Pauvreté : les femmes encore plus touchées que les hommes

Publié par jfl-seronet le 02.03.2013
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Droit et socialprécaritéfemmepauvreté

La pauvreté touche plus les femmes que les hommes… on le déplorait déjà en 2007, cela se confirme hélas aujourd’hui encore. Les femmes sont d’autant plus victimes de la pauvreté lorsqu’elles sont seules et qu’elles cumulent emplois précaires et difficultés d’accès au logement et aux soins. Ce constat sur la situation actuelle, c’est celui du Conseil économique, social et environnemental (CESE) qui vient de publier une étude réalisée par la délégation aux droits des femmes et à l'égalité de l’institution. En voilà quelques clefs.

Dans leur présentation, les deux rapporteurs, Evelyne Duhamel et Henri Joyeux, expliquent que la délégation au droit des femmes et à l’égalité s’est saisie du sujet parce qu’elle s’est "alarmée" de "la féminisation grandissante de la pauvreté". Le travail a d’abord consisté à "analyser les spécificités féminines potentiellement vectrices de précarité au regard de l’emploi" et à "mettre en évidence l’impact des situations précaires tout au long de la vie des intéressées". Mais l’étude ne se limite évidemment pas à un audit, elle lance des "pistes d’action" qui s’articulent autour de deux axes : celui de la prévention de la précarité en luttant sans relâche, dès le plus jeune âge, contre les inégalités entre les filles et les garçons et celui de l’ouverture de perspectives d’insertion sociale et professionnelle garantissant des conditions de vie dignes aux femmes concernées.

Pauvreté : Femmes d’aujourd’hui

En France, en 2010, 4,7 millions de femmes avaient un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté soit 964 euros mensuels pour une personne seule. 70 % des "travailleurs pauvres" sont des femmes et le risque de précarisation est aggravé pour les familles monoparentales dont 33 % ont un revenu inférieur au seuil de pauvreté.
Les femmes moins favorisées recourent moins que les autres aux examens de dépistage, notamment du cancer et, en dépit de l’instauration de la CMU-C, elles déclarent plus souvent que les hommes renoncer à des soins pour raisons financières. Elles sont également plus vulnérables en matière de santé au travail : les troubles musculo-squelettiques (TMS) les concernent à 58 % avec un risque d’exposition de 22 % supérieur à celui des hommes.

Côté emploi : les professions d’agents d’entretien, d’aides aux personnes ou d’employés du commerce où les femmes sont surreprésentées, conjuguent les causes de développement de ces pathologies : travail répétitif, postures contraignantes, manque d’autonomie et de latitude décisionnelle. Ces contraintes expliquent aussi que les femmes soient plus exposées que les hommes aux risques psychosociaux au travail : 28,2 % contre 19,6 %. L’étude du CESE souligne le risque de précarisation aggravé auquel sont confrontées les mères isolées. Les ruptures d’union sont à l’origine des trois-quarts des situations de monoparentalité, dans près de 9 cas sur 10 la mère a la charge principale de l’enfant et 52 % des enfants en situation de précarité vivent au sein d’une famille monoparentale.

Les mères isolées représentent la quasi-totalité des 190 000 allocataires du RSA socle majoré (anciennement API aide pour parent isolé) et si prés d’un logement social sur quatre est occupé par une famille monoparentale, le nombre de pièces est plus souvent insuffisant que pour les autres ménages et l’inconfort thermique élevé. Le rapport du CESE met "en évidence les facteurs cumulatifs de précarité auxquels de nombreuses femmes sont exposées et qui trouvent leur origine dans le fondement culturel du rôle qui leur est assigné dans la société, y compris au regard de l’emploi. La hausse sensible de l’accès des femmes aux emplois de cadres ne doit pas occulter le taux de féminisation de l’emploi non-qualifié qui atteint aujourd’hui 62 % contre 56 % en 1990. Plus des trois-quarts des 1,5 million de personnes en sous-emploi sont des femmes. Le taux de féminisation des emplois à temps partiel dépasse 82 % et pour 31 % des intéressées, cette situation est subie. Les deux-tiers des salariés à bas salaire sont des femmes. Ces situations précaires ont un impact sur l’état de santé et le niveau des retraites des intéressées. Les femmes perçoivent une pension de droit direct presque deux fois plus faible que celle des hommes (879 euros contre 1657 euros mensuels) et elles constituent 57 % des bénéficiaires du minimum vieillesse (777 euros mensuels).

Face aux défis… quelles pistes ?

Le premier selon le CESE est de prévenir la précarité. Cela passe par la lutte contre l’illettrisme et la vérification de l’acquisition des savoirs de base dès la maternelle ; ce sont là les moyens essentiels pour éviter la pauvreté durable et être en capacité de progresser, estime l’institution. Par ailleurs, la promotion de la mixité dans l’orientation et la formation initiale peut permettre de réduire la surreprésentation des femmes dans l’emploi précaire : soutien des actions de communication des secteurs professionnels peu féminisés et alternance pour lever les réticences des jeunes filles vis-à-vis de certains secteurs porteurs d’emplois.

Second point, il faut "ouvrir des perspectives dans les situations à risques". Cela passe par une "amélioration de la qualité et des conditions d’exercice du travail à temps partiel". L’accord conclu début janvier 2013 : introduction d’un minimum hebdomadaire de 24 heures, majoration des heures complémentaires dès la première heure et priorité donnée à la négociation de branche, va dans le bon sens. La polyactivité doit être clairement liée à l’acquisition ainsi qu’à la reconnaissance de nouvelles compétences et en aucun cas conduire à un risque de déqualification du poste initial. Par ailleurs, il est "possible d’atténuer les effets négatifs du temps partiel sur les retraites des intéressées", estime le Conseil, en prévoyant la capitalisation des cotisations versées lorsqu’au cours d’une année l’activité a été inférieure au seuil de validation des droits et en se référant à la moyenne des 100 meilleurs trimestres plutôt qu’à celle des 25 meilleures années pour déterminer le montant de la pension.

Ruptures de droits… et de soins : quelles réponses ?

Les femmes en situation de précarité ont besoin de relais (associations de quartiers, unités gynécologiques spécifiques et mobiles...) pour accéder aux droits qui leur sont ouverts. Pour éviter les ruptures de droits, des ajustements devraient intervenir pour adapter, sans délai, l’attribution des prestations sociales aux évolutions des situations de leurs bénéficiaires, indique l’étude du CESE. Un renforcement de la lutte contre les atteintes à la santé au travail est indispensable : organisation d’un suivi spécifique dans les secteurs à risques à prédominance féminine et développement des partenariats entre services de santé au travail et centres d’examens de santé de l’assurance maladie afin d’éviter aux salariées les plus vulnérables de cumuler emplois précaires et exclusion du bénéfice des actions de prévention. L’institution recommande aussi un accompagnement et soutien spécifique et renforcé des mères isolées.