Paris en Trans'

Publié par jfl-seronet le 13.10.2009
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existrans
Près de 2 000 personnes ont participé le 10 octobre dernier à la 13ème édition de l'Existrans à Paris. Une belle marche, militante et énergique, qui a démarré devant une église et qui a mis en avant les principales revendications des Trans' et des intersexués derrière le slogan : "Bachelot, encore du boulot". Seronet y était.
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La mariée n'en revient pas. Elle est sortie de la belle voiture ornée de bouquets. C'est SON "plus beau jour de la vie" à elle, mais elle est un peu à la peine… Sauf pour sa famille, aujourd'hui, ce n'est pas elle la vedette sur le parvis de cette église du XXème arrondissement. D'ailleurs, c'est limite si on voit sa belle robe blanche évoluer derrière les banderoles. Aujourd'hui, la concurrence est sévère ; des centaines de personnes sont là sur ce même parvis pour participer à la 13ème édition de l'Existrans. Une silhouette altière en tailleur et chapeau noirs demande aux manifestantes et manifestants de faire un effort pour laisser passer la mariée que la famille essaie d'immortaliser au caméscope. A quelques mètres, une grande banderole avec slogans est posée sur le sol, comme il y a foule, les manifestants peinent à l'éviter. "Attention, on ne marche pas sur les revendications", tonne une sœur de la perpétuelle indulgence.

De nombreux groupes ont appelé à cette marche organisée par l'Inter Trans'. Il y a OUTrans et Chrysalide, l'Inter-LGBT et le Mag Jeunes Gais, SOS Homophobie et les Panthères roses, Homosexualité et Socialisme et le Centre LGBT Paris Ile-de-France, des associations de lutte contre le sida comme AIDES et Act Up-Paris, des partis politiques (les Verts, le PC et le Nouveau Parti Anticapitaliste), etc. Il y a foule. On parle, on distribue des tracts, on se répartit les panneaux à porter à bout de bras. On se prépare pour le départ. Ici, c'est une jeune femme qui met des morceaux d'adhésif sur ses seins pour se faire une poitrine plate qui ira mieux avec sa barbe naissante. Là, c'est un jeune homme qui s'applique du rouge à lèvres, enfile des mitaines et brandit une pancarte où on peu lire : "Des opés remboursées. La boucherie non merci !"

Il est 14 heures trente. La mariée n'a probablement pas encore dit oui. Peu importe, du côté des manifestant(e)s, on débute la descente vers la place de la République, point d'arrivée de l'Existrans. Comme souvent, lorsqu'on veut prendre le pouls d'une manifestation, il suffit de plonger au milieu des participant(e)s, d'écouter les slogans, de lire les pancartes et les affiches. En tête de la marche, on a choisi l'efficacité de slogans hurlés : "Le bleu, le rose : on n'en peut plus !" "Devoir être hétéro : on n'en peut plus !", "Le rejet des séropos : on n'en peut plus !" Les militants du Mag misent sur l'ironie avec une production hollywoodienne. Leur banderole, c'est une gigantesque carte vitale au nom de "Mario République". Une façon de rappeler, avec pas mal d'esprit, les difficultés qui sont faites par l'administration pour modifier l'état civil des personnes trans. Un peu plus loin, c'est aux psys qu'on dit "non merci !" Ailleurs, la pancarte tient davantage de l'invite : "Il ou Elle ? Demandez-moi ?" ou décline une belle trilogie : "Nos corps, nos gènes, nos choix". Mais regarder autour de soi, écouter les slogans ne suffit pas à comprendre tous les enjeux d'un combat. D'autant que ce dernier est complexe et touche bien des domaines.

Des domaines dont David, responsable de l'association Trans' lyonnaise Chrysalide, veut bien parler. "C'est difficile d'établir ce qui est prioritaire comme mesure… je dirais que la principale revendication serait que les tribunaux de grande instance se décident enfin à accepter les changements d'état civil sans contraindre obligatoirement à des opérations qui tiennent de la stérilisation. Pourquoi ne peut-on pas changer d'état civil sur simple demande administrative lorsque son physique ne correspond plus au genre qui figure sur ses papiers ?", dénonce David. Pour lui, l'humiliation qu'il y a à vivre avec des papiers non conformes à son genre conduit à une vie pleine de galères, pousse à essayer de trouver le plus rapidement possible les milliers d'euros qui sont nécessaires à une opération de réassignation sexuelle.


Cette année, l'Existrans commente aussi la dernière proposition de Roselyne Bachelot. La ministre propose que l'on passe d'un classement en ALD 23 (catégorie des troubles anxieux graves) à une ALD hors liste. Pour la ministre, l'actuelle admission en ALD 23 est vécue "comme très stigmatisante" par les personnes transsexuelles, d'où le souhait ministériel que la prise en charge des personnes trans soit "désormais assurée dans le cadre du dispositif des affections de longue durée dites "hors liste" (ALD 31)".

"L'annonce de Roselyne Bachelot a autant d'intérêt pour nous qu'un internaute en a de passer de Free à Orange. Le nom change, mais le service reste le même. Ce n'est pas la solution, critique David de Chrysalide. Le nom des cases change, mais on nous force tout de même à y rentrer. Le principal problème, c'est de ne pas pouvoir choisir son médecin, d'être contraint à s'en remettre à des équipes qu'on ne connaît pas, qu'on ne choisit pas. Moi, j'ai essayé d'éviter cela en trouvant un psy qui me convenait, un endocrinologue compétent…  L'idéal pour nous serait de pouvoir choisir avec qui faire son parcours."

Comme d'autres associations, Chrysalide a été auditionnée par la Haute autorité de santé qui a rédigé des recommandations sur la prise en charge des personnes trans'. Une prise en charge qui passerait par des centres de références coordonnés nationalement. "Nous avons bien été auditionnés par la HAS, mais il y avait déjà eu des réunions avec les équipes médicales. Tout était déjà verrouillé. On sent vraiment le danger qui pointe", dénonce David.

Cette année, la marche a choisi de mettre l'accent sur les questions de santé. Avec bien évidemment la question du VIH. AIDES soutient et participe à la marche tout comme Act Up-Paris dont la banderole dénonce "Sida : trans en première ligne !". Dans son tract, l'association rappelle ses revendications partagées avec les associations Trans' et surtout cite un chiffre : "Sur une file active de l'hôpital Ambroise Paré constituée de MtF [hommes qui veulent devenir femmes] prostituées, plus des deux tiers sont séropositives !" Sur cette question aussi, le credo tient du trio : "Des papiers, des hormones, des capotes".

En milieu de cortège, Erwan défile torse nu alors que quelques gouttes de pluie tombent. Erwan s'est fait connaître des médias comme participant à Secret story sur TF1. Son secret : vouloir changer de sexe. Aujourd'hui, il participe pour la première fois à l'Existrans. "On ma proposé d'y participer et j'ai accepté. Mon combat ne se limite pas à la téléréalité. Je viens là à titre individuel parce que je suis concerné et que si personne ne fait rien, jamais rien ne bougera." Pour Erwan, la principale revendication serait de pouvoir choisir son équipe médicale. "Ce que je conteste, c'est ce que ce sont les médecins qui décident de ce qu'est mon bonheur. Ce n'est pas à eux de décider et de dire si on a le droit d'être heureux ou pas. C'est exactement ce qui se passe aujourd'hui. Je n'ai pas choisi l'équipe médicale qui s'occupe de moi. Cela ne se passe pas trop mal, mais je connais des personnes qui ont affaire à la même équipe et pour qui cela ne va pas", explique Erwan. "Comme d'autres le font aussi, c'est important que je trouve du courage. La situation ne va pas s'améliorer naturellement. Il faut toujours que l'on se batte." Place la République, l'Existrans touche à sa fin. Sur une banderole, on peut lire un des slogans :  "Trans et intersexués : discriminés, fichés, stérilisés, mais où est donc l'égalité ?" Avant le silence du die in : un participant a lancé "Mitterrand au pouvoir". Il y a quelques sourires, mais on s'amuse plus du slogan de cette pancarte : "Veuillez retirer votre sexe de mon état civil !"
Plus d'infos sur Chrysalide : http://chrysalidelyon.free.fr/
Plus d'infos sur Erwan sur son blog : http://viefreinee73.skyrock.com/

Photos : Antoine Roulet

Commentaires

Portrait de dboy30

et tres peu de trans ! participant a la marche...