Aids 2016 : Pas de Brexit à Durban !

Publié par Mathieu Brancourt le 22.07.2016
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ConférencesAids 2016

L’avant-dernière journée de la conférence de Durban a été marquée par la venue de deux invités britanniques de marque. Non sans un dispositif impressionnant, le Prince Harry, a été la tête d’affiche de ce jeudi, dans une conférence où les célébrités se sont succédé. En présence du chanteur gay Elton John, engagé contre la stigmatisation des jeunes LGBT avec sa fondation, il a défendu une lutte inclusive où la nouvelle génération sera partie prenante du combat contre l’épidémie dans le monde. Loin de ces projecteurs, d’autres sessions se sont révélées intéressantes dans la façon dont le monde s’attelle et regarde la lutte contre le sida et laisse, encore, des personnes sur le bord de la route.

Harry dans les pas de Diana

Non, Son Altesse Royale n’est pas venue parler du Brexit. Après une visite du village associatif à 11 heures pour rencontrer les activistes, le Prince Harry, a participé à une session avec son compatriote Elton John, afin de parler de l’engagement pour la jeunesse dans la lutte contre le sida. Alors qu’il y a une semaine, le second fils de Lady Diana se faisait dépister en direct par des militants anglais, le jeune prince a voulu renouveler à Durban un engagement presque héréditaire dans la réponse à l’épidémie pour la jeunesse. Elton John l’a d’ailleurs enjoint à suivre les traces de sa mère, qui fut une des rares personnalités à s’engager auprès des malades du sida au début de l’épidémie. Dans un discours assez convenu, Harry a néanmoins usé de son aura pour alerter sur un relâchement des efforts. "Nous faisons face à un nouveau risque, celui de la complaisance". Même s'il reconnait que les choses ont évolué depuis cette époque. "Quand ma mère tenait la main d’une personne mourante dans un hôpital londonien, personne n’imaginait qu'un quart de siècle plus tard, des personnes séropositives vivraient longtemps, en bonne santé", rappelant que l’annonce d’une séropositivité au VIH signifiait la mort. Lors de la discussion avec Elton John et des activistes pour une génération sans sida, le prince Harry a défendu une remise à l’agenda politique et médiatique de l’épidémie, notamment en Afrique, où il a fondé une fondation de soutien aux enfants vivant avec le VIH, au Lesotho.

Journalisme et VIH, comment mieux faire ?

Ce fut l’une des sessions les plus passionnantes de cette conférence. A l’occasion d’un atelier, où l’ensemble des participants était invité à raconter leur expérience en tant que chercheurs, journalistes ou membres d’organisations non gouvernementales, en termes de traitement médiatique des sujets liés au VIH. Les intervenants ont également évoqué leur propre vision du travail collectif pour faire passer la bonne information auprès des personnes. Ana Santos, journaliste philippine, a raconté son combat pour donner une voix aux populations touchées par le VIH, malgré une censure et une criminalisation très forte. "On ne parle pas des usagers de drogues, des travailleuses du sexe ou de sexe du tout", a expliqué Ana Santos. Aux Philippines, le contexte très religieux bloque toute possibilité de parler des enjeux de vie des personnes vivant avec ou concernées par le VIH. Un reporter américain, Michael Friedman, a, lui, expliqué la difficulté de faire du photojournaliste quand le tabou et la discrimination sont si puissants, comme en Russie où il travaille régulièrement. Dès lors, comment raconter les histoires de vie et donner une voix aux personnes si en le faisant, leur vie est mise en danger ? Les solutions ne sont guère nombreuses, en dehors de "continuer à essayer". Ana Santos est revenue sur un de ses derniers travaux : elle a réalisé un documentaire sur un acteur de prévention. Mais il était impossible à diffuser sans risquer la vie de ce dernier. Pourtant, communiquer pour parler des enjeux de vie des personnes séropositives reste indispensable pour dépeindre les réalités de l’épidémie dans le monde. Une des clefs réside peut-être dans une plus grande synergie entre journalistes et activistes, pour faire émerger des voix que les médias peuvent relayer, tout en veillant à ce que cela ne "coûte" pas trop aux témoins. Cela implique un changement de posture, non seulement pour les activistes, mais aussi pour les journalistes, en adoptant un vocable plus respectueux et précis, mais aussi en prenant en compte les nouvelles réalités du métier. "Nous étions avant dans un fonctionnement de Une de journaux. Aujourd'hui, nous sommes tous des médias. Les médias sociaux ont cassé la bulle des journalistes. Mais la multiplicité des sources pose un problème de véracité et de faits", explique Michael Friedman. Le changement du marché, avec l'augmentation du free-lance, a rendu plus complexe le lien avec les publications. Et dans le même temps, favorise la course à l'exclusivité et au sensationnalisme pour décrocher un article dans un journal. Et de finir, malgré quelques exemples rapportés par les participants à la table ronde, de belles histoires, sur une note assez sombre. Course à la rapidité, contexte politique hostile à la liberté des personnes et de la presse, perte d’intérêt et recul du nombre de journalistes spécialisés sur le VIH, la liste des barrières à dépasser est longue. Et cela coûte beaucoup à la lutte contre le sida. Et de faire le triste constat que l’épidémie n’est plus une "breaking news". Et même cette conférence ne fait plus vraiment l'actualité.

Johnny Clegg en concert pour TAC

Le célèbre bluesman sud-Africain a participé à sa manière à la lutte contre le sida en Afrique du Sud. Le chanteur a, jeudi soir, organisé un concert de charité afin de récolter des fonds pour la Treatment action campaign (TAC). Le chanteur, également activiste de longue date, a voulu rendre hommage aux militants qui se battent dans son pays pour faire avancer les droits des séropositifs.

Ne pas oublier l’Afrique centrale et de l’Ouest dans la réponse urgente à l’épidémie

Des membres d’une plate-forme de coopération pour la fin du sida en Afrique de l’Ouest et centrale ont tenu une conférence de presse, jeudi midi, pour dénoncer la situation critique que traverse cette région du continent. Alors que beaucoup d’efforts ont été déployés en Afrique subsaharienne, l’Afrique de l’Ouest est restée en marge du déploiement massif de programme de prévention et d’accès aux traitements. "Alors que d’énormes progrès ont été accomplis en quinze ans, c’est l’Afrique de l’Ouest et centrale qui subit la vague la plus forte de l’épidémie, où seulement 28 % des personnes ont accès à une trithérapie, contre 54 % dans d’autres zones africaines. Nous lançons ici un appel à la société civile du monde entier et aux acteurs de la lutte contre le sida, pour que l’on n'oublie pas cette partie de l’Afrique", a plaidé Tita Isaac, coordinateur du réseau régional des personnes vivant avec le VIH. Un rapport de Médecins sans Frontières a également rappelé que l’Afrique de l’Ouest et centrale paye un très lourd tribut parmi sa jeunesse. La zone représente 45 % du nombre global d’enfants vivant avec le VIH dans le monde. Et dans le même temps, 90 % d’entre eux n’ont pas accès à un traitement, laissés pour compte, et "abandonnés à leur mort", s’indignent, à juste titre les militants présents à Durban. Probablement une des infos les plus révoltantes de cette conférence. Et comme si cela n’était pas suffisant, les contextes homophobes et sexistes, propices aux violences envers les homosexuels et les femmes, font le lit de l’épidémie, dans des populations particulièrement vulnérables.

Commentaires

Portrait de bogdanar

C'est trop glamour tout sa j'adore vive la recherche sur le sida !
Toutes ces personnes réuni dans un palace pour aider les séropositif sans contre parti sa me fait chaud au Coeur !;
Encore merci a eux c'est un peut comme nos elites française qui oeuvre pour notre belle republique un grand merci !! Xoxo

Portrait de jl06

je te comprend et partage !

mais ce sont les meme qui fond rentrer le fric aux cours de galas à travers la planete....après le coté glamour le peuple faut bien qui décroche un peut de l,actualité ! trop dramatique ....

Portrait de bogdanar

On a pa besoin de stars mais de chercheurs performant loin de tous ces conflits d'intérêts
Ils n'ont pas leurs place dans la recherche du vih au lieu de parler de l'allegement on parles des people affligeant