Orientation sexuelle et identité de genre : un-e expert-e va être nommé-e

Publié par jfl-seronet le 06.07.2016
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D’un certain point de vue, la décision des Nations Unies de créer un poste d’expert-e indépendant-e sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre marque une nouvelle ère pour la lutte mondiale contre le sida. C’est en tout cas, l’analyse faite par AIDES et Coalition PLUS, qui saluent cette "victoire historique pour la défense des droits des personnes LGBTI".

Fin juin, le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies a adopté, à Genève, la résolution (1) sur "la protection contre les violences et les discriminations basées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre". Elle prévoit  pour la première fois la création d’un poste d’expert-e indépendant-e sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Cette décision a été prise, malgré les tentatives de blocage de plusieurs pays conservateurs. "C’est le résultat d’une bataille de longue haleine menée par plus de 500 organisations non gouvernementales d’au moins cent pays (2)", indique le communiqué commun de AIDES et Coalition PLUS. Cet-te expert-e aura pour mission de documenter et de dénoncer les discriminations et les violations des droits humains que subissent les personnes LGBTI partout dans le monde.

Défendre les droits des personnes LGBTI, c’est aussi lutter contre le sida

Bien que le mandat ne soit que de trois ans, ce poste constitue un outil efficace de défense des droits humains qui, jusqu’à présent, manquait cruellement aux personnes LGBTI. C’est aussi une avancée considérable pour la lutte mondiale contre le sida. "En effet, la stigmatisation et les discriminations agissent comme une véritable barrière à l’accès à la santé pour les personnes LGBTI. La prévalence du VIH est ainsi dix-neuf fois plus élevée chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes que dans la population générale, et presque 50 fois plus élevée chez les femmes trans (3). Dans certains pays, comme en Afrique du Sud, les violences sexuelles punitives à l’égard des femmes ayant des relations sexuelles avec d’autres femmes augmentent leur exposition au virus.

Les populations clés "oubliées" à l’Ungass

Responsable des Droits humains de l’association ivoirienne de lutte contre le sida Espace Confiance, Alain Kra explique : "Avoir obtenu un poste d’expert indépendant, cela peut changer la donne face au VIH. Si le contexte sociopolitique devient plus tolérant à l’égard des personnes LGBTI, alors la riposte contre le sida pourra se déployer plus efficacement auprès des populations homosexuelles et trans qui sont les plus éloignées des centres de soins". Cette décision du Conseil des Droits de l’Homme est d’autant plus importante que la déclaration politique sur la fin du sida adoptée par les Etats membres des Nations Unies le 8 juin dernier a dramatiquement éclipsé les populations clés (4) de la feuille de route mondiale contre le VIH. Cette déclaration est, de ce fait, très critiquée par les organisations non gouvernementales qui considèrent que c’est un recul, d’autant moins excusable et pardonnable que chacun sait aujourd’hui qu’il n’est pas possible de réussir une politique de lutte contre le sida efficace en ignorant les groupes et populations les plus exposées.

Un enjeu de vie ou de mort pour les personnes LGBTI

Dans le communiqué, Aurélien Beaucamp, président de AIDES et administrateur de Coalition PLUS, avance que : "La création d’un mandat d’expert indépendant mettra en évidence les difficultés rencontrées par les personnes LGBTI pour se protéger du VIH. L’accès à la prévention et au traitement contre le VIH est un enjeu de vie ou de mort pour ces personnes. C’est aussi un enjeu pour la santé publique mondiale, alors qu’on sait qu’on peut mettre fin au sida d’ici 2030". Si elle salue également cette "excellente nouvelle", Hakima Himmich, présidente de Coalition PLUS, a tenu à rappeler que de nouveaux financements sont nécessaires. "Nous avons aussi besoin de financements supplémentaires pour déployer des structures de santé sexuelle adaptées aux besoins des personnes LGBTI, sans quoi ces efforts risquent de rester lettre morte. Selon l’Onu, seize millions d’hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et un million de femmes trans doivent d’urgence accéder à des services de prévention et de soin contre le sida. Or, les financements du Fonds mondial de lutte contre le sida sont insuffisants", rappelle-t-elle. De ce point de vue, la stagnation de la contribution française au Fonds mondial n’est pas une bonne nouvelle.

(1) : Cette résolution a été initiée par 7 pays d’Amérique Latine (Brésil, Mexique, Argentine, Chili, Uruguay, Costa Rica, Colombie). 23 pays ont voté pour, 18 pays contre et 6 se sont abstenus.
(2) : Alors que les Nations Unies reconnaissent depuis 1994 les violences et les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre, ce n’est qu’en 2011 qu’un Haut-commissaire est mandaté pour faire un rapport sur le sujet. En 2014, un second rapport est produit et les Etats sont encouragés à poursuivre le dialogue, tandis que plus de 500 ONG d’au moins cent pays réclament la création d’un poste d’expert-e indépendant-e aux Nations Unies. Ce n’est qu’aujourd’hui que la bataille est enfin gagnée.
(3) : Communiqué de presse de l’OMS, "Les personnes les plus exposées au risque d’infection à VIH ne bénéficient pas des services de santé dont elles ont besoin", 11 juillet 2014.
(4) : Selon la terminologie de l’Onusida, les populations clés sont les populations les plus exposées au virus du sida : les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les travailleuses et travailleurs du sexe, les personnes injectrices de drogues et les trans.