans le nord de la capitale. Visibles, dynamiques, hurlantes, dansantes, inattendues, impertinentes, drôles… elles sont aussi la France… Et leur message est passé : "La santé, c’est maintenant".
Jean-François Laforgerie