"Paris sans sida" : France Lert rend son rapport à Anne Hidalgo

Publié par Mathieu Brancourt le 15.02.2016
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Politique90-90-90

Lundi 1er février, l’épidémiologiste France Lert a livré à la maire de Paris, Anne Hidalgo, ses recommandations afin de mettre fin à l’épidémie de VIH à Paris. Issu des réunions pour un "Paris sans sida" à l’horizon 2030, ce rapport liste des propositions. Il s’inscrit dans une stratégie diversifiée et populationnelle pour atteindre les objectifs ambitieux des trois 90 dans la capitale. Anne Hidalgo s’est engagée à suivre ce chemin.

Les fameux 90-90-90, objectifs fixés par la stratégie développée par l’Onusida, c’est, à l’horizon 2030, 90 % des personnes vivant avec le VIH qui connaissent leur statut sérologique, 90 % de toutes les personnes infectées par le VIH dépistées qui reçoivent un traitement anti rétroviral durable et 90 % des personnes recevant un traitement antirétroviral ont une charge virale durablement supprimée. Atteindre cet objectif relève de la gageure, même pour Paris.

Il fallait donc un "plan d’attaque", fruit de la collaboration de tous les acteurs, pour que ce palier soit atteint ici — puis ailleurs dans le monde — d’ici 2020. Voire, dix ans plus tard, faire de la capitale française une ville sans plus aucune contamination. Devant le parterre de militants, responsables associatifs ou médecins engagés dans la lutte contre le VIH, l’épidémiologiste France Lert, qui a coordonné ce rapport "Vers Paris sans sida", est venue livrer les clefs de cette stratégie. Car Paris concentre aujourd’hui une épidémie toujours active et importante, avec cinq fois plus de contaminations qu’ailleurs en France. "Nous avons aujourd’hui un ensemble de méthodes pour enrayer l’épidémie à tous les niveaux", a indiqué France Lert en préambule.

La PrEP dans la palette de prévention combinée

Pour la chercheure, les propositions émises sont la transformation de la science et de ses avancées en actions concrètes là où l’épidémie est forte. France Lert insiste sur la nécessité de "lever les barrières" sur l’information et la connaissance des différents outils de prévention de la contamination. "Beaucoup ne connaissent pas l’effet préventif des traitements et vivent dans la crainte de contaminer, parce qu’on ne leur dit pas assez, de façon convaincue", explique-t-elle encore. Tout comme pour la PrEP, scientifiquement reconnue, autorisée et remboursée depuis janvier 2016 en France, qui doit être rendue accessible, à l’hôpital et dans les futurs CeGIDD (centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic). Prenant l’exemple des gays, France Lert explique que désormais "les HSH [hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, ndlr] ont le choix d'avoir le préservatif et la PrEP, le préservatif ou la PrEP". Le rapport remis à la maire de Paris explique aussi l’importance du dépistage répété du VIH et des autres IST, au moyen des tests à résultat rapide d’orientation diagnostique (Trod) ou des tests en laboratoire, ainsi que la valorisation et l’accès simplifié au traitement post-exposition (TPE, dit aussi traitement d’urgence). Mais les outils ne sont pas les seuls préalables à la réussite de "Paris sans sida". Il faut, "pour les groupes les plus exposés, une stratégie inclusive, fondée sur le bien-être et la santé sexuelle […] et ancrée dans les communautés", est-il expliqué dans le rapport.

Une approche populationnelle

En plus d’une utilisation exhaustive des outils à disposition, l’approche de France Lert se fonde en cinq programmes spécifiques. "Aujourd'hui, l'épidémie du VIH est concentrée chez les gays et les migrants d'Afrique sub-saharienne", populations clés dans l’impact sur l’épidémie. Mais les personnes trans et les travailleurs et travailleuse du sexe et bien sûr les personnes vivant avec le VIH sont aussi des groupes où il faut faire levier. Pour chacun de ces programmes, France Lert défend des propositions différentes. Pour les migrants, il faut faciliter l'accès aux droits, car il facilite l'accès aux soins et évite la précarité. Pour les personnes trans, leur reconnaissance par le droit et la protection contre les discriminations à la santé demeurent un impératif et une urgence. "Il faut que ces cinq programmes auprès de ces populations soient mis en place rapidement", avertit France Lert.

Paris soutient sans certitude de moyens

Après l’intervention très applaudie de l’épidémiologiste, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a voulu rassurer d’emblée. "Je me tiendrai à vos propositions, en explorant les pistes montrées par ce rapport" promet-elle. Et Anne Hidalgo d’afficher une volonté politique sans faille sur ce sujet pour Paris et la région Ile-de-France. Elle rappelle que, depuis décembre 2014 et la Déclaration de Paris, engagement des grandes métropoles mondiales contre le VIH, 130 grandes villes du monde ont signé pour l’objectif des 90-90-90. Pour Paris, elle veut une "nouvelle donne" : promouvoir la "prévention qui va à chacun et à chacune". Anne Hidalgo indique aussi qu’un comité de pilotage sera créé. Il aura pour charge d’examiner, chaque année, les progrès d’avancement du plan parisien. Anne Hidalgo revient sur la lutte contre les inégalités : "Nous voulons être extrêmement actifs sur la question des droits des personnes trans, qui nous tient à cœur". Dans cet objectif de mettre fin aux nouvelles contaminations en 2030, Paris aura besoin de ces évolutions légales, mais également de fonds. Et pour certains besoins, les financements publics font actuellement défaut.

A la tribune, Anne Hidalgo évoque l’obligation de nouer des "partenariats public/privé", afin de rendre cet idéal possible. "Notre détermination ne doit pas faiblir", conclut la maire. Une détermination qui sera mise à rude épreuve. A la lecture du rapport de France Lert, on voit bien que certaines préconisations concernent des champs hors du domaine de compétence de la ville de Paris ou pourraient engager la ville dans un bras de fer avec certaines autorités. Par exemple, lorsque le rapport préconise que la Ville "lutte contre la précarité par une attention à l’application du droit des étrangers et à l’accès aux soins" et que, sur ce même point, il mentionne que les "acteurs de terrain souhaitent que la Ville pèse de tout son poids en faveur du maintien des droits au séjour et aux soins des populations étrangères et veille auprès de la préfecture de paris au strict respect des procédures réglementaires". Que fera la Ville ? Quels moyens de pression utilisera-t-elle ? L’autre grand problème reste le flou sur les moyens financiers. On devrait sans doute en savoir plus lorsque la Ville de Paris définira son programme, créera son comité stratégique de suivi et se dotera d’un coordinateur ou d’une coordinatrice du plan "Vers Paris sans sida".